Remacle Le Loup, Le château de Hermal, gravure, 1735 – détail.
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Au XXe siècle





En 1828, la Société Métallurgique d’Engis avait été créée pour l'exploitation des gisements de zinc régionaux ; elle est devenue, par fusion avec d'autres entreprises, la société de la Nouvelle Montagne qui, après la découverte de gisement de phosphate en Hesbaye, va se mettre à fabriquer aussi des engrais chimiques et devenir le groupe mondial Prayon. Son charbonnage de Bon-Espoir lui procure des bénéfices considérables mais, au tournant du siècle, un changement de direction provoque une modification des investissements et une baisse salariale pour les ouvriers de 3 francs par jour. S'en suit une grève de plus d'un mois et demi dont on discute au Parlement car sept grévistes - dont deux Engissois -, n'ayant pas accepté l'autorité d'un porion violent (d'ailleurs déjà condamné à une trentaine de condamnations diverses) et accusés par lui, sont arrêtés chez eux à 6 h du matin, le 5 juin 1901, bien que les bourgmestres d'Engis et des Awirs, M. Plumier et M. de Clerx d'Aigremont, aient refusé de requérir la gendarmerie ; garrottés (et même pour l'un d'eux enchainé), ils sont conduits à la gendarmerie d'Engis puis à Liège où ils subissent dix jours de détention préventive… [Demblon].

Le 13 juillet 1861, le Conseil provincial de Liège avait débattu d’une demande de scission des communes de Saint-Georges et de Hermalle car la Mallieue désirait être rattachée à Flône.  L’un des enjeux était l’école : il n’y en avait pas sur la rive gauche et les enfants de la Mallieue devaient passer la Meuse quatre fois par jour, par bac, pour se rendre sur la rive droite, à l’école d’Hermalle…   Chacun, d'ailleurs, devait faire de même, s'il devait aller d'une rive à l'autre, que ce soit pour se rendre au travail ou pour prendre le train.  

De cause à effet, l’instauration d’un passage d’eau.
La barque suivait un câble accroché aux poteaux.
Que la Meuse soit calme ou impétueuse,
Il fallait la passer, même par vagues dangereuses.

Gustave Séverin, Souvenirs
(La rue de la Meuse)

carte postale

Carte postale représentant le château et la cour d'honneur, adressée d'Engis en 1903.

Un projet de passerelle en fer, élaboré en 1894, n'aboutit pas. En mars 1904, le député de Huy-Waremme rappelle à la Chambre :

J'ai, en second lieu, à réclamer du gouvernement un autre travail d'une utilité non moins grande ; je veux parler de la construction d'un pont sur la Meuse, sur le territoire de la commune de Hermalle-sous-Huy.

Cette importante commune est coupée en deux tronçons par la Meuse. La partie la plus considérable de la commune, ainsi que les communes environnantes situées sur la rive droite de la Meuse, sont sans communication avec les usines de la rive gauche et le chemin de fer du Nord-Belge, sis sur cette rive.

Ces communes, parmi lesquelles je citerai, outre Hermalle-sous-Huy, Clermont-sur-Meuse et Saint-Séverin ont une population de plusieurs •centaines d'ouvriers qui, journellement, matin et soir, doivent traverser la Meuse en barquette pour se rendre aux usines de la rive gauche, depuis Flône jusqu'à Liège, et, depuis Flône jusqu'à Huy. Il y a, en outre, en moyenne, une centaine d'autres personnes qui, quotidiennement, circulent d'une rive à l'autre; ce qui fait environ 600 passagers par jour. -

En cas d'inondation et de fortes pluies ou bien lors du chômage de la Meuse, ce qui représente, au total, une moyenne de 60 jours par an, les malheureux habitants de ces communes sont obligés, soit de rester chez eux, soit de déloger, soit de faire le matin et le soir un détour de plusieurs lieues pour rejoindre l'autre rive par les ponts d'Ombret ou d'Engis. 11 existe sur le territoire de ces communes des richesses inexploitées et inexploitables par suite de l'absence de communications, notamment des carrières, qu'un pont mettrait en valeur.

Dois-je insister sur les difficultés d'approvisionnement pour les habitants et les cultivateurs de ces communes déshéritées? C'est à grands frais qu'ils sont obligés d'aller prendre leur marchandises ou expédier leurs produits aux gares d'Ombret et d'Engis ! Enfin, au point de vue spécial de la commune de Hermalle, sa séparation par un obstacle difficilement franchissable, entrave et gêne les divers services publics, tel que état-civil, sépulture, service du culte, fréquentation des écoles, etc.

Les efforts conjoints des autorités communales et du député de Huy-Waremme aboutissent enfin au projet d'un pont construit en béton armé, pour des raisons de cout et de rapidité ; le travail se fait en cinq mois (1908-1909).  

photo d'époque

Photo parue dans la revue Le Béton armé, 1911.

« Examinons le côté économique du problème et les raisons qui, dans le cas considéré, ont fait préférer un pont en béton armé à un pont métallique.
   Le pont de Hermalle-sur-Huy et le raccordement sur la rive droite au chemin reliant le village au passage d'eau n'ont coûté, tout compris, que 205.800 francs. Déduction faite du prix de la rampe, qui est évalué à 20.600 francs, le coût du pont proprement dit serait de 179.200 francs, soit par mètre carré 222 fr. 60, y compris les supports, le pavage de fa chaussée et des trottoirs.
   Un pont à travées métalliques du type poutre droite, qui semble le plus économique dans le cas actuel reviendrait, toute chose égale d'ailleurs, sensiblement à 240 francs le mètre carré, en réalisant la charpente métallique et les pavages  seulement.
   Il faudrait, en outre, ajouter le prix des supports en maçonnerie (béton avec parements en pierre) 40.000 francs en moyenne pour les piles en rivière et 15.000 francs pour les culées, ce qui, au total, donnerait une dépense de 240 x 805 + 40.000x2 + 15.000x2 = 303.200 francs en supposant le pont composé de trois travées.
   Il y aurait donc, d'après ces calculs une augmentation de dépenses de 124.000 francs environ pour l'établissement d'un pont métallique.
   On pourrait ajouter à cette raison que les ponts en béton armé offrent sur les ponts métalliques l'avantage d'un entretien moins onéreux.
   Un pont métallique, à poutre droite, ne présente pas à la vue la même harmonie de lignes qu'un pont en arc et en béton armé.
   Un pont métallique, à poutre droite, n'aurait pas permis de donner au pont son tirant d'air maximum.
Il aurait nécessité des culées plus élevées et par conséquent des rampes d'accès à inclinaison plus forte.
   Un pont métallique à arcs ou suspendu ne présenterait pas cet inconvénient mais le prix d'exécution en serait plus élevé encore.
   Un pont en béton armé est plus rapidement construit. Celui de Hermalle-sous-Huy le fut en cinq moi 0160 ; un pont métallique avec supports en maçonneries aurait nécessité beaucoup plus de temps.
Résistance. — Les épreuves auxquelles on soumet les ponts en béton armé montrent que ces ouvrages sont très rigides. Au moment des épreuves, le pont de Hermalle fut chargé à raison de 400 kilogrammes par mètre carré, on fit rouler ensuite une charge de 70 tonnes sur cet ouvrage d'art.
   Les flèches mesurées pendant ces épreuves furent à peine de quelques millimètres et le recul des culées inappréciable.
   Ces flexions minimes furent élastiques et momentanées. »[Béton armé]

La « charge roulante » a été constituée de locomotives de 30 tonnes sur 3 essieux et wagons de 14 tonnes sur 2 essieux.

Il faut aussi noter que c'est le deuxième pont de ce type construit sur la Meuse - le premier le fut à Rouillon (Annevoie) en 1905 - et que l'utilisation du béton armé pour un pont n'existe alors que depuis une dizaine d'années.

scaphandrier et ouvriers sur une barge

Scaphandrier et ouvriers à Hermalle - coll. BMG

Des scaphandriers ont été nécessaires pour déraser le lit du fleuve, enlever des poches de gravier et placer les sacs de béton à la base des deux caissons.

L'inauguration du pont donne lieu à de fastueuses cérémonies en présence de la famille de Potesta, du bourgmestre Diesmans et des autorités communales. Les journaux hutois en font le reportage :

« (…) Le cortège se remet en marche pour faire à travers les deux parties de la commune, La Mallieue et Hermalle réunies, une promenade triomphante.  Des terrasses de la gare, on peut assister au spectacle du défilé de cet innombrable cortège.  Les cavaliers sont déjà aux portes du château que le dernier groupe est encore sur le terrain de la gare.  Le pont et le village sont décorés de drapeaux, de guirlandes et de fleurs.  Le pont était remarquable par sa décoration de drapeaux nationaux et du Congo.  La soirée était superbe et la foule massée (plus de 10 000 personnes) sur les deux rives put admirer l'éblouissant feu d'artifice.  Le bouquet représentait le pont de Hermalle avec en lettre de feu Hermalle, le 11 juillet 1909. »

Le malheur marque cependant le reste des 50 premières années…

Les deux Guerres mondiales amènent comme partout leur lot de souffrance.  En 1914, une jeune fille préserve pourtant le village :

« La scène se passe à Hermalle-sous-Huy, petit village des bords de Meuse, à quatre ou cinq kilomètres en aval de la cité mosane.  Nous sommes en aout 1914.

Au sud du village dominé par le bois d'Hermalle, un coin paisible, la Trihette.  Quelques modestes demeures campagnardes s'y échelonnent le long du chemin conduisant au bois qu'il traverse pour atteindre Aux Houx, une sorte de lieu-dit.  Marie habite avec ses parents et son frère une maison longue et basse perpendiculaire au chemin.

Soudain, une voisine, brave femme qui habite une humble bâtisse juste avant le bois, fait irruption, hors d'haleine, dans la cuisine.  « Mademoiselle, hoquète-t-elle à Marie, venez un peu.  Il y a chez moi des soldats et je ne comprends pas ce qu'ils veulent. »

Devant le trouble évident de la pauvre femme, Marie n'hésite pas et toutes deux courent à toutes jambes vers la maison du haut du chemin.  En effet, il y a là quelques cavaliers armés, coiffés de curieux casques et vêtus de gris.  Immédiatement, Marie, qui termine l'école moyenne, reconnait la langue allemande. « Ils ont soif, dit-elle à la femme apeurée, et demandent de l'eau pour eux et pour leurs chevaux.  Donne-leur à boire ».

Une fois désaltérés, les cavaliers remontent en selle et reprennent le chemin du bois par où ils étaient venus.
Le lendemain ou le surlendemain, c'était l'invasion. Toutes à leur élan, les armées allemandes submergèrent la contrée.  Une troupe s'arrêta à Hermalle pour y prendre position.  L'officier qui la commandait s'en fut trouver le bourgmestre afin de régler des problèmes d'installation. « Monsieur le Bourgmestre, dit-il au brave homme éberlué, comme nos éclaireurs ont été bien accueillis, vous pouvez être tranquille, il ne sera rien fait à votre village ».

D'heureux effets parfois… pour de bien petites causes !

Marie Maréchal (†), récit recueilli par son neveu, Léopold Maréchal. »

Maréchal, Léopold, Comment Marie Maréchal sauva son village Hermalle-sous-Huy en 1914,
revue Le Guetteur wallon, 1994, 4, p 175.  Nous communiqué par les Archives de l'État de Namur en mars 2007.


Aout 1914…
Le 1er, la garde civique liégeoise est arrivée par train pour garder ce pont de Hermalle qui a cinq ans. Les hommes sont logés dans des bâtiments réquisitionnés, sur de la paille.  Le sous-lieutenant Léon Mélotte a décrit le corps de garde :

« Quelle masure ! Quel délabrement ! Il fallait aller vite ; on a occupé le premier bâtiment sous la main. Parmi les marches branlantes, les murs lézardés, les plafonds croulants, où d'énormes araignées courent, les hommes ont jeté leur paille. On entrera là-dedans que s’il pleut ; l'odeur est trop infecte. Cela sent la moisissure, le fumier et les rats dérangés fuient de tous côtés. »

Les officiers ont droit à une chambre à l'auberge ou chez l'habitant.
Le 2, l'Allemagne adresse un ultimatum à la Belgique.
Le 3, la garde arrête un individu qui a tenté de passer inaperçu en se jetant dans le fossé qui borde le chemin. C'est un Allemand !
Le 4, la garde est remplacée par l'armée.

photo

Pont de Hermalle en aout 1914. À l'arrière-plan la Tour Malakoff – photo offerte par Georges Plumier † – coll. BMG

Dans la nuit du 4 au 5, le lieutenant du génie Beaupain obéit aux ordres de l'armée belge et, vers 4 heures [Leman], fait sauter le jeune pont de Hermalle…  Un pont qui ne sera reconstruit (quasiment à l'identique) qu'en 1923-1924 … pour être miné par le génie belge le 11 mai 1940 et reconstruit péniblement en 1947-48 - péniblement, car l'effondrement d'une arche en septembre 1947 va provoquer la chute de 12 travailleurs dans le fleuve et 7 y perdront la vie.

Plusieurs Hermalliens, faits prisonniers par les Allemands, passent par le camp d’immatriculation et de transit de Gießen ; parmi eux, le receveur communal Camille Lecrenier, honoré ensuite par l’attribution de son nom à la rue de la Héna.

Le village est libéré par les Canadiens en 1918.

Deux dalles commémorent la mémoire des héros villageois des deux guerres mondiales, l'une sur le côté de l'ancienne maison communale - rue Wérihet,

photo de la plaque murale

l'autre contre l'église Saint-Martin - place des Combattants ; ce dernier monument a été déplacé vers le chevet de l'église lors de la rénovation de la place en 2013.

photo du monument en pierre bleue

Une troisième sur le mur d'enceinte du site castral – chaussée Freddy Terwagne – rappelle, sans ambages, le décès d'un résistant abattu par l'occupant allemand alors qu'il tentait d'échapper à la fouille de la Ferme castrale où il était réfugié.

texte : Ici tomba le Patriote Leclercq Jules lâchement assassiné par la gastapo 4 mars 1943

Mais rien ne rappelle que les rails de la 4e ligne de tramways ouverte par la Société Nationale des Chemins de fer Vicinaux (SNCV)  le 25 octobre 1913 entre Engis (gare) et Dammartin ont été démontés par l'occupant allemand en 1916 et réutilisés sur les chemins de fer militaires du front de l'Yser… 
Cette ligne fut reconstruite en 1923 et, n'étant utilisée que par peu de gens, fut supprimée en 1932 au profit des autobus ; comme le nombre de ceux-ci fut fortement réduit pendant la Deuxième Guerre mondiale, elle retrouva du service pendant quelques années - jusqu'au 19 mars 1950.  Il en reste quelques rails place des Déportés et des Réfractaires…

les rails devant la gare

Il ne reste rien, par contre, des câbles électriques qui permettaient le roulage des trolleybus (autobus à traction électrique dont le moteur reçoit le courant des câbles aériens conducteurs, les caténaires, par l'intermédiaire d'une perche mobile). Une ligne de la RELSE (Société Anonyme des Railways économiques de Liège-Seraing et extensions) a pourtant existé… Elle devait prolonger la liaison électrique Seraing-Ivoz jusqu'à la Mallieue et ce projet avait été approuvé par arrêté royal le 26 mars 1938.
Mais la guerre a modifié les plans : le pont-barrage d'Ivoz-Ramet étant détruit, la jonction du tronçon de la rive droite avec Flémalle n'est plus possible. Flémalle-Haute (passage à niveau)-Engis, ouverte le 5 janvier 1942, reste donc isolée du reste du réseau ; parqués au dépôt de Jemeppe, ses trolleys bi-mode arrivent à la tête de ligne de Flémalle grâce à la ligne de tramway et à leurs batteries qui permettent la très longue traversée du passage à niveau de Flémalle. Bien que prolongée jusqu'à la Mallieue le 5 janvier 1943 par un arrêté du Collège des Secrétaires généraux (qui fut confirmé le 11 févier 1946 par un arrêté du Régent), l'exploitation de la ligne ne devient régulière qu'en octobre 1945 car la libération de Liège et le transit des convois alliés participent, autant que la pénurie de pneus et les restrictions d'électricité, à de nombreuses perturbations.
L'unification des tronçons des deux rives formant un trajet de 12 kilomètres[Lambou] se fait le 10 mars 1948, après la reconstruction du pont-barrage mais la section vers la Mallieue n'est constituée que d'une ligne, pour des raisons d'économie, et cela impose des changements de polarité et des déplacements de perches au personnel. Jusqu'aux années 1960, le départ vers la Mallieue se fait à chaque heure 47. Le 31 aout 1963, la ligne de trolley est arrêtée et remplacée par un service d'autobus ; les câbles, démontés l'année suivante, vont être largement réutilisés pour l'aménagement du tram vert au nouveau pont de Seraing[Godeaux].


La famille de Potesta - II :


Pour mémoire : Édouard René Charles de Potesta (Couthuin 17.08.1868-Hermalle 28.04.1911) + Isabelle Louise Julie de Géradon (1873-11.1957) => Emma et René Édouard Marie de Potesta

René Édouard Marie de Potesta (Hermalle 22 juillet 1899-Engis 25 juin 1977)

Lorsque les Allemands envahissent la Belgique au début de la Première guerre mondiale, le jeune homme de 15 ans est à Gand avec sa mère.  Le château n'en est pas délaissé pour autant. Nos recherches à ce sujet sont réservées à nos visiteurs des journées du Patrimoine 2014.
René, à son retour à Hermalle brule de s'engager auprès des alliés et tente de rejoindre l'armée. Trahi par une sentinelle à la frontière, il est emprisonné pendant un an à Anrath, avant d’être transferé à Celle-Schloss.  Il rentre à Hermalle après la guerre.

menu de repas

Menu du repas offert au château de Hermalle au baron G. de Potesta de Waleffe - coll. BMG M-I 0036

En famille et dans le village, il est jugé rigoureux voire difficile. Il est fort bon tireur au tir aux pigeons ce qui l’amène à de fréquents voyages ; au retour de l'un d'eux, il ramène un Séquoia dendron giganteum, d'abord placé dans le potager, puis déplacé à l'aide d'une grue dans la drève, en façade nord de la Ferme castrale. Ce séquoia est répertorié arbre remarquable par la Région wallonne depuis 2000. Le parc compte aussi un orme classé, cité dans le livre des arbres remarquables de Belgique, un catalpa et un tulipier de Virginie. La propriété compte alors 600 hectares.

peinture : le château en 1938

J. Silvestre, Le Château de Hermalle-sous-Huy, 1938.

Durant la Deuxième Guerre mondiale, René de Potesta est membre actif de l’Armée Secrète à l'État Major de la Région de Namur durant la Deuxième Guerre mondiale. Arrêté le 13 juin 1944 à Maredsous (Denée), il est détenu dans les prisons de Namur, Mons, Charleroi, puis transféré en Allemagne, d'abord à Buchenwald puis dans le kommando de Blankenburg-Klosterwerke lié au tristement célèbre camp de Dora. Pendant 7 mois il subit comme les autres la vie décrite par Lucien Defauw ; comme lui, il va devoir faire la marche forcée d'évacuation de 80 km jusqu'à Magdebourg puis être embarqué sur une péniche pour descendre vers Lubeck où grâce à Folke Bernadotte, la Croix-Rouge prend en charge les prisonniers qui ont réussi à survivre et les transfère en Suède. René de Potesta est rapatrié le 5 ou le 6 juillet 1945.

À son décès, il laisse le domaine en indivision entre les enfants qu'il a eu de son épouse Amélie Paule Marie de Meeus :
  • Hélène Emma Henriette Marie Ghislaine  (qui épouse l'aviateur Léon Marie Joseph Yves Ghislain Benoit Baron de Villenfagne de Vogelsancx),
  • Anne Marie Claire Ghislaine (qui se marie avec Jean André Marie Joseph Ghislain Baron de Bassompierre, ambassadeur honoraire du Roi des Belges)
  • Charles Édouard René Marie Ghislain de Potesta.


La fin de la guerre permet de remplacer les deux cloches (sur les trois que possédait l'église) que les soldats allemands avaient réquisitionnées pour les faire fondre et transformer en canons.

Mais il y a eu d'autres catastrophes encore :

Les inondations étaient courantes. On se rappelle de celle de 1910, de celle de janvier 1920 où la Meuse est montée jusqu'à 1,89 m au-dessus du quai d'Engis (photo de gauche, remerciement à Charly Debatty) ; le même endroit sera également inondé en octobre 1924, en décembre 1925 et en mai 1959, après un violent orage accompagné de grêle (photo de droite).

inondations 1920  inondations 1959

En janvier encore mais en 1926, suite à des pluies torrentielles, le fleuve déborde et inonde complètement le quartier Chaumont de Hermalle ; on sauve les gens mais pas la totalité du bétail.

La Meuse autrefois était bien différente ;
Peu draguée, elle devenait facilement envahissante.
Des crues terribles sont restées en mémoire.
Celle de janvier 1926 aura marqué l’histoire.

L’eau monta très vite, créant une vraie crise.
Chaumont était devenu comme un quartier de Venise.
Quelques audacieux devinrent des marins improvisés.
Il fallait ramer pour garder le cap vers les sinistrés.

La ferme Orban devait souffrir davantage.
Le bétail, lui, ne pouvait monter à l’étage.
Bravant les périls, on parvint à sauver l’essentiel,
Devant ce cataclysme, on implorait la clémence du Ciel.

Gustave Séverin, Souvenirs (Mon Chaumont d’autrefois)

Engis est envahie ! L'eau atteint la rue Maréchal Foch, quasiment au sommet de la rue de la station... soit une hausse de quelque 6 mètres !

inondations pires en 1926

Et surtout…

« Messieurs, le vendredi 5 décembre 1930, à Engis, par un temps couvert et froid, une ménagère d'une soixantaine d'années vaque à ses occupations, sort de sa maison, ressent brusquement à la gorge une insoutenable brûlure et immédiatement après une sensation d'étouffement. Elle rentre chez elle, s'alite, et meurt quelques heures après.

Ce fait ne reste pas isolé. Des centaines et des centaines d'hommes, de femmes, d'enfants, habitant la vallée de la Meuse ressentent les mêmes symptômes, sont victimes du même mal inconnu. Soixante-douze d'entre elles meurent dans les 48 heures; plus de 300 échappent à la mort mais conservent en elles les traces du mal. Des centaines de bêtes à cornes sont brusquement frappées de mort dans les étables.

Les morts habitaient les communes de Hermalle-S-Huy, Engis, La Maillieu [sic], Flémalle-Grande, Flémalle-Haute, Vierset [sic], Ivoz-Ramet, Seraing, Jemeppe, Ougrée. »
Archives de la Chambre, au 7 juillet 1931, interpellation du député Jacquemotte.


De fait : du 1er au 5 décembre 1930, un épais brouillard règne sur toute la vallée mosane, de Jemeppe-sur-Meuse à Huy.

Il fait stagner les particules fines et les gaz émanant des 27 grandes usines de la vallée qui utilisent la combustion du charbon comme les particuliers.

Gens et animaux ne peuvent que les respirer.
Dès le troisième jour, de milliers de personnes souffrent d'affection respiratoire et plus de soixante en décèdent.

L'émotion est intense non seulement dans la région, mais dans la Belgique entière et même dans le monde.
reproduction

Extrait d'un article paru dans le New York Times du 6 décembre 1930.

En témoignent les titres de journaux :

6 décembre
The Evening Independent (U.S.A.) : "Mysterious fog in Meuse valley",
The Times (Angleterre) : "Over forty deaths in Belgium"
Sydney Morning Herald (Australie) : "Fog of death"
Rotterdamsch Nieuwsblad (Pays-Bas) : "De doodende mist"

7 décembre :
New York Times : "Fog brought death only to old and ill" - sous-titre : "Peasants still in terror"
Le Matin (France) : « Le brouillard fait des victimes en Belgique »
Het Vaderland (Pays-Bas) : "De moordende mist"

8 décembre :
L’Humanité (France) : « Un brouillard mortel descend sur neuf villages et tue près de 70 personnes »
Canberra Times (Australie) : "The breath of death".

« Brouillard homicide »,  « Vallée de la mort »…

Le New York Times s'interroge : grippe espagnole, arme chimique ou microbe du Sahara ? Il précise que «  20 000 masques à gaz sont acheminés d'urgence de Londres à Bruxelles ».

Une hypothèse a effectivement surgi : le brouillard aurait été contaminé par la rupture de conteneurs contenant les gaz meurtriers utilisés par les Allemands durant la Grande guerre, conteneurs qui auraient souffert d'un affaissement de leur lieu de stockage suite aux périodes d'inondations des années 1926.  
Les journaux du nord de la France relatent d'autant plus l'évènement que les populations civiles françaises ont fortement souffert des gaz allemands et qu'elles ne peuvent donc que lire la presse avec intérêt… 
Mais il est vrai que des rescapés, anciens combattants gazés, ont établi la comparaison entre la brulure ressentie dans les tranchées et celle du brouillard de 1930 [Prochasson].

Le 6 décembre, la reine Élisabeth de Belgique visite la zone sinistrée.
Le même jour, le procureur du Roi lance une enquête sur base d'une plainte contre X et on crée une commission d'enquête criminelle.
Le Premier ministre Henri Jaspar présente les condoléances du gouvernement lors d'une séance de la Chambre des représentants, et des parlementaires en profitent pour rappeler des incidents causés par des gaz industriels à Havre, Frameries, Tilleur, Vilvoorde, Willebroeck…
Le 12 janvier 1931, une commission est chargée d'étudier l'application des dispositions légales et règlementaires destinées à prévenir les dangers résultant, pour l'hygiène publique et pour le régime des eaux, de l'exploitation des établissements insalubres.


Le total des morts est de 60 selon la plupart des auteurs récents :14 pour Engis la plus touchée (sur 3759 habitants), 12 pour Seraing (45133 habitants), 9 pour Jemeppe (13905 habitants) et Flémalle-Haute (6074 habitants), 7 pour Yvoz-Ramet (3786 habitants), 5 pour Flémalle-Grande (5840 habitants), 4 pour Amay (6353 habitants) [Buijsman]    

La consultation des archives de la Chambre, au 7 juillet 1931, donne d'autres informations, rappelons-le : le député Jacquemotte a cité 72 décès dans les premières 48 heures, et le ministre de l'industrie, du travail et de la prévoyance sociale qui lui répond, M. Heyman, n'a pas démenti pas ces chiffres : « plus de soixante décès se sont produits. Il ne fut constaté aucun cas de mort immédiate ou rapide. L'action du brouillard s'est surtout manifestée par une irritation des voies respiratoires, accompagnée de complications diverses. »

photo d'un cortège funéraire

Cortège funéraire rue Wauters, Engis.

Quant à l'indemnisation des victimes…, le ministre précise que 1/ le juge d'instruction a chargé des experts d'étudier les questions relatives à cette affaire et d'établir, éventuellement, les responsabilités, que 2/ il ne peut être question pour l'Etat d'intervenir dans l'indemnisation des familles des victimes ou des personnes ayant subi des dommages matériels.
Les articles 1382 et 1383 du Code civil prescrivent en effet que tout fait quelconque de l'homme qui cause à autrui un dommage oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer et que chacun est responsable du dommage qu'il a causé, non seulement par son fait, mais encore par sa négligence et par son imprudence. C'est aux tribunaux qu'il appartient de se prononcer sur la question des indemnités à allouer. Le problème, c'est qu'il n'est pas possible de déterminer qui est responsable…

Cette catastrophe et la commission d'enquête induisent la première étude scientifique au monde sur la mortalité et les maladies liées à la pollution de l'air. Le pathologiste liégeois Jacques Firket dirige une équipe de médecins, météorologues, toxicologues et chimistes qui déterminent que l'air froid saturé de toxines a été surplombé par une couche d'air plus chaude qui l'a piégé à une hauteur de 80 m. C'est le smog…

L'étude conclut que

« Si les mêmes conditions se trouvent réunies, les mêmes accidents se reproduiront. (…) Si un désastre survenait à Londres dans des conditions analogues, on aurait à déplorer 3 179 morts immédiates. »

Et cela s'est reproduit : on attribue au brouillard de pollution qui a couvert Londres, du 5 au 9 décembre 1952, 12 000 morts « excédentaires » entre décembre 1952 et février 1953… [13]

Dans l'impossibilité où l'on se trouve d'empêcher le brouillard de se produire, l'effort demandé par les autorités va se porter sur le contrôle des émissions de gaz industriels, ce qui va prendre de nombreuses années ; en 1938, un parlementaire évoque encore à la Chambre les conditions dans lesquelles vit la population : obligation en certains endroits de « garantir les yeux » pour pouvoir circuler, obligation de vivre portes et fenêtres fermées sous peine de pouvoir en une heure à peine d'ouverture « avec le doigt, écrire votre nom sur les appuis des fenêtres, sur les parquets, sur les tables, sur les murs, partout », obligation de vivre dans cette atmosphère empoisonnée alors même que la plupart des mineurs souffrent de pneumoconioses contractées par le travail même dans les usines…

Près de l'entrée de la maison communale d'Engis, une sculpture de l'Engissois Paul Vandersleyen, installée en décembre 2000, commémore le drame environnemental de 1930 en évoquant une des toutes premières victimes engissoises, la jeune Louise Dams.

photo de la sculpture

L'inscription indique :
« Louise était jolie. Louise avait vingt ans. Elle revenait du bal. Elle était une enfant…
À la mémoire de la soixantaine de morts, jeunes et âgés d'Amay, d'Engis, de Flémalle et de Seraing,
victimes de l'accident atmosphérique de décembre 1930 dans la grande région engissoise.
Toute entreprise humaine, fût-elle industrielle, est susceptible de perfectionnement ! »


Mais la vie continue… plus agréable à partir de 1924, où Hermalle est enfin dotée de l'électricité.  
En 1929, on inaugure les écoles de la rue du Pont et le kiosque de la place de Hermalle. (Pour l'histoire des écoles, lire la page dédiée.)

Le projet d'installation d'une distribution d'eau potable, dite « alimentaire » dans le village, est accepté par la province suite à la demande du 13 octobre 1931 signée par le bourgmestre Lepage.  L'arrivée de l'eau alimentaire est vécue comme un évènement d'importance ; le nom de Lambert Lepage va être donné au petit square qui fait face à la Maison communale et au milieu duquel se trouve le buste du « bienfaiteur ». 

En janvier 1941, l'hiver est si rude que la Meuse gèle et qu'on peut la traverser à pied.

Édouard Vandeweghe est nommé bourgmestre de Hermalle en 1946 ; bourgmestre fort actif et apprécié, il va être réélu pour la législature 1952-1958. La cité d'habitations sociales construite au début des années 1960 porte son nom.

La population s'enrichit d'étrangers, et notamment d'Italiens. 
La reconstruction du pays après la Deuxième Guerre mondiale nécessitant une importante main d'œuvre, un protocole a été signé en 1946 entre la Belgique et l'Italie, garantissant des livraisons de charbon contre… 50 000 travailleurs que le gouvernement belge s'engage à loger et à payer décemment. Nous avons trouvé le témoignage d'un enfant d'immigré [14] :

« Au début de 1947, la famille Barcaro vit à Vicenza, près de Venise. Le père, maçon fumiste - donc capable de travailler dans les fours à chaux, a vent de la possibilité d'aller travailler en Belgique, en échange d'un bon salaire. Voyant là une solution à la misère, il décide de tenter le coup. Il signe un contrat avec la carrière des fours à chaux à Hermalle-sous- Huy et part seul au mois de février. Puis revient chercher femme et enfants en octobre.
Armando, cadet de la famille, a alors 4 ans. Il se rappelle…
«On était rassemblé sur le quai numéro 6 à la gare de Milano Centrale. On a voyagé dans des wagons en bois qui servaient au transport des troupes pendant la guerre 14-18. On a changé plusieurs fois de trains, notamment en Suisse. Puis on est arrivé à Liège Guillemins. La rame de wagons a été rattachée à un train de marchandises, jusque Hermalle-sous-Huy, où on est arrivé dans une gare de triage après un voyage de plus de 20 heures.»
La première nuit, les Barcaro seront logés par une famille amie, aussi originaire de Vicenza. Le lendemain, ils s'installent dans la «maison» qui leur a été attribuée par la carrière où travaille le papa. Il s'agit d'une maison de quatre pièces au rez-de-chaussée et quatre pièces à l'étage… à partager à deux familles!  Les Barcaro s'installeront à l'étage.
Il n'y a pas de WC : le papa a lui-même creusé la feuillée au fond du jardin !
Un robinet et un poêle seront les seuls éléments de confort.
L'art de la débrouille, un peu de braconnage et de chapardage sont indispensables pour tenir le coup et manger à sa faim.
Par contre, dès leur arrivée, les enfants sont scolarisés et suivis, au niveau de la santé, par la Croix- Rouge de Belgique. Armando, anémique, sera d'ailleurs soigné pendant quelques temps dans un centre à Dolhain.
Le dimanche, les familles italiennes se réunissent à la Cantina, où les femmes discutent et les hommes jouent aux boules autour de charcuteries ou d'une pizza typiquement de là-bas… Deux ans plus tard, la famille s'installe à Engis, dans une petite maison unifamiliale avec un jardin, appartenant toujours à la carrière. »

Au centre de Hermalle, le cimetière emmuré qui longeait les deux flancs de l'église est réduit de moitié : sa partie sud, rasée, devient la place des Combattants, et la « place de l'église » (au nord de l'autre partie, le long de la Gerée), où se réunissaient les villageois et où jouaient les enfants, perd son attrait public.

Quand je revois cette chère petite place déserte,
Je ressens comme un malaise, une espèce d’angoisse.
Son grand calme actuel me pèse sur le cœur
Quand on a connu naguère, tant de bruit et d’ardeur.

Tout gamin, la place était le privilège de nos ébats.
Elle a connu toutes nos prouesses et nos heureux exploits.
Le talus offrait une belle glissade en face du presbytère.
Notre souci, retrouver la balle dans le vieux cimetière.

Le soir nous rentrions parfois tout penaud [sic].
Lors que nous marchions, le sabot donnait un son faux.
Le dribling trop rude avait créé l’accident ;
Remontrances, et petit cercle, servaient de renforcement.

La ruelle de l’Eglise était propice pour jouer des farces.
Avec une betterave, OSCAR, ce truculent comparse,
Avait fabriqué une tête de mort éclairée par une bougie.
Vue par dessus le mur, le passant RAPHAEL frisa l’apoplexie.

Le jeu de la cachette nous intéressait en particulier
Les murs, les véhicules, tout obstacle devenait un allié
Découvert, un sprint effréné désignait le gagnant ;
Nous avons battu des records, mais le chrono était absent.

Nous étions témoins des activités des fermes du château.

Dès l’aube, c’était le vacarme pour le repas des animaux.
Mélodie champêtre, piaffement et beuglement du bétail.
Pour les travaux, on apprêtait tout l’attirail.

photo des chevaux

Attelage dans la cour de la Ferme castrale. Nous remercions l'auteur de cette photo de se faire connaitre.

La sortie des chevaux était un spectacle inoubliable ;
Tête fière, crinière lissée, leur beauté était remarquable.
Dans le frimas du matin, la buée sortant de leurs naseaux
S’élevait vers le ciel en petits nuages de vapeur d’au.

La saison des pâquerettes retrouvera le troupeau dans le pré.
Pour la traite, les vaches rentreront avec le vacher.
Assises sur un tabouret, les trayeuses collées à la panse
En rayons croisés, tireront le lait en abondance.

La rentrée des moissons nécessitait un nombreux personnel.
Sous le porche, la perte de gerbes était traditionnelle.
Les bras manieront la fourche pour la mise en place,
Un chardon mal placé décochera à l’entasseur une grimace.

Eh oui, bien sûr, c’était le temps de notre jeunesse.
Les décades ont passé amenant une certaine richesse.
L’affirmation n’empêche pas le droit de rêver,
Détruisons le moderne et les jeunes pourront travailler.

La petite place si déserte à présent me fait mal au cœur.
Pareil à la démolition de Flône, me donne la rancœur.
Le temps passé était difficile mais il faisait bon vivre ;
Epoque d’heureux souvenirs, tu m’enivre.

Gustave Séverin, Souvenirs (La place de l'église)



La famille de Potesta - III :


Pour mémoire  : René Édouard Marie de Potesta (Hermalle 22 juillet 1899-Engis 25 juin 1977) a laissé le domaine en indivision entre ses enfants
  • Hélène Emma Henriette Marie Ghislaine  (qui épouse l'aviateur Léon Marie Joseph Yves Ghislain Benoit Baron de Villenfagne de Vogelsancx),
  • Anne Marie Claire Ghislaine (qui se marie avec Jean André Marie Joseph Ghislain Baron de Bassompierre, ambassadeur honoraire du Roi des Belges)
  • Charles Édouard René Marie Ghislain de Potesta.

Charles Édouard René Marie Ghislain de Potesta va habiter au château de Hermalle avec son épouse Nicole Marie Thérèse de Gaiffier d’Hestroy jusqu'en 1933, date où il s'installe dans une propriété d'Annevoie qui lui vient de sa mère, car la cohabitation d'un jeune couple dans la demeure familiale régie par un père autoritaire n'est pas toujours aisée.

menu du repas

Menu du repas offert à Charles de Potesta à la ferme Wéry coll. BMG M-III 0266

Charles s'occupe des fermes qui dépendent du château, d'abord de 1947 à 1954 en association avec un monsieur Romedenne, dont on dit qu'il s'est livré au marché noir durant la guerre - la nuit, des charriots quittaient la ferme, tirés par des chevaux dont les sabots étaient emmaillotés de linges - ce qui débouche sur un procès, puis seul - et même après son installation à Annevoie.
Cultivant lui-même, Charles de Potesta fait construire vers 1950, sur l’idée de son père, dans les écuries de l’aile ouest de la Ferme qui avaient abrité une vingtaine de chevaux, une dalle en béton armé pour faciliter le pelletage à partir du chariot. La modification d'une baie que cela implique sera corrigée dans les années 1990. La demi-tourelle mitoyenne à l'avant-cour du château et à la bassecour de la ferme lui sert de chenil.

Dans un autre poème, Gustave Séverin a écrit :

Chère Gérée, les chevaux t’ont quittée, c’est dommage ;
Les moteurs te [sic] remplacent, ils travaillent davantage.
L’ancienne méthode était pourtant courage et passion,
Ces machines à chômeurs méritent quelques réflexions.

Pourtant, malgré la mécanisation, l'activité agricole générée par le château diminue dans les années 1970.
En cause, pour une grande part au moins, les expropriations prévues dès 1967 et réalisées pour la construction de la nationale 90 à quatre bandes qui coupe le village de ses campagnes mosanes et pour l'ouverture d'un parc industriel dans cette zone. Dans un premier temps, la culture reste possible mais d'une année à l'autre l'entrepreneur agricole peut voir la superficie cultivable fortement réduite.

Charles Édouard René Marie Ghislain de Potesta (6 juin 1925-27 avril 2015) et Nicole Marie Thérèse de Gaiffier d’Hestroy ont eu 2 filles () et deux fils :
  • Isabelle Marie Ghislaine
  • Doris Amélie
  • Jean Louis René de Potesta, baron, qui épouse la princesse Sophie de Hohenberg
  • Philippe Paul Guy de Potesta, écuyer, qui épouse Nathalie Raphaëlle Camille baronne de Tornaco.

Philippe Paul Guy de Potesta
Aucun projet de rentabilisation des bâtiments (transformation en centre de détente et de loisirs ou en maison de repos…) n'a abouti. Philippe Paul Guy de Potesta continue l'activité agricole mais dans les mêmes conditions que son père.  
Il rachète le château qui était toujours en indivision mais ne le garde que peu de temps.
Après la vente de la ferme aux deux tours, après celle de la Ferme castrale, il vend le château en 1992 à Geoffroy de Jamblinne de Meux qui le remet sur le marché immobilier deux ans plus tard.

Le château, séparé de sa ferme castrale, n'est plus propriété d'aucune famille noble.



Le moulin hydraulique de Hermalle cesse de travailler, semble-t-il, dans les années 1960, tandis que ses deux plus proches voisins ombrésois vont continuer de produire jusqu’en 1991-1992 de la farine panifiable mais aussi de la farine et des aliments pour le bétail et même des engrais.  Faute d’un entretien que l’activité commerciale n’impose plus, le bâtiment et le mécanisme se délabrent ; la végétation envahit la roue, difficile d’accès et donc pénible à nettoyer, une meule en pierre disparait, et il va être nécessaire d’étançonner la charpente pour éviter son effondrement.  L’axe de la roue, une grosse partie des engrenages et les trémies restent cependant en place. À front de rue, une annexe de stockage du XIXe siècle, sans intérêt architectural, va être démolie en 2009.

L'espace bâti s'accroit de part et d'autre du centre ancien, tout au long de la chaussée principale, et grignote peu à peu le contrefort du plateau condruzien en direction de Clermont-sous-Huy, sans trop de cohésion quant aux matériaux, plans et types de bâtiment.

photo

Panorama du centre de Hermalle vu du sud. Décembre 1992.
Au centre les tours du château.  À l'arrière la découpe de la colline causée par l'exploitation d'une carrière.


La comparaison entre le nombre de commerces à 50 ans d'intervalle indique clairement dans la seconde partie du siècle la modification de l'activité économique du village, sans nul doute due à la construction, dans les années 1980, de la voie express N90 qui allège fortement le charroi automobile… et prive les petits commerces de chalands, mais aussi à l'installation des « grandes surfaces » d'Amay, Engis, Huy, Jemeppe et à la modification des habitudes de consommation qui entraine la clientèle locale à délaisser les petits fournisseurs.

Les villageois ont trouvé emploi dans l'industrie et les services. L'agriculteur est devenu minorité.


Le 1er janvier 1977, Hermalle-sous-Huy « disparait » sur le plan administratif : la fusion des communes décidée par le gouvernement belge réduit son territoire (la Mallieue [15], partie située sur la rive droite de la Meuse passe à la commune de Saint-Georges qui devient Saint-Georges-sur-Meuse) et l'englobe avec l'ancienne commune de Clermont-sous-Huy et une partie de Éhein dans l'entité d'Engis dont Vicky Albert est le bourgmestre socialiste.  La superficie de la nouvelle commune est de 27,7 km2 ; elle va être jumelée avec la ville française Ribécourt-Dreslincourt, dans l'Oise, le 22 septembre 1980.



Le village d'Engis, où se trouve centralisée l'administration, est situé sur la rive droite, à 4 km en aval de Hermalle ; il n'y a pas de moyen de transport en commun direct entre le centre des deux villages ; le préfixe téléphonique est différent (donc le tarif plus élevé) et, surtout, les villageois n'ont ni la même mentalité, ni la même culture.
Pendant plus de 20 ans, les Hermalliens se sentiront frustrés et quelque peu négligés. Leurs anciennes archives officielles ne sont plus accessibles pour diverses raisons ; ils ont parfois l'impression que leur passé leur échappe.
Fin des années 2000, malgré de nombreux efforts – notamment des animateurs du Centre culturel –, l'intégration des deux populations n'est toujours pas réalisée.
Malgré plusieurs demandes depuis 1994, il n'existe toujours pas aujourd'hui, à Engis, de signalisation routière qui indique Hermalle et les automobilistes qui ne connaissent pas la région peuvent facilement tourner en rond pendant 20 kilomètres pour trouver Hermalle si par malheur ils se sont d'abord rendus à Engis…

La fusion des communes a offert à Saint-Georges s/ Meuse la gare de Hermalle qui est fermée au public en 1993. Il faut donc se rendre à Engis par le seul bus qui passe dans Hermalle, une fois l'heure, et s'arrête au pont d'Engis, rive droite, puis traverser la pied le pont et monter jusqu'à la gare pour prendre l'omnibus.
Mais en 1994, la SNCB ferme les guichets d’Engis… et la salle d’attente, ne laissant aux voyageurs qu’un abri transparent, sans siège, sur chaque quai. Le souterrain remplaçant l'ancien passage à niveau pour l’accès à la voie 2 est en piteux état, le parking latéral n’a de parking que le nom, la gare elle-même n’est plus qu’un lieu de stockage pour quelques services de la SNCB, l’information manque. La zone d’habitat environnante s’est dégradée, la place où se tenait la fête se meurt…  On comprend que les Hermalliens préfèrent rejoindre Huy par ce même bus qui les dépose à côté d'une gare moderne et fonctionnelle. Ils y perdent 5 minutes mais y gagnent en confort.

En 1991, la Ferme castrale a repris vie avec une nouvelle affectation basée sur la culture et le tourisme.  Le château est devenu l'année suivante propriété de la famille de Jamblinne de Meux, puis deux ans plus tard d'une société de cinéma publicitaire pour l'industrie.

En 1993, on procède à la réfection du pont de Hermalle : l'accroissement du trafic et, surtout, du passage de nombreux camions de fort tonnage l'impose.

L'hiver de cette année-là amène une crue importante de la Meuse et des inondations dans la vallée. Le centre de Hermalle, plus élevé de niveau, n'est pas touché à l'encontre d'Amay où 73 dossiers sont introduits auprès du Fonds des calamités.  Il en va de même l'année suivante.

L'eau envahissant le bas de la rue du Pont

1993 : la Meuse déborde, envahit le bas de la rue du pont.
Quelques mètres au nord du poteau de signalisation, la ridelle qui marque le bord du 
chemin de halage n'est plus visible.


Et au XXIe siècle... lire la suite



Notes  flèche


[13]  Informations plus détailléesflèche

[14]  Dans http://www.soumagne.beflèche

[15] Mallieue du latin leuca mala, mauvaise portion de chemin.  Ce nom est déjà cité dans le Cantatorium de Saint-Hubert (première moitié du XIIe siècle) : In leuga quae dicitur Mala inter Hoïum et Leodiumflèche

















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Asbl Syndicat d'Initiative d'Hermalle-sous-Huy (La Rawète) dans la Ferme Castrale de Hermalle-sous-Huy