Économie
- Industries
Pendant des siècles, Hermalle-sous-Huy, situé
dans une
plaine fertile d'une vallée riche en argile, schiste
alunifère, pierre calcaire, zinc et houille, aux versants
boisés, a vécu de l'industrie comme de
l'agriculture.
Dès la seconde moitié du IIe
siècle et au début du IIIe,
les artisans y produisent des tuiles, gérant tout le
processus de
fabrication de l'extraction de l'argile à
la
cuisson des produits. Plusieurs tuiles retrouvées lors
des fouilles
archéologiques portent les marques NEH, QVA et
GFP.
Deux
tegulae
(tuiles plates à bords relevés) et un fragment d'imbrex (tuile
faitière posée sur les tuiles plates) de cette
époque – coll. BMG
Plus d'information dans cette section de la page Histoire.
Au XVIe
et XVIIe
siècle, les forgerons de Hermalle
étirent le fer pour les sidérurgies
liégeoise et huttoise [1]
; certains Hermalliens sont bucherons et
charbonniers, fabriquant un charbon de bois indispensable à
la
sidérurgie et à l'industrie armurière.
[2]
D'autres villageois travaillent dans les mines de plomb de la rive
gauche qui appartiennent au riche bourgeois liégeois
Guillaume
Leuwrixht le Jeune, et dans les deux alunières dites de
Hermalle-sous-Huy [3]
(à la Mallieue) où l'on extrait l'alun, un
sulfate double
d’aluminium et de potassium utilisé
depuis l'Antiquité en médecine pour ses
propriétés antiseptique et astringente, en
teinturerie et
en tannerie comme mordant. L'alun extrait dans le pays de
Liège est dit de
fabrique ; il est supérieur à celui
de Rome, du Levant et d'Angleterre pour les teintures fines.
L'Encyclopédie
ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des
métiers, dir. Diderot et d'Alembert, Paris,
1751 à 1772, donne à
l'entrée « Alun » une très
précise
description du travail dans l'alunière de «
Dange », entre Liège et Huy.
Il s'agit en fait de l'alunière d'Engis qui a
été
exploitée près du plateau des Fagnes au lieu dit
Terres
rouges que les gens de la région appelaient encore au XXe
siècle l'alunière
« d'Enge » -
notons que l'orthographe des noms n'a été que
fort
tardivement fixée à l'écrit et a
encore
évolué ensuite à l'oral ; il n'est
donc pas plus
étonnant de lire dans l'Encyclopédie «
Dange » pour «
d'Engis » que Liege pour
Liége (Liège aujourd'hui) et Hui pour Huy. [Lire
la description illustrée de l'Encyclopédie]
|
Le site des
Terres rouges d'Engis
L'obtention
de
l'alun nécessitait la combustion du minerai qui se colorait
en
rouge. Après l'extraction de l'alun, les déchets
étaient stockés en tas, formant des terrils
ressemblant
à de la terre rouge ; ils ont donné ce nom au
site d'une surface de 7,4 ha.
Terre rouge apparente en 2011,
suite aux passages de VTT du plateau des Fagnes vers un chemin creux
qui le longe au sud-est.
Ces amas de terre rouge pouvaient également provenir des
résidus de minerais employés à la
fabrication de
la couperose - ancien nom donné jusqu'au XIX e
siècle aux sulfates de fer, de zinc ou de cuivre - et
pouvaient
garder une valeur industrielle car renfermant encore des
quantités plus ou moins importantes de zinc et de plomb.
Pour la petite histoire, les terres rouges firent l'objet d'un
jusgement rendu le 12 mars 1859 par le Tribunal
de Liège :
La famille d'Oultremont, propriétaire du terrain avait
autorisé la veuve Dumont à exploiter l'amas de
terre
rouge ; « mais
ce terrain étant compris dans le
périmètre d'une
concession de mines de plomb et de zinc, octroyée
à la
Société de la Nouvelle-Montagne, celle-ci
prétendit que l'amas de terres rouges, à cause
des
matières plombifères et zincifères
qu'il
renfermait, tombait sous les effets de son titre de concession.
» Le Tribunal, se référant au droit
civil et au
sens du mot mine dans le langage vulgaire comme dans le langage
juridique, jugea que les remblais de terres rouges ne
représentaient ni une mine ni un effleurement ni un nouveau
sol,
même s'ils étaient jusqu'à
l'intérieur du gite minéral
car les déchets avaient parfois été
rejetés
dans les cavités produites par les travaux d'exploitation,
et
débouta la demanderesse. [3c]
Ces dépôts de terre ne comportaient pas une
pollution
supérieure aux valeurs référentielles
actuelles,
mais les scories provenant de la fusion des minerais
métalliques
et les remblais comportaient effectivement des métaux lourds
sur 1,7 ha, ce qui
pouvait polluer la nappe aquifère.
Le site, d'autre part, a
servi au fil du temps de dépotoir sauvage pour les
déchets ménagers et a accueilli des
déchets de
construction.
La réhabilitation, envisagée dès la
fin des
années 1990, est confiée à la SPAQuE.
Elle
s'effectue en 60 jours ouvrables, fin 2001 et début 2002, et
coute 520 500 €.
Une surveillance active continue à s'exercer par
des
campagnes de prélèvement annuelles permettant de
vérifier la qualité des eaux.
En 2012, les Terres rouges voient se réaliser le
début de
travaux prévus par la commune pour une
réaffectation
en zone récréative, juste au sud de la
cité des
Fagnes : deux terrains de football, dont l'un synthétique
pour
pouvoir être utilisé toute l'année, une
buvette et
des vestiaires y
sont aménagés.
Dix ans plus tard, on reparle des Terres rouges dans la presse : le
quotidien L'Avenir
du 14 janvier 2023 titre « Les Terres Rouges
bientôt
assainies pour un nouveau parking et du logement »
et cite
Philippe Lhomme, directeur de la Régie Communale Autonome :
«
(…)
le nouveau Décret sols a renforcé les
critères et
la Spaque a estimé que l'assainissement
déjà
effectué n'était pas suffisant. ».
Le
type de ré-assainissement n'est pas encore établi
(enlèvement d'une sérieuse couche de terre et
remplacement par de la terre saine ? ou simple ajout d'une couche saine
?) mais on l'estime à ±
400 000 €…
La RCA, propriétaire du terrain à l'angle de la
rue des
Fagnes et de la rue des Alunières, envisage
déjà
l'après-travaux : installation du parking le long des
terrains
de foot pour libérer une zone permettant la construction de
trois immeubles pour une trentaine de logements au total, l'un des
édifices étant dédié et
adapté aux
personnes âgées et Personnes à
Mobilité
Réduite.
|
L’industrie des alunières, commencée en
1650 va continuer
jusqu'à la première partie du XIXe
siècle où elle ne parvient pas à faire
face
à la concurrence des produits étrangers
moins
couteux. L'alunière
de Vivegnis par exemple, qui employait encore 88 ouvriers au
début du XIXe
siècle, n’en n'utilise plus que 4,
aidés par quelques femmes, en 1834.
Une nouvelle industrie surgit en 1850…
|
Une histoire de poudres
Dans une
région de carrières et de mines, il est logique de faire
sauter les roches... L'histoire de la poudre, dans la commune
engissoise, ne remonte pourtant qu'au XIX e siècle.
Il faut dire en préalable qu'en 1817, Jean Pierre
Guillaume Gérard (1769-1837), un marchand plombier de Liège (cf. François
Bonnechère, Ombret-Rausa, 2021) où il vend des explosifs pour carrières, crée
la Poudrerie d'Ombret J.P. Gérard… à Ombret évidemment, c'est-à-dire à côté de Hermalle-sous-Huy.
Vingt-quatre ans plus tard, en 1841, les poudriers
Jean Coblens-Gérard et Gaspard Hilgers, nés dans le duché de Berg (Allemagne,
région du Bas-Rhin-Westphalie), projettent de construire une poudrerie au
Fond d'Oxhe à Ombret près de la fabrique Gérard ; leur projet n'aboutit pas mais
les intéressés fusionnent avec la S.A. J.P. Gérard & cie.
En 1850, un Arrêté
royal du 29 avril autorise la Sté G. Hilgers & Cie à établir dans le Bois des Chartreux (écrit « Bois des Charneux » dans la
carte de Vandermaelen) de Clermont-sous-Huy (dans l'actuelle commune d'Engis) une
fabrique de poudre noire, produit connu depuis le VIIe
siècle en Chine et utilisé dans l'artillerie
européenne dès le XIVe
siècle.
Cette industrie va jouer un rôle important
tant au
niveau local, sur le plan de l'emploi, que national, puisque qu'elle a
été le deuxième fabriquant d'armement
en Belgique
à une certaine époque, et international
puisqu'elle a
compté jusqu'à 73 usines (en 1979) dans le monde,
son
siège étant alors à Bruxelles.
Comme bien
d'autres – n'oublions pas que la création de l'État
belge après la révolution de 1830 laisse bon nombre
d'habitants originaires d'Allemagne, de France, des pays-Bas…
dans la qualité d'« étranger »
– Gérard Hilgers, le fondateur de l'usine, a
demandé en sa naturalisation
comme citoyen ordinaire belge en 1842 mais n'a obtenu que 14 voix alors
qu'il en faut 25 au minimum à la Chambre des
représentants qui refuse donc de prendre sa demande en
considération.
Il renouvèle sa demande en 1858 et obtient
satisfaction tant au Sénat qu'à la Chambre en fin d'année. Le procès-verbal de la séance du Sénat du 24 juin 1858 nous
donne des informations sur ce « directeur de poudrerie, à Clermont (Liége)
Messieurs,
Par
requête, en date du 26 janvier dernier, le sieur Gaspard Hilgers,
né à Deutz (Prusse), le 21 avril 1800, sollicite la
naturalisation ordinaire. Il fonde sa demande sur les
considérations suivantes :
1° Il habite la Belgique depuis 1825 ;
2°
Il a épousé une belge de laquelle il a trois enfants dont
deux fils, qui ont concouru au tirage de la milice.
3°
Il possède une maison à Liége et d'autres
propriétés situées dans les communes de Clermont
et Hermalle-sous-Huy ;
4°
Enfin, il a exercé plusieurs fonctions publiques ; celles, entre
autres, de secrétaire communal de hermalle-sous-Huy et de
sous-lieutenant dans la garde civique, de manière
çà mériter l'estime publique.
Dans
cet état de choses, votre commission a l'honneur de vous
proposer, à l'unanimité, d'accorder au sieur Hilgers la
naturalisation ordinaire qu'il solicite. »
Quelles étaient ces
propriétés de Clermont et Hermalle ? Nous ne le savons
pas mais sans doute le château de Mégarnie en faisait-il partie, car il est écrit dans un Bulletin de l'Institut Archéologique liégeois, en 1862 :
« Il y a quelques années encore un épais gazon recouvrait les ruines du
château de Clermont près d'Hermalle. Ce tertre ayant été dénudé et
creusé pour y bâtir, on a mis au jour une très grande quantité de bouts
de lances, des pointes de flèches, des fragments de fer oxydés et
surtout des boulets en pierre dont plusieurs d'une énorme dimension.
Averti de ces curieuses découvertes, un archéologue fut dépêché sur les
lieux mais, en dépit de ses insistances, il ne put presque rien
obtenir, le propriétaire, monsieur Hilgers voulant former une sorte de
musée liliputien de ces objets.
Depuis,
il a bien voulu en céder quelques uns mais les autres, donnés à des
étrangers et ainsi dispersés, sont à tout jamais perdus pour les
collections et pour la science. »
Pour
mémoire : Mégarnie et Engihoul (zones seulement
séparées par l'actuelle route des 36 tournants) ont
été fouillés aux XIXe et XXe s. par
différents chercheurs qui ont démontré que ce
territoire était occupé par les humains dans la
dernière partie du paléolithique (entre 15 000 et 12 000
ans avant notre ère) : l’Abri de Mégarnie (dit aussi Abri d’Engihoul) a révélé une industrie lithique importante et des traces de colorants. On y a aussi trouvé une concrétion calcitique suggèrant un profil féminin.
Pour les fouilles à Engihoul, cliquez ici.
Pour en revenir au château… de Mégarnie : Albert Delay, dans une Aguesse[journal
du Centre culturel] de 1986, indique qu'il fut occupé
par les directeurs de la poudrerie successifs, sauf pendant la guerre
de 1940-45 et les quelques années suivantes où s'y
installa la Gendarmerie Nationale. Rappelons-nous que M. Delay et sa
source, M. Brose, ont vécu à cette époque et
s'intéressaient activement à l'histoire de leur terroir.
D'autres affirment que le château fut construit en 1875 pour le directeur de la Sté Nouvelle-Montagne ; la confusion vient peut-être du fait qu'il y eut un Charles Hilgers… sous-directeur de la S.A. Nouvelle Montagne… en 1895.
Certaines cartes postales, quand elles n'indiquant pas simplement
Château de Clermont, incitent le public à les croire et
l'induisent en erreur :

Les cartes postales, tout au moins, nous montrent
que le château de Mégarnie a subi d'importantes modifications. Il existe toujours, a
été rénové par des néerlandophones
à partir de 2019 et accueille en 2025 différents services d'aide
aux entreprises :

Que les appellations des cartes postales peuvent être trompeuses ! Méfions-nous.
- « Château de Clermont
» fait en toute logique penser à un édifice sis…
à Clermont ! Or celui dont nous parlons n'est pas à
Clermont-sous-Huy mais bien à l'est de l'actuelle route des 36
tournants, au lieu-dit Mégarnie.
- « Château de Clermont
» fait aussi penser au château des Comtes de Clermont dont la
seigneurie est déjà citée dans une charte de 1062
; ce bâtiment médiéval, assiégé par
l'évêque de Liège Otbert en 1095, par les Hutois en
1300 et en 1346 ce qui amena à sa destruction totale,
n'était situé ni à Clermont-sous-Huy ni à
Mégarnie mais entre les deux, à Engihoul, comme l'ont
démontré G. Leplat et Fr. Tomme dans « Les
fouilles de sauvetage 1974-1975 des Chercheurs de la Wallonie
»…
Mais si on en revenait à la poudre ?
Les
matières premières pour la fabrication de la poudre,
stockées séparément, sont du charbon de bois, du
soufre et du salpêtre, du lignite (roche sédimentaire,
intermédiaire entre la tourbe et la houille).
Les étapes de fabrication sont généralement :
- malaxage du charbon de bois et
du souffre dans des « tonnes » (énormes
tonneaux d'abord en cuir puis métalliques) pour les
réduire en poudre (la pulvérisation) ;
- mélange du produit obtenu avec du salpêtre ;
- malaxage du nouveau produit
entre des meules ; on retire le résultat en morceaux de poids
variables : les galettes ; l'atelier est nommé « malaxage » ou « moulins » ;
- transfert des galettes dans une tonne-grenoir qui contient des boules de bois ou de bronze pour grener les galettes
: on fait tourner la tonne pour que les galettes soient
bombardées par les boules et soient réduites en grains
; l'atelier est nommé « grenoir »
- transfert des grains
additionnés de poudre de graphite dans une tonne lissoir, qui
mélange les produits pendant plusieurs heures, et tamisage
; l'atelier est nommé « lissoir » ;
- séchage des grains lissés avec de l'air chaud pendant près d'un jour.
Une machine
à vapeur, dans un autre local, actionne les moulins et les
tonnes lissoirs par l'intermédiaire d'un arbre de transmission
qui traverse les locaux.
13 juillet 1857
à 10 h 30 : Une explosion générale se produit dans
la poudrerie. Elle commence dans le grenoir et se propage au lissoir
situé juste en-dessous ; elle rase le bâtiment,
détruit le local de la machine et se propage aux moulins en
détruisant totalement le premier et faisant sauter les toitures,
charpentes et devantures des trois autres. On compte un mort sur le
coup (et projeté au loin), un homme écrasé sous
les décombres, un autre retrouvé à l'état
de cadavre, un brulé léger, un ouvrier avec quelques
contusions. De petits dégâts (surtout des bris de vitres)
dans tous les autres locaux de l'usine et dans quelques habitations
voisines. On a des raisons de croire à de la
malveillance… On reconstruit en modifiant la répartition
des ateliers et en ajoutant couloirs et terrassements. (Henri
Levarlet, Ingénieur en Chef-Directeur honoraire des mines, Chef honoraire du
service des explosifs, « Liste chronologique des fabriques belges d'explosifs » in
Annales des mines de Belgique [1778-1938], Notes diverses, p. 485.)
8 mai 1861, vers
11 h : un ouvrier nettoyant une meule non chargée avec un
marteau en cuivre provoque une inflammation qui le brule
légèrement au visage et à la mains. Mais
l'explosion soulève la toiture en tôle
galvanisée. (Henri Levarlet, Notes diverses, p. 671.)
14 septembre, même année : les moulins à pilons d'aval, qui
ont déjà posé plusieurs problèmes,
explosent, tuant un ouvrier. Les dégâts matériels
sont peu importants et on exhausse les murs séparant les moulins
lors de la réfection des lieux. (Henri Levarlet, Notes diverses, p. 671.)
1862 : MM. H. Müller
et Cie créent une fabrique de mèches de sureté à Engis. « Créée
sur un
pied très modeste – elle n'avait au début qu'un
seul métier à mèches mû à la
main – elle ne cessa de se développer au point de compter,
en 1931, une
soixantaine de métiers ordinaires et deux appareils
Fritsche. » [Levarlet] Henri
Levarlet, Notes diverses, p.385-442.

Les mèches étaient constituées de fil de lin mercerisé, empoissé (enduit de cire d'abeilles pour qu'aucun petit fil ne dépasse), enroulé sur une bobine – information de M. Edgard Schils.
3 février 1866 vers 18 h. : « réédition de l'explosion générale de juillet 1857 »
Un ouvrier vient de déposer dans chacun des 4 moulins à
meules 25 kg de mélange ternaire et rempli une brouette de 100
kg de galette façonnée. Les meules sont remises en
marche, le feu se déclare dans un des moulins, atteint la
brouette, les autres moulins, le grenoir (200 kg) et le lissoir (400
kg). Grenoir et lissoir sautent, renversant un des pignons de la salle
des machines. Toitures et devanture des moulins et de l'atelier des
tonnes à pulvériser sont emportés. L'ouvrier est
grièvement brulé à la figure et aux mains, quatre
autres fort légèrement. Le vent était
impétueux… On reconstruit évidemment. (Henri Levarlet précité, Notes diverses, p. 672.)
3
avril 1871 : l'atelier des tonnes à pulvériser et
mélanger explose et se communique aux moulins, brulant les
ouvriers qui les desservent. (Henri Levarlet précité, Notes diverses, p. 681.)
En 1872, H. Muller et
cie exploitent la poudrerie de G. Hilgers & Cie de Clermont ; destinée à la
recherche, leur société va mettre au point deux types de poudre de chasse, la
Clermonite et la Mullerite.
14 mai 1875 : l'atelier de la
tonne-mélangeoir saute comme un wagonnet sis en face avec 150 kg
de composition. Suit l'explosion de 3 moulins. Deux ouvriers sont
brulés et un chauffeur contusionné. Il n'y avait ni vice
de construction ni négligence. Mais M. Muller avait reçu
à plusieurs reprises, et encore en mars, des lettres le
menaçant de faire sauter la fabrique s'il ne renvoyait pas telle
personne et des explosions avaient suivi par deux fois ces menaces...
Cet accident-ci était analogue à celui du 3 avril 1871. On reconstruit. (Henri Levarlet précité, Notes diverses, p. 684.)
10 juin 1881
: une charge de 112,5 kg de salpêtre, 10 kg de charbon de bois et
122 kg de gobilles (boules) en bronze est travaillée dans
l'après-midi et retirée à 16 h. On recharge la
tonne à 16 h45 et elle saute vers 17 h. Façade et toiture
de l'atelier emportées, 3 murs forts projetés sur le
côté, tonne déchiquetée, mur de
clôture renversé dans le voisinage sur une longueur de 10
m. Pas d'accident de personnes. Il fallut admettre qu'à la place
de charbon, on avait ajouté au salpêtre un mélange
de soufre et charbon réunissant ainsi les trois
ingrédients de la poudre qui, sous le choc des boules de bronze,
devait prendre feu. «
Pour prévenir une nouvelle confusion pareille, il fut
décidé que le charbon pulvérisé et le
mélange soufre-charbon seraient désormais enfermés
dans des sacs de formes et de couleurs différentes. » (Henri Levarlet précité, Notes diverses, p. 527.)
Un ancien
directeur de la poudrerie de Clermont, M. Varlet, projette en 1885 d'établir une
poudrerie au Bois des Fagnes (Engis) mais renonce à son projet.
En 1894, la poudrerie de
Clermont de la Sté Muller s'agrandit d'une fabrique de fulmicoton et de poudre
sans fumée.
Peu après (en 1898), la poudrerie J.P. Gérard
& Cie d'Ombret est autorisée à établir à Clermont-sous-Huy une fabrique
de dahménite A, explosif antigrisouteux formé de nitrate d'ammoniaque,
naphtaline et bichromate de potasse, mais… elle renonce à son projet.
1er juillet 1897,
4 h 30 : la foudre frappe un acacia de 15 m de haut sis à
quelques mètres d'un atelier, dérive vers une charpente
en fer, etc. et fait sauter simultanément 3 ateliers qui
contenaient un total de 865 kg de poudres à différents
stades de fabrication. Le gardien de nuit qui était au
réfectoire n'a entendu qu'une seule détonation. Pas
d'accident de personnes. «
L'événement démontrant que les arbres ne
préservaient pas toujours de la foudre les constructions
avoisinantes, il était à conseiller de pourvoir de
paratonnerres tous les locaux dangereux des poudreries. » (Henri Levarlet précité, Notes diverses, p. 811.)
14 décembre 1898,
après la repos de midi : une charge de 25 kg de poussier de
grenage de poudre de chasse prend feu. Toiture et devanture de
l'atelier projetées ; ouvrier brulé aux mains et à
la figure. On attribua l'accident à une dénudation de la
piste. (Henri Levarlet précité, Notes diverses, p. 815.)
En 1899, la poudrerie de Clermont s'agrandit : des ateliers de
chargement en grand de cartouches de chasse s'ajoutent dans un bâtiment
distinct ; ils fonctionneront jusqu'en 1936.
14 juin 1899, dans la matinée : l'atelier d'enroulage des cartouches explose. «
Les effets mécaniques n'en furent pas violents : l'atelier
s'effondra et la toiture s'affaissa d'une pièce sur le sol.
L'ouvrière fut retrouvée sous les décombres,
à l'état de cadavre : le corps gisait près de la
porte ; la victime n'était donc plus à sa place au moment
du coup, mais bien entre la table et la porte. L'enroulage des
cartouches était une opération simple et inoffensive.
Quoique la victime fût d'un caractère discipliné et
calme, on ne pouvait expliquer l'accident que par une imprudence ou une
maladresse grave (caisse remplie traînée sur le sol,
claies traînées sur le sol ou glissées sur la
table, chute de claies, maniement au contact des cartouches de l'un ou
l'autre outil ou objet métallique se trouvant de l'atelier.)
» (Henri Levarlet précité, Notes diverses, p. 818.)
Un an après l'émission de cette action, la fabrication
de la nitrocellulose s'ajoute à la poudrerie de Clermont. L'usine occupe 161
personnes : 48 hommes et 16 femmes à Clermont, 8 hommes et 89 femmes à Engis.
[Dengis]
Juin 1900
: dans le courant du mois, la foudre atteint presque
simultanément le paratonnerre du château de M. Muller
à Clermont, un poteau d'éclairage électrique
à la gare d'Engis et la fabrique de mèches voisine
où elle parcourt toutes les transmissions et les machines,
mettant le feu à des écheveaux de jute. «
On décida de relier à la terre les transmissions,
appareils, lignes électriques d'éclairage et du
téléphone. » (Henri Levarlet précité, Notes diverses, p.822.)
7 février 1906 : Deux moulins à poudre suspendus, qui
datent de 1872, explosent quasi simultanément à 6 h 30 du
matin sans qu'on puisse comprendre la façon dont l'explosion
s'est communiquée d'un moulin à l'autre.
Dégâts matériels peu importants. On constate
cependant que les deux moules d'un moulin, et une meule de l'autre,
roulaient sur des pistes à vide. La direction profite des
travaux de transformation pour reporter à l'extérieur des
bâtiments les organes qui commandent la mise en train de
l'appareillage. (Henri Levarlet précité, Notes diverses, p. 128.)
25 juillet 1907, vers 6 h
30 du matin aussi, deux explosions détruisent l'atelier de
galetage puis, en quelques secondes, l'atelier des grenoirs à
cylindres et du blutoir contigu. Cinq ouvriers en
décèdent.
Le premier atelier, qui contenait ± 4200 kg de matières,
est rasé d'un coup, ses débris étant
projetés à 60 m de distance alors qu'un des ouvriers subi
le même sort à 12 m.
Au grenage, les deux blutoirs sont projetés à 7 et 16 m ;
deux ouvriers, l'un est « retrouvé à 20
mètres, sans blessures, à genoux ; il mourut quatre
heures après, ayant simplement déclaré que son
compagnon de travail était à côté de lui.
Celui-ci, projeté en l'air contre l'aigrette du paratonnerre,
retomba le ventre ouvert dans l'annexe aux transmissions ; il respirait
encore, mais ne tarda pas à succomber. L'ouvrier du blutage, en
s'enfuyant, avait descendu les escaliers conduisant au galetage et fut
relevé à l'emplacement de cet atelier ; il
survécut jusque 11 heures… »
Supposant qu'une inflammation avait pu résulter de la chute d'un
objet sur le sol en ciment, du heurt d'un récipient ou
même de… la simple marche… sur le ciment qui
composait le sol, les murs et la fondation des appareils, il fut
recommandé à la société de transformer les
aires non planchéiées avec de l'asphalte ou de les
couvrir de linoléum. Le mode de construction ne changera pas
mais les locaux seront ramenés sur un même plan et
entourés de parapets complets. (Henri Levarlet précité, Notes diverses, p. 141.)
C'est cette même année, 1907, la SA des
Explosifs de Clermont, Muller & Cie a repris l'entreprise de Uldarique Marga
qui fabrique dans son usine du Rouge-Cloitre d'Auderghem des douilles amorcées
pour cartouches de guerre ou de chasse. Clermont poursuivra cette fabrication jusqu'à
la déclaration de guerre.
28 septembre 1908 : à 15 h 45, une inflammation part du blutoir
où reste 5 à 5 kg de poudre de chasse ; elle atteint des
claies sur lesquelles un contremaitre étale 20 kg de poudre
verte pour la faire sécher – ce qui n'est ni prévu
ni autorisé. En voulant fuir, il tombe à
côté ou sur les claies où la poudre
verte brule avec une très longue flamme ; il meurt le soir
même. L'ouvrier du blutoir, a pu
s'échapper par la façade renversée, est
brûlé à l'arrière du corps, de la tête
au bas du dos, et sur les bras. Un peuplier, placé à 9 m
de l'atelier, est roussi jusqu'à une hauteur de 25 m. Hormis la
devanture de l'atelier et la toiture, les dégâts
matériels sont peu importants. (Henri Levarlet précité, Notes diverses, p. 147.)
1er juin 1910 : une explosion se produit dans un des ateliers qui avait
été reconstruit après la catastrophe de 1907. Il
est au repos, on y procède simplement au nettoyage avant de
recommencer une opération de compression de galettes de poudre
de mine. La devanture est emportée, les deux murs
latéraux renversés, les tôles de la toiture et des
débris enflammés volent à 40 m. Le seul ouvrier
qui était sur place a fui par un tunnel et plongé dans un
bassin sis devant l'atelier de grenage. Il s'en tire presque indemne.
Son explication étant invraisemblable, on a conclu qu'il a
dû provoquer lui-même l'inflammation, peut-être en
raclant le sol ou le bord d'un cariot avec sa palette de cuivre…
(Henri Levarlet précité, Notes diverses, p. 162.)
19 décembre, même année : vers midi et demi,
le feu prend dans l'atelier d'essorage du jute de la Fabrique de
mèches de sureté d'Engis. Le feu aurait
spontanément jailli d'un des tuyaux de chauffage et
embrasé les écheveaux de jute suspendus. L'incendie n'est
maitrisé à 15 h avec l'aide, notamment, du
matériel d'incendie des Cristalleries du Val-Saint-Lambert. Pas
de blessés. La reconstruction de la partie sinistrée en
fait en matériaux incombustibles et isolement des locaux. (Henri Levarlet précité, Notes diverses, p. 166.)
En 1919, la SA des Explosifs de Clermont, Muller
& Cie est fusionnée avec
d'autres
entreprises du même secteur – comme l'usine royale Gunpowder
fondée à Wetteren en 1778 – dans la
société anonyme des Poudreries
Réunies de
Belgique », une filiale de la Société
Générale de Belgique, et va développer la fabrication de poudres sans fumée de guerre.
En 1952, l'usine acquiert une licence de la firme
étasunienne
Olin ce qui lui permet d'installer à Clermont la
première
unité de fabrication européenne de poudres
à
grains sphériques.
En décembre 1960, la Belgique connait une grève
générale suite à la proposition d'une
Loi
d'expansion économique, de progrès social et de
redressement financier dite Loi
unique ; sa durée est courte
en
Flandre mais dure six semaines en Wallonie, avec des manifestations,
des affrontements, des saccages et…quatre morts.
Le
gouvernement, dirigé par Gaston Eyskens, fait appel
à
l'armée.
Voici un fragment des souvenirs du soldat Jean-Louis Fiems,
né
à Carnières en 1943, fils d'un porion (mineur
contremaitre), diplômé comme ajusteur-outilleur de
l'École Technique provinciale de Huy, étudiant
à
l'École Technique Secondaire Supérieure de
Saffraenberg -
nous respectons l'orthographe du scripteur :
Le
mardi 20 décembre [1960],
les cours furent suspendus et nous devions rester habillés
dans
nos chambres car nous nous avions étés
réquisitionnés pour assurer le Maintien de
l'Ordre suite
aux troubles provoquées par
une grève générale qui avait
débuté
le 16 contre la « loi unique ».
Cependant les vacances de Noël furent coupées en
deux et je
fis partie de la première période, mais nous
devions
être à l'écoute de la radio en cas de
rappel par le
mot code
« Sébastopol » qui fut
prononcé le 27 décembre.
Dès le lendemain du retour à Saffraenberg, le
groupe dont
je fis partie fut envoyé à la
poudrière de Hermalle-sous-Huy pour assurer la garde des
produits très
dangereux et nous ne disposions que de cinq cartouches à
demi-charge dans le chargeur qui ne pouvait pas être sur
l'arme,
le fusil « Lee and Field» , par
peur de bavure vu
notre inexpérience.
Pendant ce transfert, nous sommes passés devant la gare de
Liège Guillemin complètement
ravagé ,
dont il ne restait plus aucunes vitres
et
de nombreuses routes étaient dépavées.
Un responsable de l'usine nous l'avait fait visiter pour nous informer
des risques que l'on encourait.
Il y avait notamment des citernes de poudre noire où l'eau
doit
empêcher tout échauffement afin
d'éviter
l'explosion. Dans les hangars se trouvait
des bâtons de dynamite et des détonateurs, qu'il
qualifiait de moins dangereux. À l'orée du bois,
il y
avait une immense cuve de nitroglycérine sur
d'énormes
amortisseurs et avec, tout autour, des lances d'incendie en batterie
qui pouvaient se déclencher à la moindre
surchauffe.
Tout cela ne nous rassurait pas du tout, ni les gens du village qui
nous avaient apportés quelques gâteaux pour le
nouvel-an
en espérant que nous serions très vigilant. Nous
y avions
aussi fêté l'anniversaire d'un de nos compagnons
d'infortune. [Fiems]
1968 : la poudrerie
J.P. Gérard & Cie, née en 1819 à Ombret, cesse fabrication et vente d'explosifs
car elle prévoit l'abandon des charbonnages, et prend une part minoritaire dans
la poudrerie de Clermont.
En 1969 la
dénomination de celle-ci devient
S.A. PRB.
En 1979, on construit un complexe pour
la production de munitions et d'accessoires à destination de
l'artillerie et des tanks avec extension du laboratoire de
métrologie.
En matière de produits, notre poudrerie s'est donc diversifiée
au fil
des ans : poudre noire (1850-1962), mèches et cables de
sécurité et de déminage (1860-1969),
poudre sans
fumée à base de nitrocellulose poudres en
granulés
et flocons pour munitions (1894-1964), fabrication de
munitions
(1899-1936), fabrication de nitrocellulose (1901-1940), munitions et accessoires d'artillerie (1979).
L'actionnaire majoritaire de PRB-SGB forme en 1985 le groupe Gechem qui
vend PRB, quatre ans plus tard, au Holding Astra. Celui-ci met PRB en
faillite en 1990. [LeSoir]
L'entreprise engissoise passe
alors dans le giron du groupe SNPE (ex Société nationale des poudres et explosifs, française, créée en 1971) et change de nom pour PB-Clermont.
1991
voit l'édification à Clermont d'un
parc de production pour la nitroglycérine, d'après
un
procédé développé en
Suède, qui
assure l'autonomie de l'entreprise dans ce domaine.
Le site de la poudrerie couvre une zone boisée, en pente, de
quelque
100 ha de la commune d'Engis, dans le secteur de Clermont-sous-Huy
coincé entre Éhein-bas et Hermalle-sous-Huy.
Dans le bas du site
se situent les services généraux, les services de
production, les
laboratoires de chimie, physique et métrologie, les ateliers
de
fabrication des poudres et de la nitroglycérine ; le
laboratoire
d'essais balistiques et les couloirs de tir
sont à mi-hauteur de la pente tandis qu'au sommet se
trouvent les
ateliers d'homogénéisation de la poudre, de
tamisage, de
conditionnement et de stockage des produits finis.
Depuis 2009, la
poudrerie dispose sur le site de trois nouveaux
dépôts de poudre ou de
nitrocellulose humectée ce qui lui évite de
devoir gérer une partie de
ses stocks dans les dépôts militaires.
Vue aérienne du site -
Crédit d'image : Google maps, avril 2013
Dans la première décennie du XXI e
siècle, PB-Clermont s'est spécialisée dans la
fabrication de la poudre propulsive pour armes et occupe quelque 90
personnes pour une production 200 kg de nitroglycérine et de
poudre sphérique allant jusqu'à 2 000
T par an.
Cette poudre sphérique concerne tant l'usage militaire
(munitions de 4,6 mm à 25 mm), charges secondaires pour
mortiers
de 60 mm et 81 mm, et charges explosives), que l'usage civil (toutes
sortes de munitions sportives et cartouches de chasse 12 mm, 16 et 20
mm) et l'usage industriel (tous types de cartouches pour outils,
cartouches d'abattage des bovins, etc.)
Disposant de l'une des plus grandes capacités de production
au
monde en munitions de petits et moyens calibres, l'entreprise fournit la
plupart des plus grands fabricants internationaux de munitions.
Classée SEVESO en Belgique, PB-Clermont a
développé un système de
qualité conforme
aux normes internationales ISO 9001 et AQAP 120, qui
établissent
par des règles et des procédures les
tâches de
chaque membre du personnel. [8]
Ces mesures n'abolissent pas totalement les risques d'accidents : le 7
février 2013, un début d'incendie est rapidement
maitrisé à la
Poudrerie Belge de Clermont-sous-Huy, sans faire de
blessé. Le 2 aout se produit une fuite d'acide sans
conséquence autre qu'un confinement momentané des
riverains.
Il en est autrement le 26 mars 2013 quand 500 kg de
poudre
noire s'embrasent dans l'atelier de tamisage de la poudrerie. Deux
ouvriers, Patrice Ramakers et Kevin Mahy, sont gravement
brulés. Kevin
décède au centre des grands brulés de
Loverval
huit jours plus tard, Patrice le 28 avril suivant.
C'est aussi en 2013 que la SNPE est fusionne avec le groupe Nexter sous la forme d’un
holding dont la branche opérationnelle s'appelle Eurenco.
 -Clermont
Pour différencier ses 4 sites de production sis à
Bergerac (sud-ouest français, pour les objets combustibles),
Sorgues (sud-est français pour les explosifs et additifs
carburants), Kerlskoga (sud suédois pour les explosifs et
poudres) et Clermont-sous-Huy/Engis producteur de poudres,
« nos poudreries » s'appelleront désormais
Eurenco-Clermont.
En 2015, la presse fait état d'une révolution dans le
secteur de fabrication de la poudre : « PB
Clermont » – cette appellation a
décidément la vie dure… – teste la
fabrication d'une poudre « verte », non toxique !
Le stabilisant utilisé depuis le début du XX e
siècle pour augmenter la durée de vie de la poudre et les
accidents d'échauffement ou d'inflammation s'est en effet
révélé cancérigène et sera
remplacé par un produit moins toxique. Un argument de
santé pour les ouvriers et les chasseurs (qui qui remplissent
parfois eux-mêmes leur munitions) mais aussi… de
marketing. [Dagonnier]
Le chiffre d'affaires d' Eurenco Clermont
pass de 30 millions d'euros en 2020 à près de 40 millions
en 2022, le profit de 2 200 000 € à 3 200 000 pour le
même laps de temps. [Northdata]
Le
24 février 2022, les forces armées russes commencent
à envahir l'Ukraine. Dès le mois de juin, le Gouvernement
wallon lance un appel à projets avec un budget de 35 millions
€, dans le cadre de son Plan de Relance. Parmi les consortia
sélectionnés, celui de Thalès Belgium (43 %),
Eurenco-PB Clermont (20%), GDTECH (14%), MECAR (14%) et Taipro
Engineering (9%) obtient 1.918.801 € pour développer en
deux ans son projet de recherches pour la lutte anti-drones
aériens à longue distance. [Borsus]
En 2023, l'État français rachète toutes les actions de la SNPE [BFMTV] ; la poudrerie engissoise est donc française.
En février 2024, deux demandes de licence d'exportation vers
Israël sont suspendues par le gouvernement wallon – pour
mémoire la Belgique a signé en 2014, comme la France et
128 autres pays, le Traité sur le commerce des armes
destiné à réguler le commerce licite et illicite
des armes et munitions particulièrement dans les cas de
violation du droit international des droits de l'homme et du droit
international humanitaire. Les exportations d'Eurenco sont
temporairement suspendues dans le contexte de risque de génocide
dans la bande de Gaza bien que la poudre qui devait être
transportée en israël soit officiellement destinée
à être réexportée, après assemblage,
vers d'autres pays de l'Union européenne et vers les USA. [RTL]
On notera avec amusement que dans son article, L'Humanité
parle de « la région francophone de
Wallonie » en lieu et place du gouvernement de la
Région wallonne – il y a encore du travail de
communication à faire pour nos institutions ! [LHumanité]
En avril 2024, Eurenco Clermont annonce un nouvel
investissement de 80 millions d'euros sur son site engissois.
À cette époque, celui-ci est le plus
grand au niveau
européen pour la production de poudre pour
fabrication de
munitions de petit calibre, et le deuxième plus important au
niveau mondial. [qu4tre]
En mars 2025, le nom de l'entreprise revient à diverses reprises
dans les
médias en raison du contexte géopolitique mondial, issu
des décisions du président des U.S.A. Donald Trump, qui
pousse les
pays européens à se réorganiser sur le plan
militaire.
20 avril 2025
: Plan du site tel qu'affiché à l'entrée de la
zone 2, avec photo de ce qu'on aperçoit par la grille.
En haut à g., vue de l'entrée principale du site.
|
Dès le XVIIIe
siècle,
Hermalle-sous-Huy a connu une activité industrielle
importante
par l'extraction de la pierre et la fabrication de chaux.
|
Avou des
pîres al tchås, on fêt del
tchås…
èt li
« Groupe Lhoist »
Une
évidence
: avec des pierres à chaux, on fait de la chaux !
Et la fortune
d'un groupe industriel mondial né à
Hermalle-sous-Huy :
LHOIST.
Employée
dès l’Antiquité égyptienne,
la chaux
résulte de la pyrolyse des pierres calcaires (pîres al
tchås
en wallon) — composées de calcite, ou de dolomie
lorsque l’eau
circulant dans les roches avait apporté du
magnésium — qu’on calcinait
dans des fours chauffés au bois ou aux fagots de
bruyères.

Ces
fours ont évolués jusqu’à
devenir
de hauts ouvrages en maçonnerie, garnis de briques
réfractaires, que
les chaufourniers remplissaient, par le haut, de couches
alternées de
pierres et d’un charbon qui, pour Engis, provint parfois des
mines de
Charleroi.
Le feu, allumé au bas du four, permettait
d’atteindre la
température de ± 1000 °C
nécessaire à la cuisson et la crote di
tchås’,
la chaux vive, était recueillie ensuite dans une autre
bouche au bas du
fôr [four] sur des grilles qui la séparaient des
cendrées du charbon. Elle
pouvait être utilisée telle quelle ou pouvait
être « éteinte » par
arrosage ou immersion dans l’eau ; on l’appelait
alors simplement tchås’
— d’où
l’expression courante en wallon : Avou des pîres al
tchås, on fêt del tchås’.
On l’employait — on l’emploie encore
— pour combattre l’acidité des terres
cultivables, pour plafonner,
blanchir et désinfecter, pour préparer la
pâte à papier, pour épurer
l’eau, raffiner le sucre, etc. Mais les fours et
les méthodes de
production ont fort changé…
À
Hermalle, la grande industrie mondiale commence par un mariage :
En 1889, Hippolyte-Joseph Dumont, simple ouvrier natif de
Clermont-sous-Huy qui a travaillé dans les
carrières
d’Ampsin, épouse Caroline Wautier [4].
Hippolyte Dumont et sa famille
Auteur inconnu : nous vous remercions de
nous donner des indications pour le crédit photographique.
Un an plus tard, reprenant l’exploitation des
carrières et
les deux petits chaufours de la commune d’Ampsin, il
débute l’histoire d’une firme qui a
acquis une
envergure internationale au XX e
siècle
par le travail de son gendre, Léon Lhoist.
Celui-ci a fondé d'abord les
Établissements Léon Lhoist à Jemelle,
racheté des usines en Belgique et en France, et
créé le
groupe Lhoist qui entre sur le marché américain
dans les
années 1980 puis s'étend au Brésil et
à
l'Asie au XXI e
siècle.
Cela s'est évidemment produit petit à
petit…
Hyppolite et Caroline ont donné leurs noms de famille
à la société Carrières
et Fours à Chaux Dumont-Wautier qui
achète en 1910 des
terrains à Saint-Georges et à Hermalle-sous-Huy
où
elle installe son siège social.
L’importance des
gisements comme la proximité du chemin de fer, de la Meuse,
du
bassin industriel liégeois promettaient un
développement
considérable — la carrière de la
Mallieue, en face du pont de Hermalle, a
atteint de nos jours le site de la Kérité
(situé sur les hauteurs de Flône) modifiant
intégralement collines, rochers
et même friches industrielles bordant le fleuve.
En octobre 1945, le député Demoitelle
évoquera
à la Chambre la difficulté de se fournir en
matériaux pour réparer les logements
sinistrés par
les bombes ; il citera la production de chaux à Amay et
Engis : bien qu'il y ait là
énormément de petits
industriels qui fabriquent la chaux, il leur est impossible d'en
fournir car leur production est exportée au
Grand-Duché ; en avril de l'année suivante, un
autre
député se
plaindra du départ de trains d'engrais d'une usine d'Engis
pour
la Hongrie sur invitation d'une nation alliée.
Dumont-Wautier n'était donc pas seule à
travailler la
chaux mais elle était la plus importante : dans sa
première décennie, l'entreprise a fait construire
sur la
rive
gauche d’Hermalle d’immenses fours qui sont alors
parmi les
plus performants d’Europe, un groupe de 6 chaufours tout
près de la gare et un autre de 3 près de la
chapelle
dédiée à Sainte-Barbe.
Carte
postale : Les 6 fours à
chaux de Hermalle dans les années 1920.
Les 6 fours près de la gare,
en juillet 2010
Les 3 fours près de la petite
église Ste-Barbe
de la Mallieue, en juillet 2010.
Ces fours sont
restés en
service jusqu’en 1957 où ils furent
remplacés par
les tout premiers fours rotatifs européens,
placés parmi
les plus grands du monde, chauffés au charbon
jusqu’en
1959 où le combustible devint le fuel.
En 1969, deux fours
verticaux au gaz naturel ont été mis en
service,
deux semblables s’y sont ajouté en 1971 et un
nouveau four
rotatif est entré en action en 1975. Le
développement des installations et des carrières
a
continué après la fusion des communes de 1977 qui
a
ôté la Mallieue à Hermalle, et donc la
majorité des installations de la firme.…
En 2019, ce panneau, installé à la Mallieue, au
niveau 0
au croisement de la voirie (en beige) et de la voie ferrée
de la
firme (en bleu foncé), donne une idée de
l'importance des
installations :
Et cependant, le 9 septembre de cette année-là,
le groupe décide de
mettre
fin à la production de chaux sur le site hermallien. 117
emplois
vont être supprimés en Wallonie, dont 64
à Hermalle.
Les réunions de négociations se sont
succédées, des piquets de grève ont
été installés, on a encore
négocié
et, finalement, un accord social a été obtenu
à la
mi-janvier 2020 : il n'y aura que 100 départs en Wallonie.
Au 15 janvier 2020,
le site web de l'entreprise, Lhoist.be, indique à sa page Historique :
« Aujourd'hui,
nous sommes un des leaders mondiaux en production de chaux, dolomie et
autres minéraux. Nous continuons notre croissance par
l'acquisition et l'entrée sur de nouveaux territoires. En
misant
sur les attentes des clients existants et nouveaux, nous investissons
également dans de nouvelles installations et dans le
développement de notre portefeuille de solutions et de
produits
innovants.
Ces
dernières décennies, la production du Groupe a
été multipliée par dix et son chiffre
d'affaires
par 40. Lhoist exploite 100 sites répartis dans plus de 25
pays
et compte 6 400 employés de plus de 40
nationalités
différentes. »
Le 11 janvier 2023, les quotidiens L'Avenir, La Meuse, la
Dernière Heure annoncent que Hermalle-sous-Huy va devenir la
capitale mondiale du bloc de maçonnerie écologique
à l'horizon 2025 !
Avec la société Prefer d'Engis, avec Fluxys
Belgium et Orbix (Farciennes), Lhoist a mis au point le projet CO 2ncrEAT
(« Manger du CO 2 »)
qui implique d'utiliser une
partie des fumées produites lors de la fabrication de la
chaux par Lhoist et de les mettre en contact avec le produit du lavage
et du concassage de déchets de fabrication de l'acier
inoxydable, le Carbinox ®,
qui a la particularité d'absorber le CO 2.
On peut résumer en un schéma :
La motivation de ces entreprises est claire : aider la
décarbonatation de l'industrie belge.
Elles vont en effet récupérer et valoriser des
résidus de fabrication pour fabriquer des blocs de
maçonnerie à empreinte carbone
négative
puisqu'ils renfermeront plus de CO 2 qu'il n'en
aura fallu pour les produire.
|
Des Blocs
Bertrand à Prefer
Armand
Pirotte, qui fut directeur de l'école fondamentale de
Hermalle-sous-Huy et échevin d'Engis raconte :
L'entreprise
a été fondée en 1951 par Joseph
Bertrand.
Il
acheta les prés du Thier des Vaches
pour y installer son chantier. Il y monta une petite cabane en planches
pour y remiser quelques sacs de ciment, pelles, brouettes en bois et le
moule à blocs de fabrication artisanale.
C'était
en 1952, le CHANTIER BERTRAND était né.
L'entreprise CHANTIER
BERTRAND sprl
nait donc à Hermalle-sous-Huy, au n° 1 de la rue
Magotte.

Elle profite, dans les années 1980,
de la
création du
parc d'activités
économiques pour y déménager
et
bénéficier d'une
plus grande superficie.
Les
blocs Bertrand ont une bonne réputation dans le monde de la
construction et de
la rénovation, auprès des entreprises et des
particuliers
comme, bien
évidemment, des négociants en
matériaux,
même si, au niveau des villageois,
l'estime qu'on porte à l'entreprise va se teinter de peur :
En 2008, Jacqueline et Jean Werpin tirent la sonnette d'alarme : tous
deux
atteints d'un cancer, ils s'interrogent sur la cause de la maladie qui
les
frappe car ils constatent que dans les cinq dernières
années, 21 personnes
souffrant de cancer sont comptabilisées dans le quartier des
rues Magotte et
Lepage… La pollution du sol de l’ancienne usine ne
pourrait-elle en être
responsable ? Presse comme administration communale sont
alertées et
l'université de Liège lance une enquête
avec prises de sang. En octobre
2009, ses résultats sont livrés : aucune
épidémie n'est liée à la
pollution du
sol hermallien.
En 2016, les Chantiers Bertrand sont repris par le groupe Portier qui,
via sa
filiale Prefer, possède son propre chantier de production
aux Awirs (Flémalle)
et souhaite s'agrandir. Les trois emplois de Hermalle sont
préservés, la
surface de stockage est étendue, de nouveaux moules
permettent la
fabrication d'une gamme de produits plus diversifiée, pour
passer d'une
production de 3,5 millions de blocs en un an à 6 millions
annuels. Portier fait
tester quotidiennement sa production et réutilise les
déchets pour le coffrage
des voiries.
En 2021, Prefer se met à tester la production de blocs avec
du CO2 pur
mais, devant le prix de revient du bloc écologique obtenu,
doit changer son
fusil d'épaule. La décision d'utiliser
une partie des fumées produites
par Lhoist va permettre la production de blocs sans aucun ciment
à un prix
sensiblement pareil à celui du matériau
traditionnel.
Cette production devrait
démarrer en 2025, le temps d'obtenir tous les permis
indispensables, de
construire le dispositif d'extraction et de refroidissement des
fumées et
d'installer le pipeline de 2 km qui, passant sous le pont de
Hermalle-sous-Huy,
reliera le site de Lhoist en rive gauche de la Meuse à
l'usine de Prefer qui se
trouve sur la rive droite. - Information
donnée le 11 janvier
2023 par les quotidiens L'Avenir,
La Meuse, la
Dernière Heure.
|
Au
XIXe
siècle, même si J.J.P. Paquo &
consorts ont obtenu en décembre 1829, une concession
pour l’exploitation de la calamine et du plomb sur le
territoire
hermallien, maçons et charpentiers sont les
professions les mieux
représentées à Hermalle
même, sur la rive
droite où se développe la production de betterave
sucrière et l'élevage bovin et chevalin.
La construction navale à Ombret, la briqueterie
à Amay,
les charbonnages de Saint-Georges et d'Engis constituent
d’autres
pôles industriels de la rive
gauche qui fournissent des emplois aux Hermalliens.
L'industrie
métallurgique
Les gisements de zinc offrent aussi des débouchés
dans la
vallée.
Le zinc est un métal non-ferreux qui ne se trouve dans la
nature
que sous forme de composés, ce qui implique leur
transformation
par des procédés chimiques pour obtenir une
matière qui sert notamment à la production de
laiton.
À partir du Xe
siècle,
l’art du laiton s'est développé par des
moyens
artisanaux dans la vallée mosane, qui présente
d'importants gisements de calamine (carbonate de zinc) et de blende
(sulfure de zinc). L’exploitation de ces ressources va
d'autant
plus s'y développer que l'indispensable zinc (le laiton et
le
bronze intervenant notamment dans
l'armement), importé en
grandes quantités d'Inde et de Chine en Europe au XVIIIe
siècle, coute une fortune. Dans ce contexte, les travaux de
différents industriels et chimistes sont fort attentivement
suivis…
Au XIXe
siècle, un
procédé dit silésien, car mis au point
en Silésie (région historique
s'étendant
actuellement sur la Pologne, la Tchéquie, l'Allemagne) par
Johan
Ruberge (1751-1807), est amélioré et mis en
concurrence
en Wallonie par le « procédé
liégeois
» du chanoine chimiste Jean-Jacques-Daniel Dony (1759-1819).
La technique est la même : les minerais sont
grillés puis
mélangés avec de la houille maigre et
transformés
en gaz car portés à une température de
1400-1500°C. Les vapeurs sont ensuite
condensées pour
obtenir du zinc liquide – cette dernière
étape est
cruciale car si certaines conditions de température ne sont
pas
respectées, on n'obtiendra que de la poussière de
zinc… On utilise des fours à cuve où
sont
disposés des moufles (creusets en terre
réfractaire) et
c'est précisément dans la forme et la position de
ces
moufles que réside la différence entre les deux
procédés.
Il n'est pas besoin de rappeler que la matière
première
ne manque dans notre région ni en composés de
zinc ni en
houille (charbon) pour alimenter les fours… comme vous
l'indiquent les zones délimitées en rouge
ci-dessous sur
la Carte
générale des
concessions minières octroyées ou maintenues sur
le
territoire de la Région wallonne depuis 1793,
le rouge
indiquant les mines « métalliques
», le vert
les mines « de houille », le bleu les
mines «
de shistes alunières ».
R.
Van De velde, Géomètre des Mines, sous la
direction de lr. D. Pacyna, Ingénieur des Mine, 2003
Fragment de la carte.
Pour les métaux, Flône est riche en plomb,
calcium,
pyrite, zinc, fer. Engis, avec ses filons de plomb, calcium, pyrite,
blende, constitue un des six plus grands gisements de Wallonie. Le
minerai s'y trouve sous forme d'amas (dits « amas
couchés
») à la limite de roches de différentes
natures ;
on en connait quatre gîtes dont trois sont
représentés sur ce plan, le quatrième
sis à
l'est du château d'Aigremont n'étant pas
indiqué.
La
vallée mosane devient le cœur des industries
métallurgiques du début du XXe
siècle, bâties par les
sociétés de la Grande-Montagne, de Corphalie
(à Huy) et de la Vieille-Montagne.
Il nous faut donner quelques
précisions au sujet de cette
dernière car
- la similitude d'appellation de
plusieurs sociétés utilisant le terme Montagne peut
prêter à confusion (ex : Vieille-Montagne,
Nouvelle Montagne…)
- la Vieille-Montagne,
dont le siège d'exploitation était à
Angleur, a
concerné directement la vie des Hermalliens par ses fours de
Flône et les Engissois par ses mines.
Pourquoi
donc Vieille-Montagne ?
Parce que Jean-Jacques Dony, fondant son entreprise pour exploiter son
procédé, a utilisé une mine de
carbonate de
zinc au lit-dit Altenberg
à La Calamine, une commune belge contigüe
à l'Allemagne.
Et que, tout simplement, altenberg
se traduit par vieille
montagne !
Dans les années 1820-1830, la Société de
la
Vieille-Montagne obtient en concession
différents gisements métalliques notamment celle
d’Engis, en 1828, qui sera la
mine la plus productive de la région [Balcon]
avec
trois gites (dépôts de minerais) distincts :
- au
« Dos »,
- aux « Fagnes » et
- aux « Awirs
»
Les trois seront abandonnés en 1880 en raison
d'inondations [Denayer].
Ci-contre
: Arthur Lodin de
Lépinay, Four de la Vieille-Montagne (vers 1840), coupe
latérale et coupe transversale, échelle 0,015,
1905 © Borvan53
|
 |
La société de Dony est devenue en 1837 la Société
anonyme des Mines et Fonderies de Zinc de la Vieille-Montagne
 |
Cette société a
possédé des
installations à la limite de Flône et du
hameau de La
Mallieue de Hermalle.
Entrée
de la Vieille-Montagne,
située entre le chemin de fer et la colline,
à quelques 200 m du pont de Hermalle en allant vers
Flône.
©
Égoïté, 2010.
Ce bâtiment a
été détruit fin des années
2010.
Le
3 août 1914, il avait servi d'abri temporaire aux
soldats belges tenus de surveiller et
protéger le pont.
Léon Mélotte, sous-lieutenant du Bataillon des
Chasseurs à pieds en a témoigné :
Après avoir placé ses sentinelles au pont, il
s'est
installé avec le reste de ses hommes dans l’usine
; les Chasseurs en attente ont profité de la paille qui
garnissait les locaux de gauche, les sous-officiers des lits de camp
dans ceux de droite. Le concierge a offert une bière.
|
Il est par ailleurs intéressant de noter que le
gisement de
plomb et zinc de La Mallieue présente un
caractère très surprenant par la
présence de cavités à très
grande profondeur : 150 m sous
le niveau de la Meuse !
Surprenant oui, mais
la Vieille-Montagne, ça ne me dit toujours rien en
2025…
Elle a
pourtant été la base d'une entreprise gigantesque
!
La recherche de nouveaux produits, de nouveaux
débouchés,
de nouveaux partenaires, dans un système de concurrence et
de
marche vers mondialisation et globalisation, va provoquer
l'association, la fusion ou l'intégration de diverses
entreprises.
C'est ainsi que la Vieille-Montagne, l'Union Minière du
Haut-Katanga (fondée en 1906 pour l'extraction du cuivre et
d'autres métaux au Congo), la Metallurgie Hoboken-Overpelt
et
Mechim finissent par former, par la volonté de la
Société Générale de
Belgique (ancienne
banque d'émission devenue holding), la
société
anonyme UMICORE.
Une autre société métallurgique est de
grande importance dans notre région car elle est, avec ses
filiales, à l'origine d'un groupe mondial
installé dans notre commune :
La
Société métallurgique d'Engis
1828 - 1845
par
Pierre Jadot
directeur des relations publiques de la
SA Praytech
Octobre
2013,
mise en page et en ligne janvier 2014 par Nicole Hanot
Au
début du XIX e
siècle, plusieurs groupes se disputent les gisements
calaminaires et houillers d’Engis et des Awirs.
Une entente
intervient entre eux et, en 1828, ils créent la Société
Métallurgique d’Engis.
La
Société nouvellement créée
obtient, en
1830, la concession d’Engis. Elle fait
l’acquisition de 2 ha de terrain, devient
propriétaire de maisons d’habitation et de
bureaux, et
installe tout le matériel nécessaire à
l’exploitation des deux mines qu’elle
possède, la
mine de La Mallieue et celle du Dos située
à
Engis.
Elle en débute l’exploitation. Ne disposant pas de
fours
pour traiter son minerai, elle le vend à la Société
de la Nouvelle Montagne. [Arnoldy]
Ses actions passent progressivement dans les
mains de la maison Simonis, importante famille lainière de
Verviers et d’un ingénieur, V. Simon.
D'autre part, la maison Simonis avait fait progressivement
l’acquisition de
l’ensemble des actions de la Société
de
la Nouvelle
Montagne, située à Verviers, dont
l’objet était l’exploitation de la mine
de zinc et
de plomb, du même nom, justement située
à
Verviers. Cette
dernière avait été
constituée le 8 juin
1829 et avait fait l’acquisition, le 23
février 1831, d’une usine à zinc
à Prayon (aujourd’hui dans la commune de Trooz).
La Société
de la Nouvelle Montagne de plus en
plus
tributaire, pour son approvisionnement en minerais, de la Société
Métallurgique
d’Engis commande
à Adolphe Lesoinne, professeur de Métallurgie
à
l’Université de Liège, et à
deux
ingénieurs aux Mines de France une étude des
gites
métallifères d’Engis, de Prayon et de
Verviers. Les
deux études concluent, pour Engis, à
l’importance
des deux gisements et en identifient d’autres. [AEL]
Simonis décide de regrouper la Société
Métallurgique d’Engis et la Société de
la
Nouvelle Montagne. Les mines et les installations de la
Mallieue et du
Dos sont reprises aux apports pour une valeur de
1 200 000 francs. Ce
montant est le résultat d’une estimation
effectuée
par Simonis et le duc d’Arenberg, qui était
l’actionnaire de référence de la Société
Métallurgique d’Engis.
Émile Harzé,
Grotte dans le Calcaire carbonifère, à plus de
200 mètres de profondeur.
Coupe
transversale du gisement métallique d'Engis (Nouvelle
Montagne)
perpendiculaire au plan de contact du Houiller avec le Calcaire
carbonifère passant par la
racine Est du Gisement.
Bulletin de la Société de Géologie, de
Paléontologie et d'Hydrologie, T. XVII, 1903, Pl. VIII.
Le 12
février 1845, Simonis créee la «
S.A.
pour l’exploitation des mines de zinc et de plomb
d’Engis,
de Prayon et de la Nouvelle Montagne » en
abrégé S.A.
Nouvelle Montagne.
|
Encore une Montagne
qui ne me dit rien ! À quoi a-t-elle bien pu servir ?
Si
vous lisez les articles suivant dans leur page
dédiée
(cliquez sur les liens) , vous découvrirez ce qu'elle fut et
comment elle a créé chez nous la plus grande
entreprise
actuelle d'Engis !
La
S.A. Nouvelle Montagne
1845 - 1882
par
Pierre Jadot
directeur des relations publiques de la
SA Praytech
Octobre
2013
mise en page
et en ligne janvier 2014 par Nicole Hanot
La « S.A.
pour l’exploitation des mines de zinc et de plomb
d’Engis,
de Prayon et de la Nouvelle Montagne » en
abrégé
S.A. Nouvelle Montagne, nouvellement créée le 12
février 1845 par Simonis, reprend à son compte la
demande
de construction d’une usine à zinc
qu’avait
introduite la Société Métallurgique
d’Engis
le 5 septembre 1844.
Lors de l’enquête publique préalable 28
oppositions
sont introduites auprès de l’administration.
L’ingénieur des Mines chargé du dossier
indique
dans son rapport daté du 8 octobre 1844,
que la première
opposition en date est émise par Monsieur
de Potesta
et précise que c’est cette personne qui avait
vendu les
terrains destinés à la construction de
l’usine, et
qu’elle en connaissait la destination ! De plus…
|
Diversification
de la
S.A. Nouvelle Montagne
1882 - 1938
par
Pierre Jadot
directeur des relations publiques de la
SA Praytech
Octobre
2013
mise en page
et en ligne janvier 2014 par Nicole Hanot
Profitant d’une situation financière plus
confortable,
suite à la cession de son siège de Trooz, la
Nouvelle
Montagne modernise ses installations, construit un second laminoir
(1882), et surtout développe des activités
avales.
En
partenariat, elle crée deux filiales :
- la
Société
des Produits Chimiques d’Engis et
- la
Société
Anonyme des Engrais Concentrés.
L’épuisement progressif des mines locales impose
de
recourir de plus en plus fréquemment à du minerai
étranger, pour l’essentiel de la blende. Il faut
donc
penser à une installation de désulfuration
efficace et
à la fabrication d’acide sulfurique. En effet
l’entreprise reçoit toujours de nombreuses
plaintes des
riverains concernant ses rejets gazeux…
|
Du 1er au 5
décembre 1930 se produit une catastrophe
écologique, due
aux conditions climatiques et aux productions de fumées des
usines, et dont on parle dans le monde entier. Elle affecte
particulièrement Engis :
|
Prayon
à Engis
La
genèse de Prayon est expliquée dans les liens
donnés ci-dessus ( S.A. de la
Nouvelle Montagne
et 1882-1938 La
diversification
Le groupe Prayon
est
mondialement connu pour sa production et sa commercialisation de
produits phosphatés et fluorés –
destinés aux
applications industrielles et alimentaires (20%) et qui interviennent
également dans l'élaboration de
fertilisants.
Prayon
SA a reçu en février 2004 une triple
certification
pour son Système de Management Intégré
en
matière de Qualité (ISO 9001:2000),
d'Environnement (ISO
14001) et de Santé et Sécurité (OHSAS
18001) sur
ses sites d'Engis et de Puurs (Anvers).
En 2009, Prayon investit 50
millions d’euros dans une nouvelle unité,
dénommée Sulfine, pour la
production de 345 000 tonnes d’acide sulfurique par an
à Engis, avec
cogénération de vapeur et
d’électricité, construite pour
réduire
fortement l’empreinte écologique du site :
- la récupération de vapeur
générée par la production
d’acide sulfurique donne une nouvelle source
énergétique qui permet la suppression
d’emploi de fuel,
- la diminution
d’achat de gaz naturel et la turbine-vapeur couvre 70 % des
besoins en
électricité de l’usine.
L’installation permet une réduction de 43 % des
émissions de CO 2 du site
d’Engis. [4-1]
La même année,
Prayon aborde la
nutrition en devenant l’actionnaire majoritaire de THT, une
société qui développe et produit des
ferments
lactiques tant pour les probiotiques
que pour les industries de la boucherie-charcuterie et de la
boulangerie.
En 2013, Prayon-Engis reçoit l'honorifique
« Prix
belge de l'énergie et de
l'environnement » pour un
projet d'optimalisation de son réseau vapeur indispensable
au
séchage de l'acide phosphorique
réalisé en
collaboration avec la spin-off liégeoise PEPITe ; 60
opérateurs, spécialement formés,
utilisent un
outil de pilotage qui permet d'observer la consommation de vapeur en
temps réel et d'effectuer les corrections
nécessaires
pour retrouver le niveau optimal recherché. Outre une
diminution
de la facture de gaz, le processus permet une réduction de
30
tonnes par an du rejet de CO2. [4-3]
Le 3 janvier 2023, le journal lavenir.net
annonce : « Prayon, à Engis, renforce sa
position
dans la chimie du phosphore. La société
engissoise Prayon
achève le rachat de parts dans Febex, leader
européen de
l’acide phosphorique à usage
électronique. »
Febex, société suisse installée
à Bex,
employant près de 60 personnes, a enregistré un
chiffre
d’affaires de 32 millions d’euros en 2021. Avec 97%
des
parts, Prayon devient l’actionnaire majoritaire et entre tant
dans le marché de l’électronique
à fort
potentiel de croissance en Europe et aux États-Unis que dans
le
secteur pharmaceutique, et élargit sa palette de solutions
industrielles en aval de la production d’acide phosphorique
purifié dont elle est le leader européen.
Tout va donc bien dans le meilleur des mondes.
Prayon
n’a nin l’ vint è l’ narène…
mins i n’fåt måy compter si l’oû è
cou dèl poye
[en wallon du pays de Liège : Prayon n'a pas le vent contraire… mais il ne faut jamais escompter l'avenir] [spot wallon] :
Fin 2024, deux journalistes lancent un pavé dans la mare !
Dans le trimestriel Tchak La revue paysanne et citoyenne qui tranche,
n° 19, sept.-oct.-nov. 2024, consacré à une
enquête sur les engrais phosphatés en Belgique, France,
Espagne, Sénégal et Tunisie, Laurence Grun et
Pierre Vanneste écrivent dans le chapitre « Belgique et
France. Une amnésie collective » (p. 47-48) :
«
À Engis, personne ne sait combien de tonnes de phosphogypse ont
été stockés sur le site du Hardémont entre
1950 et 1985, et encore moins ce qu'il est advenu des quantités
de déchets produits entre 1890 et 1950. L'entreprise Prayon,
elle, préfère insister sur ses importantes
avancées environnementales, en Belgique, plutôt que de
répondre de son passé.
Aujourd'hui,
l'unité chimique du site de Prayon à Engis s'est
spécialisée dans la production d'acide phosphorique
complexe purifié, destiné aux secteurs de l'alimentation
et de l'électronique. Pour ce faire, le groupe n'utilise plus,
ou presque plus, de phosphate d'origine sédimentaire (Maroc,
Sénégal, Tunisie, etc.), davantage chargé en
métaux lourds et éléments radioactifs. Mais se
concentre principalement sur le minerai d'origine magmatique (4 et 12%
des gisements mondiaux, situés notamment en Russie, Afrique du
Sud, Brésil, Finlande, etc.), réputé moins
polluant. Cette nouvelle source de minerai permet à l'entreprise
de revendre 70-80 % de son phosphogypse au cimentier Knauf, qui
l'utilise pour la fabrication de plâtre. Les 20-30 % restants,
150.000 tonnes par an, encore trop contaminés, sont
déversées dans le bois d'Engihoul. Cette décharge,
autorisée, est connue et suivie par les autorités
communales, régionales et fédérales. Toutefois,
tout comme le site de Hardémont, elle n'est pas répertoriée dans la banque de données de l'état des sols wallons. [Nous soulignons]
Sous
la nouvelle montagne blanche de 5 millions de tonnes de phosphogypse du
bois d'Engihoul, aucun système de protection du sol n'a
été réalisé, comme le confirme Prayon. «
Au vu du comportement parfaitement inerte du gypse, les
autorités compétentes ont déterminé qu'il
n'était pas nécessaire de demander une
étanchéité de fond ou de surface. »
Pourtant, entre 2020 et 2022, quatorze dépassements des normes
PISEO pour les eaux souterraines y ont été observés[Prayon 2022] De quelle nature ? Prayon « n'est pas en mesure de partager ces informations », nous a-t-elle répondu.
(…)
De
même, Prayon a refusé de nous donner des précisions
sur l'origine du minerai responsable du phosphogypse d'Engihoul alors
que, lors du comité de suivi de l'entreprise, le 25 avril 2024,
elle a confirmé au riverain engissois Michel Thomas exploiter du
phosphate russe.
«
Ils m'ont répondu que, pour le moment, c'est toujours du
phosphate qui vient de Russie. Au début du conflit, les
fournitures ont été suspendues. Depuis, ils ont eu
l'autorisation de le réimporter parce que c'est le phosphate qui
leur convient le mieux. Il est de meilleure qualité et moins
radioactif puisqu'ils savent que derrière eux dans la chaine,
Knauf vient pour faire le plâtre et que le taux de
radioactivité doit être faible. »
Le service de communication de l'entreprise qui n'a pas souhaité nous rencontrer, se défend de toute critique :
« Le gypse issu de notre production est respectueux de
l'environnement. Il peut être en très grande
majorité valorisé et les parties résiduelles
peuvent être stockées de manière sûre,
contrairement au stockage opéré dans d'autres parties du
monde telles que les USA ou la Chine, qui génère des
rejets d'effluents dans la nature. Une délocalisation de nos
activités dans d'autres partie du monde serait donc
négative pour l'environnement, au vu des procédés
opérés dans ces pays. Mais cela serait aussi dommageable
pour les travailleurs et leurs familles. »
Ce
que ne dit pas Prayon, c'est qu'en Flandre (Puurs) depuis 1998,
l'entreprise importe de l'acide phosphorique déjà
transformé à Jorf Lasfar, au Maroc, sur le site de son
principal actionnaire (OCP) où elle a déplacé une
partie de ses unités de production.
Et comme le dit le bourgmestre d'Engis Serge Manzato, « au Maroc, ils vident le gypse en mer ». »
Cette publication suscite des questions au Parlement.
À celles, écrites, de la députée
Anne-Catherine de Goffinet le 2 octobre 2024, le ministre Yves de
Coppieters répond simplement «
L’honorable membre est invitée à prendre
connaissance de la réponse à la question orale de Madame
la Députée Valérie Dejardin sur la pollution
historique aux métaux lourds et déchets radioactifs
à Engis, développée lors de la Commission de la
santé, de l’environnement et de l’action sociale du
1er octobre dernier.» [Parlement]
Faute de trouver la transcription écrite de cette
réponse-là en date du 01-10-2024, voici le
résumé de ce qui fut prononcé [vidéo] :
Valérie Dejardin rappelle à propos de Hardémont que « la végétation a recouvert cette décharge à ciel ouvert »
Euh ? voici une photo venant de Google maps, datée par lui 2025, et légendée par nos soins :
Les zones habitées de Stockay et
d'Engis ont été volontairement colorées en rouge
brique pour montrer leur proximité avec Hardémont. Les
zones occupées par Prayon et Knauf ont été mises
en évidence, mais les décharges de Hardémont et Engihoul n'ont pas été modifiées par nous : ce que vous voyez, c'est bien leur prise de vue aérienne.
Elle se demande « qu'en est-il des produits qui y sont accumulés ? » et pose 5 questions au ministre :
- Pouvez-vous nous confirmer ou non cette pollution dans cette commune ?
- Pouvez-nous nous rassurer quant à une éventuelle pollution des eaux souterraines ?
- La Wallonie dispose-t-elle d'un inventaire des décharges de ce type ?
- Une
surveillance est-elle accordée à ce type de
décharge historique et à celles d'Engis en particulier ?
- Que va entreprendre la Région face à une telle contamination chimique ?
Yves de Coppieters lui répond :
- que le centre d'enfouissement technique d'Engihoul,
de classe 521A réservé à l'usage exclusif de
l'usine Prayon, est autorisé pour recevoir le phosphogypse issu
principalement du traitement industriel de la fabrication de l'acide
sulfurique et d'engrais phosphatés, un produit non valorisable
actuellement dans d'autres applications industrielles comme par ex le
ciment ou le plâtre.
Couvert par un permis de bâtir octroyé en mars 87 ainsi
que par un permis unique d'aout 2015 valable 20 ans, il est suivi de
près par les différents services du SPW, il fait
l’objet d’une surveillance et d’une
auto-surveillance. «
C'est dans ce contexte de surveillance qu'un contrôle
effectué en 2023 a donné lieu à un constat
d'infraction, un dépassement des sulfates dans les percolas et
qu'un procès-verbal a été dressé en
conséquence. La DPC (département Police Contrôle) a bien entendu suivi l'évolution des résultats en cours, des mois qui suivent. »
Le monitoring des eaux souterraines a été renforcé
et un monitoring de la qualité biologique du ruisseau d'Engihoul
a été organisé. «
En outre une surveillance spécifique est assurée depuis
2020 par le biais d'un comité de suivi. À ce
contrôle s'ajoute celui effectué par l'Agence
fédérale du contrôle nucléaire concernant la
présence potentielle d'éléments radioactifs qui
est une matière, bien sûr, fédérale. (…) L'analyse
de l'écotoxicité, réalisée en 2023 à
la demande de l'exploitant dans le ruisseau récepteur jouxtant
le CET a montré un impact faible voire nul sur le dit
ruisseau.»
Mes ptits-efants, ça va co ! [en wallon du pays de Liège : Mes petits-enfants, ça va encore !]
- que son Administration n’a recensé aucune archive pour le site de Hardémont.
« En ce qui concerne la seconde [??? Historiquement, il s’agit de la plus ancienne…] décharge
située en rive gauche de la Meuse, mon Administration ne dispose
d'aucune donnée technique dans ses archives. En outre,
s'agissant d'une décharge dont l'exploitation a pris fin avant
1987, elle n'est pas soumise aux prescriptions règlementaires
fixées dans l'Arrêté de l'exécutif
régional wallon du 19 mars 1987, concernant la mise en
décharge de certains déchets en Région wallonne.
De première information obtenue de l'exploitant il s'agirait
d'un dépôt a priori essentiellement de phosphogyspe
exploité par Prayon de 1950 à 1983.
À
première vue un ruisseau par-dessus ce massif de déchets
pourrait utilement faire l'objet de prélèvements pour
vérifier que l'impact est similaire, et donc non
inquiétant, à celui du CET contrôlé.
Un piézomètre [appareil de mesure de la hauteur du niveau de la nappe phréatique] existant
en bordure de cette ancienne zone de dépôt pourrait
également servir de point de diagnostic sur l'eau souterraine
cette fois.
Mon
administration va enjoindre la société Prayon à
fournir toutes les données nécessaires à
identifier ce dépôt et ce qu'il contient en type de
déchets et de volume. Par ailleurs une enquête
environnementale va être organisée. »
O! Don, ça n'va nin si bin qu' ça… [en wallon du pays de Liège : Oh ! Ça ne va pas donc si bien que ça…]
Quant à inventaire des décharges de ce type, le ministre
rappelle que la Spaque dresse un inventaire des sites,
décharges, dépotoirs, et autres emplacements de
déversement susceptibles de contenir tous les types de
déchets essentiellement industriels, ménagers,
hospitaliers et inertes – pour autant que ces sites ne
bénéficient plus d'un permis d'exploitation. «
À ce jour, en Région wallonne, la Spaque a
identifié et localisé 1037 décharges,
dépotoirs et autres emplacements de déversement de
déchets, quelques [?] décharges abandonnées de
phosphogypse avérées ou suspectées sont
identifiées, la plupart dans les environs d'Engis. Je vous
remercie. »
Çoula
n' va nin d' adrame ! / on n' est nin co foû di
spèhe… / On n' î est nin co, al tèye
ås fréves ! [en wallon du pays de Liège : L'affaire ne s'emmanche pas bien
/ on n'est pas tiré d'embarras (du brouillard)… / On n'y
est pas encore, au taillis aux fraises ! (avec la difficulté de
trouver les fraises des bois)]
Donc : le ministre ne confirme pas la pollution dans la commune (hormis
l’intermède de 2023 qui n’a pas altéré
« significativement la qualité biologique du ruisseau d'Engihoul »),
charge son administration de faire pression sur Prayon pour recevoir
des informations sur Hardémont, annonce une enquête
environnementale pour ce site mais sans donner dates ni
précisions, et glisse délicatement sur les quelques
décharges abandonnées de phosphogypse
avérées ou suspectées dans les environs
d’Engis…
|
Quand on se rappelle que les usines de zinc diffusaient de telles
fumées au
début du XXe siècle
qu'il était impossible
d'élever des chevaux au Sart Lombard de Hermalle…
[4-2]
Disparition
du commerce local
Le petit commerce, florissant dans la première
moitié du XXe
siècle au centre de Hermalle-sous-Huy, décline
fortement
suite à la
construction,
au début des années 1980, de la voie express N90
à
quatre bandes de circulation, qui
allège fortement le charroi automobile mais prive les
commerçants de
chalands ; l'installation des
magasins à «
grandes surfaces » d'Amay, Engis, Huy, Jemeppe et la
modification des habitudes de consommation entraine de plus la
clientèle locale à délaisser les
petits
fournisseurs.
À g. Les Magasins de l'Union
coopérative
de Hermalle-sous-Huy avec, à leur extrême droite,
la
boucherie (carte postale envoyée de Hermalle à
Grivegnée le 10 aout 1936).
À dr. le camion avec
les
employés, circa 1939, photo de Victor Dardenne †.
La
« Coopérative » fut dirigée
par
Édouard Vandeweghe (un temps bourgmestre), sa fille
gérant la boucherie.
En
italique : les entreprises qui se sont
installées juste
après la Deuxième Guerre mondiale
En
gras : les commerces
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13 |
Épicerie
Victor Daxelet
Chaussures
Stenbeck
Menuiserie Victor Deleuze
Mercerie
Pirotte
Cordonnerie
Julien Dardenne
Crème
glacée Martin Simon
Charbons
Jean Davin + Essence
BP
Couture Angèle Pirard
Marie Davin : Essence
Texaco + Taxi
Emile Lacroix
Boucherie
Sacré
Café
et Salle Viatour + Coiffure
Albine Viatour
Tapis
& peintures Albert Arnoldy
Couture
Jeanne Riga
|
14
15
16
17
18
19
20
21
22
23
24
25
26
27
28 |
Café
des Sports
Boulangerie
Victor Plumier
la
« Coopérative »
(alimentation générale,
droguerie, quincaillerie…)
Épicerie
Sacré
Pharmacie
Épicerie
« Bien être »
Garage
Grandmaison
Café
du Centre Marcel Neuville
Café
Mossoux
Épicerie
Hennuy
Épicerie
Herman
Boulangerie
des Frères Dumont
Épicerie
Polard
Crème
glacée Alphonsine Dardenne
Vélos
& Bonbonnes de gaz
Praillet |
29
30
31
32
33
34
35
36
37
38
39
40
41
42
43
44 |
Épicerie
Madeleine Obrié
Vélos
& Bonbonnes de gaz
Rosier
Épicerie
Blanche Feron
Menuis./cercueils
Léonard Focant
Quincaillerie
Bertho
Couture Lecrenier
Charbons
Jules Dirick
Épicerie
Albine Vanderbelle
Taxi
Tombeur
Jardinage
Joseph Lantier
Épicerie
Dessel-Hougardy
Épicerie
Jules Sacré
Blocs
de construction Bertrand
Coiffure
Désiré Streel
Taxi
Gaston Biettelot
Cordonnerie |

Informations
recueillies en 1996 par Nicole
Hanot auprès d'anciens
villageois, dont
Cyrille Meunier †,
et publiées dans la page
Association VABA du mensuel du
Centre culturel.
1
2
3
4
5 |
Menuiserie
Delhalle
Menuiserie Plastifen
Menuiserie Ateliers de la Colonne sans fin
Boucherie
Laurent
Boulangerie
Aux délices de Marie-Lou |
6
7
8
9
10
11
12 |
Carosserie
Voué
Friterie
de la place
Épicerie
Benoît & Isabelle
Verhulst-Doyen
Pharmacie
Garage
Hermalle Motor
Café
du Centre
Coiffure
Sylviane |
13
14
15
16
17
18 |
Café
de la Tour
Les
Antiquaires aux champs
Pommes de terre et
épicerie
Ferme D'Haeyère
Pêcherie du Val d'Oxhe
Horticulture Les Coccinelles
Chris Ambulance |
1
2
3
4
5
6
7
|
parc
d'activités industrielles au nord de la RN90
Menuiserie Plastifen
Équicoaching
Pompes
funèbres Grevesse
Menuiserie Ateliers de la Colonne sans fin
Carosserie
Voué
Spar
(ex-épicerie Verhulst-Doyen) |
8
9
10
11
12
|
Pharmacie
Garage
Hermalle Motor
Kiné M. Cop
Soins esthétiques « À l'essence
des sens »
Syndicat d'initiative
Brocante
Livres & objets (ex Antiquaires aux champs) + cafétéria
|
13
14
15
16
17
18
19 |
Location
de box pour chevaux
Rest.
épisodique Val d'Oxhe
Production pommes de terre
Casa del Mio Nonno (vins
le weekend)
J-Luc Lacroix, fasciath., kiné
C. Libert, médecin généraliste
Fiduciaire Welliquet
|
Et
comme il n'est pas toujours évident de distinguer
« commerce » et « service »,
voici un autre tableau comparatif :
|
1946 |
1996 |
2023 |
|
|
1946 |
1996 |
2023 |
| commerces |
40 |
12 |
9 |
|
coopérative /
supérette |
1 |
0 |
1 |
| épiceries |
11 |
1 |
0 |
|
couture |
2 |
0 |
0 |
| boucherie |
1 |
1 |
0 |
|
coiffure |
2 |
1 |
1 |
| boulangerie |
2 |
1 |
0 |
|
tapis / peinture |
1 |
0 |
0 |
| crème glacée |
2 |
0 |
0 |
|
quincaillerie |
1 |
0 |
0 |
| café / taverne |
4 |
2 |
1/2* |
|
entreprise
d'électricité |
0 |
1 |
0 |
| combustible charbon & gaz |
4 |
0 |
1 |
|
entreprise de jardins |
1 |
0 |
0 |
| pharmacie |
1 |
1 |
1 |
|
entreprise de mécanique |
0 |
1 |
1 |
| médecin |
1 |
2 |
1 |
|
entreprise de construction |
1 |
1 |
0 |
| ambulance |
0 |
1 |
0 |
|
entreprise de menuiserie
|
0 |
3 |
2** |
| taxi |
3 |
0 |
0 |
|
kinésithérapeute |
0 |
2 |
2 |
| vélo |
2 |
0 |
0 |
|
esthétique |
0 |
0 |
1 |
| essence |
2 |
0 |
0 |
|
coaching |
0 |
0 |
1 |
| garage / carrosserie |
1 |
2 |
2 |
|
salle de fête |
2 |
2 |
0 |
| cercueils |
1 |
0 |
0 |
|
exploitations
agricoles |
11 |
2 |
2 |
| pompes funèbres |
0 |
0 |
1 |
|
comptable |
0 |
2 |
1 |
| cordonnerie |
1 |
0 |
0 |
|
Brocante/bouquinerie |
0 |
1* |
1* |
mercerie
|
1 |
0 |
0 |
|
friterie |
0 |
1 |
0 |
| chaussures |
1 |
0 |
0 |
|
pêcherie |
0 |
1 |
0 |
|
|
|
|
|
horticulture |
0 |
1 |
0 |
* ouvert 1 jour et demi / semaine. En 2024, le résultat sera
0...
** hors parc industriel
La situation n'est pas meilleure à Engis-village…
Un décret de la Région wallonne a
défini, en mars
2004, la mission et les conditions d’agréation des
ADL,
agences de développement local que l’on peut
définir comme des services administratifs mettant en
réseau «
des partenaires locaux issus des secteurs public, privé et
associatif afin de faire émerger des projets
créateurs
d’activités économiques et
d’emplois.
L’objectif est de valoriser le potentiel d'un territoire dans
une
stratégie de développement économique
à
long terme. Elles sont actives en Wallonie dans une seule commune ou
plusieurs communes limitrophes. Le territoire d’action d'une
ADL
doit compter 40.000 habitants maximum. » [Géoportail].
Comme 49 communes sur les 262 que compte la Région
wallonne, Engis va profiter de cette opportunité
et
développer son ADL [https://adlengis.be] à
partir de 2008.
Celle-ci fait son travail mais peut difficilement lutter contre la
modification sociologique qui intervient depuis la fin du XXe
siècle, dans la façon des particuliers de se
déplacer et de faire leurs courses, par
l’ouverture des
« grandes surfaces » d'abord, par la concentration
des
commerces dans la périphérie des villes ensuite,
par
l'explosion des achats par internet enfin.
De même, comment lutter contre la diminution drastique des
services bancaires de proximité qui participaient à
l'attrait commercial du centre des villages
? Engis va voir disparaitre toutes ses agences bancaires :
Crédit communal, Fortis, ING et les habitants,
priés dans
un premier temps de se rendre dans les agences des communes voisines de
Flémalle ou d'Amay, se verront assez rapidement
privés de
ces services et tenus de monter jusqu'au nord de Saint-Georges-sur
Meuse, près de Verlaine – soit 28 km aller-retour
pour les habitants de Hermalle par des routes dangereuses en hiver ! En
voiture… car pas de transport public…
Ne reste en 2024, pour
toute l'entité d'Engis, qu'un bureau de poste
qui assume partiellement
les services de la banque BNP Pariba Fortis.
Le
parc
industriel
Le déclin de l'activité agricole,
libérant des
terres, permet la création d'un parc d'activités
industrielles de 301,25 ha par le Service Promotion Initiatives (à l'époque «
Société
Provinciale d'Industrialisation »).
Le début des procédures
nécessaires
découle de l'arrêté
ministériel du 26
novembre 1968. L'acquisition des terrains se fait en 3
phases,
entre 1968 et 1973.
En 1972, quelques 300 personnes y fabriquent des électrodes
en
graphite pour l'industrie du fer et de l'acier, sur un terrain de
près de 12 ha de l’usine Cegram (Compagnie de
l’Electrographite de la Meuse, filiale de la SGL
Carbon)
; la crise de 1986 réduit ce nombre à 152. La
concurrence
des produits chinois oblige à de nouveaux licenciements en
1999,
puis à la cessation rapide des activités. La
majeure
partie du bâtiment a été
démolie entre 2000
et 2004.
C'est dans une partie subsistante de cette usine qu'a
été tourné – pour la
reconstitution d'un centre
fermé de rétention des étrangers en
situation irrégulière – le film Illégal,
œuvre du réalisateur belge Olivier Masset-Depasse,
qui a remporté le « Valois du meilleur
film » au Festival du film francophone d'Angoulême
et le Prix Humanum de l'Union de la presse cinématographique
belge en 2010, mais aussi le Prix du public mondial aux Prix
Lumières à Paris, en 2011 :
Illegal
a valu le Magritte de la meilleure actrice dans un second
rôle à la comédienne belge Christelle
Cornil, et le Bayard d'Or de la meilleure comédienne (Namur,
2010) comme le Magritte de la meilleure actrice en 2011 à
l'actrice principale, la belge Anne Coessens, fort connue du public
comme coscénariste et actrice de l'excellente
série télévisée Pandore sortie en
2022.
Le reste du bâtiment a satisfait les amateurs d'urbex… jusqu'en 2018,
année de déconstruction.
En 2023, le groupe sprimontois Eloy (terrassement, traitement des eaux
usées, fosses septiques pour particuliers,
dégraisseurs,
séparateurs à hydrocarbures ou à
fécules,
filtres bactériens et stations d'épuration,
travaux de
voirie…) annonce le rachat de la parcelle pour
développer
3 zones d’exploitation d’un peu plus de 3 hectares
chacune.
«
Nous croyons aux forces régionales et à une
vision
positive. Après l’annonce de la
réindustrialisation
de la friche Holcim à Haccourt, c’est le second
projet
d’envergure qui vise à recréer une
activité
pertinente et sur le long terme. Et si nous pouvons le faire dans de
bonnes conditions avec toutes les parties prenantes, on
démontrera qu’il est possible de porter de tels
projets en
Wallonie ! », conclut la firme auprès
de Muriel
Sparmont du journal Sudpresse
HW, le 27 février de cette
année-là.
La société allemande Knauf, qui produit des
plâtres pour la construction, s'est installée dans
le parc industriel en 1974.
|
Knauf
En
1932, les deux
frères Karl et Alfons Knauf fondent en Allemagne une
société pour l'exploitation du gypse et
développent la production de plaques de plâtre
dès
1958. Cette activité connait une importante croissance et la
Gebrüder Knauf s'installe à Engis en 1974 pour se
rapprocher de son partenaire Prayon.
Les années 1990 voient son extension en Europe de l'Est
(où elle est la première entre prises de l'Ouest
à
s'implanter), aux U.S.A., en Asie, en Amérique du Sud,
diversifiant ses activités et investissant dans la
recherche.
Knauf est aujourd'hui un leader mondial dans le
parachèvement
des revêtements. Si elle est davantage connue des bricoleurs
et
des maçons belges pour son « Goldband
», un
enduit de plâtre prêt à l'emploi, elle
produit aussi
des isolants – comme la laine de verre –, des
enduits
extérieurs, des plafonds en fibre minérale, des
mortiers
et produits de jointoyage pour pavements…
La gestion du groupe est restée aux mains de la famille qui
veille à ce qu'un haut niveau de qualité soit
toujours
respecté quelles que soient les innovations.
Avec quelques 240 employés à Engis, une flotte de
près de 100 camions et trois bateaux, un stock de plus de
400
articles, un laboratoire reconnu comme centre de compétence
pour
l'Europe de l'Ouest et l'Amérique du Sud, Knauf
s'implique dans le projet d'Eco-zoning engissois et tente de
réduire ses émissions de particules fines mais
n'a pas
encore résolu le problème du
soulèvement des
poussières blanches que le vent balaie souvent au-dessus de
la
nationale 90 vers les habitations de Éhein-Bas...
|
|
Hydrometal
En
1985, la
société anonyme Hydrometal, filiale à
100 % de la
bruxelloise S.A. Jean Goldschmidt International est
créée à Engis et s'installe dans le
parc. Treize
ans plus tard, le groupe JGI-Hydrometal est acheté par
Prayon et
en 2002, ses activités sont regroupées sous la
bannière de la S.A. SILOX (filiale de
Prayon S.A. et
de Cybelle S.A.).
La spécialité d'Hydrometal est le recyclage de
matières complexes contenant des métaux
non-ferreux par
des procédés hydrométallurgiques
développés sur mesure, le tout dans, bien
entendu, un
profond respect de l’environnement. Cela implique recherche
&
développement, expertise chimique et technique,
gestion des
risques environnementaux, manutention et stockage.
En 2022, le portail web MSN annonce l'inauguration
chez Hydrométal d'un four à plasma du CRM Group,
centre de recherches agréé par la
Région Wallonne,
a inauguré vendredi son nouveau four à plasma
à
Engis. «
Cet outil à la pointe de la technologie permettra
à
l'entreprise et aux industriels de tester divers
procédés
de recyclage des métaux critiques, ont annoncé
les
différents partenaires lors d'un point presse où
était présent le ministre wallon de
l'Économie
Willy Borsus. »
À la pointe de la technologie, oui car celle-ci a
évolué, mais elle remontait à
l'année 1963…
Pour info, le plasma n'est pas seulement la partie liquide du sang,
dans laquelle baignent les autres composants, mais aussi le nom
donné au 4 e
état de la
matière –
les 3 autres étant solide, liquide, gazeux –
où les
molécules ne sont plus le constituant ultime…
La « technologie plasma » est un dispositif
électrothermique qui permet d'atteindre de très
hautes
températures (entre 3 000 et 20 000 °C),
utilisée dans le recyclage des métaux sans
l'inconvénient d'une grande consommation
d'électricité.
Cette nouvelle installation à Hydrometal, d'une valeur de 6
millions d'euros, a été financée pour
5 millions
par la Région wallonne.
L'usine Hydrometal est l'un des 5 sites chimiques de la commune d'Engis
classés SEVESO seuil
haut
avec Prayon et Revatech (pour les risques d'incendie + rejets toxiques
+ écotoxiques), Recyfuel (risque de rejets toxiques) et
Eurenco
(risque d'explosion).
En juillet 2023, l'entreprise a connu un incident dans ce cadre : du
sulfate de fer ayant débordé d'une cuve s'est
déversé dans la Meuse, mais sans
conséquence pour
le personnel ni gravité pour l'environnement.
La presse a noté d'autres incidents qui concernaient, eux,
des sous-traitants ; exemples :
- en décembre 2004, lors des
opérations de transbordement d'acide d'un camion dans une
citerne, un jet d'acide jailli à hauteur du raccordement a
atteint un ouvrier et l'a brulé.
- infiniment plus grave : en 2021, un
ouvrier
de 26 ans, engagé avec 4 autres cordistes par une
société sous-traitante pour nettoyer un silo de
27
mètres de haut, a été enseveli sous de
l’hydroxyde de zinc. Il est
décédé
malgré l'intervention des pompiers et du Grimp (groupe de
reconnaissance et d'intervention en milieu périlleux).
L'incident le plus curieux, cependant, a été
relaté par La
Libre Belgique en octobre 2007 : dans la nuit du
samedi 20 au dimanche 21, des individus sont entrés dans
l'usine
avec effraction et en sont repartis avec des lingots d'étain
et… 24 big-bags de 250 kg chacun de
molybdène, un
métal très dur, d'aspect blanc
métallique. La
valeur de ces 6 tonnes était, selon le marché, de
84 000
€.
Si l'étain (comme le savent tristement les collectionneurs
d'objets anciens depuis la décennie 2010) ne vaut plus que
pour sa vente comme métal, le
molybdène est quasiment sans intérêt
à
l'état pur et donc invendable par des particuliers ;
on l'utilise surtout pour réaliser des alliages de
haute
résistance et des aciers à haute
température, pour
durcir l'uranium, pour fabriquer des anodes de tubes à rayon
X,
ou pour les alliages dentaires (pour la réalisation de
couronnes, bridges, ou châssis métalliques)
à base
de nickel-chrome et cobalt-chrome…
Donc « un vol surprenant » affirmait le
journal ! Nous avouons n'avoir jamais
connu les résultats de l'enquête de
police…
|
Belgagri → Armosa
En 1985 aussi, nait
Belgagri, une entreprise engissoise développant des moyens de
protection et de gestion des nuisibles destinés aux particuliers
et professionnels. Dix ans plus tard, elle est reprise par
l’agronome Vincent Samain, et va devenir leader dans ce
marché.
Sa dénomination se dédouble en 2017 : l'appellation de
vente des produits devient Biosix mais Belgagri reste détentrice
des homologations. L'entreprise rachète aussi
à cette époque deux sociétés
françaises : Protecta et Aedes. En 2020, par souci de
simplification, un nouveau nom est choisi : Armosa.
«
Une nouvelle appellation qui n’a pas été choisie au
hasard : « "Armour" signifie protection en anglais, comme les
solutions de protection que nous développons.
« Mosa » est évidemment un clin
d’œil pour notre quartier général
situé le long de la Meuse, rue des Tuiliers à
Hermalle-sous-Huy. Enfin, nous mettons en avant l’harmonie
vis-à-vis de la nature et de l’environnement »,
ajoute Audrey Leruite [responsable marketing]. » publie Sudinfo le 2-07-2020. [Harrap's]
L'entreprise ne cesse de se développer par l'ouverture de
nouvelles divisions – comme Agrivet dédiée plus
spécifiquement aux éleveurs, ou par association – avec le grainier français Girerd (entreprise
familiale du sud de la France).
La gamme de produits propose donc des solutions contre les nuisibles
(animaux et végétaux) par la prévention, la
répulsion ou l'extermination, mais aussi des semences
potagères reproductibles sans hybride.
La firme diffuse ses produits en Belgique, France, Pays-Bas, Espagne,
Mexique, Turquie, Australie… et le département Armosa
Tech affirme détenir plus de 800 autorisations de mise sur le
marché dans le monde.
|
Parc
industriel de Hermalle-sous-Huy, entre la Meuse et la N90 qui serpente
à droite.
À droite de cette route, le village de Hermalle.
Sur la
rive gauche, les carrières de Dumont-Wautier bordent la
Mallieue
qui relèvent depuis 1977 de Saint-Georges-sur-Meuse.
Viennent ensuite, juste
avant le village d'Engis, les installations
de Prayon auxquelles font face celles de Knauf.
Photo aimablement communiquée par la SPI+
On trouve (ou « on a trouvé »,
car aucune
entreprise n'est éternelle…) dans ce parc
industriel des
entrepôts, des firmes
traitant la chaux, les matières premières de
carrière, le béton ou les peintures, mais aussi
scierie et
menuiseries, ferronnerie d'art, etc. [5]
Certains projets, porteurs de nombreux emplois, n'ont
jamais été réalisés
(exemple :
l'implantation par la société flamande Berry
Floor d'une
unité de fabrication de parquets stratifiés
susceptible
de créer plus de 200 nouveaux emplois, annoncée
par le
journal Sudpresse Huy
Waremme en 2004 [Berry Flour]).
Le parc bénéficie de voies de transport
multimodales :
route N90, chemin de fer (ligne Val Saint-Lambert-Hermalle-sous-Huy
n° 285 reliée à la 125 permettant une
vitesse de 40
km/h sur 1 voie de 7,9 km) et port fluvial.
Un port industriel a en effet été
recréé à Hermalle, couvrant 50 a sur
une longueur de
rive de 192 m, avec 2 quais de déchargement et 2 dalles de
stockage ; par arrêté
ministériel du 18 juin 2001, il est
géré par le Port autonome de Liège. Pour mémoire, Hermalle possédait un port au XVIe siècle d'où l'on expédiait les tonnes du charbon de bois produit par le village aux sidérurgistes hutois et aux armuriers liégeois...
Le tonnage carrier manipulé au port
d’Hermalle-sous-Huy dépasse actuellement les
1 600 000 tonnes [6] dont
la majeure partie dépend de l’entreprise
Lhoist qui, à partir de 1998, a progressivement
transféré de la route vers la voie
d’eau son trafic de pierres dolomitiques. [7]
«
En Wallonie, nos usines de Marche-les-Dames et de
Saint-Georges-sur-Meuse, toutes deux implantées en bordure
de
Meuse, produisent un total de quelque 5,3 millions de tonnes par an de
pierres dolomitiques et de chaux. Chaque année,
notre site
de
production de Marche-les-Dames doit expédier vers nos fours
à chaux de Saint-Georges-sur-Meuse 1 200 000 tonnes de
pierres
dolomitiques. À partir de l’automne
2004, la
totalité de ce flux a été
confiée au
transport fluvial ! Depuis, quatre bateaux suffisent à
transporter quotidiennement
5.500 tonnes sur 33 kilomètres de Meuse. Pour le
Groupe Lhoist,
le choix du transport fluvial représente, chaque
année,
le retrait de près de 85 000 mouvements de camions entre les
deux sites. Nous avons résolument mené
cette politique de transfert
modal de la route vers la voie d’eau en raison de son impact
sur
l’environnement – réduction des
nuisances sonores,
des poussières, des émissions de gaz à
effet de
serre – , sur la mobilité et sur la
sécurité, de son coût
économique, mais aussi
de sa valeur stratégique. Pour le Groupe Lhoist,
comme pour ses
clients, la voie d’eau offre un avantage concurrentiel
stratégique : elle sécurise ses
expéditions
à forts volumes sur le long terme, en raison de
l’importante réserve de capacité dont
elle dispose
actuellement. »
François-Xavier
DUROY, Responsable Logistique et Administration des Ventes
Lhoist Europe de l'Ouest – dans la page Transport fluvial du site sur
les voies hydrauliques de la Région
wallonne.
Au début des années 2010,
deux nouvelles voiries sont créées de part et
d'autre de
la rue du Pont pour permettre l'installation de nouvelles
entreprises :
C'est par cette rue des Tuiliers qu'on accède notamment
à une « entreprise de traitement de voitures
» qui va s'installer en bord de
Meuse
Belgian Scrap
Terminal (BST)
« De
l'aveu même du bourgmestre d'Engis, il était temps
que le
dénouement intervienne. Cela fait deux ans en
effet que la
commune et la direction de BST collaborent sur un projet d'usine de
traitement des voitures sur le zoning industriel d'Engis.
C'est
que le bourgmestre s'est montré intransigeant sur certains
aspects, avant d'octroyer le précieux permis. « Cette usine
va s'implanter non loin d'une zone urbaine, nous
devions donc avoir des garanties pour les habitants »,
relève Serge Manzato. Résultat : le
permis
délivré à l'entreprise anversoise est
un
modèle du genre, le bourgmestre l'assure. Il faut
dire que
les deux parties auront mis du temps à tomber d'accord. «
L'usine comptera notamment un broyeur à métaux,
une
machine qui fait énormément de bruit, explique le
bourgmestre. L'entreprise a donc promis de construire un capotage
autour du broyage, pour l'isoler un peu. ».
L'avenir
engissois s'annonce donc plutôt rose, pour BST. »
Sophie
Lejoly, « Engis : BST s'installe dans le zoning »,
in Le jour, 11 janvier 2006
L'avenir se
révèlera moins rose pour les
habitants :
Le
23 janvier 2024, l'émission Investigation de la
Radio-télévision belge francophone (RTBF) met en
évidence une importante pollution
générée
par les sept broyeurs à métaux de Wallonie
– dont
celui d'Engis/Hermalle-sous-Huy :
«
Les recycleurs de métaux présents en Wallonie ne
respectent toujours pas l’ensemble des critères
fixés dans leur permis. Dans les retombées
atmosphériques, on voit des dépassements de
polluants
cancérogènes pouvant aller
jusqu’à 600 fois
au-dessus des normes. »
L'émission rappelle que les recycleurs de métaux
wallons
de très gros émetteurs de
polychlorobiphényles
(PCB) et que ces PCB, composés chimiques inventés
par
l’homme, se trouvent un peu partout :
- on les emploie comme isolant
électrique.
- ils sont ininflammables et
très stables.
- ils interviennent dans les
transformateurs
électriques, les condensateurs, les résistances
de
frigos. ce sont aussi des intervenants dans les peintures, les huiles
et les lubrifiants, etc.
Ils ont une durée de vie dans
l’environnement qui peut aller jusqu’à
plusieurs
centaines milliers d’années et sont interdits car
reconnus cancérigènes et
perturbateurs
endocriniens.
On les retrouve
pourtant dans
des vieux déchets voués au recyclage et
le
déplacement de la mitraille comme son broyage
créent des
poussières toxiques qui contaminent
l’environnement proche
des usines.
L'installation de filtres à charbon actif sur les
cheminées des usines de recyclage des métaux a
limité réellement la diffusion des polluants mais
« le
va-et-vient des camions, le déchargement de la
matière
première et la manutention de la mitraille par
d’énormes engins de chantier
génèrent
également beaucoup de poussières. C’est
ce que
l’on appelle les émissions diffuses. Ces
poussières
toxiques qui s’envolent contiennent des PCB, des dioxines et
bien
d’autres substances dangereuses pour la
santé.»
L'enquête
de la RTBF, qui a consulté au Service public de
Wallonie (SPW) les rapports des émissions diffuses des 7
broyeurs à métaux wallons pour 2021 et 2022,
montre que
les dépassements des normes autorisées sont
colossaux, et
que pour le PCB 126, le plus dangereux, ils étaient de 12
à 597 fois au-dessus de la norme de 10 ng/kg.
Cette émission de la RTBF secoue tant les habitants que les
politiques et que le reste de la presse !
Car Engis/Hermalle-sous-Huy est le deuxième plus mauvais des
sept
broyeurs… [ Site de la RTBF #Investigation]
BST, qui avait prévu une séance d'information
annonçant son désir de poursuivre son
installation pour le 22 février 2024, se voit dans
l'obligation de l'annuler. Une
réunion se fera
finalement le 10 avril suivant dans les locaux du Centre culturel avant
la réalisation d'une étude d'incidence.
Grues prélevant des
ferrailles pour les déposer
sur le
tapis roulant qui les transporte dans le bâtiment (13 mai
2024)
Depuis la rive gauche de
la
Meuse, vue des ferrailles et de la
poussière, mai 2024.
Les riverains s'inquiètent pour eux-mêmes mais
aussi parce que l'entreprise est à 900 m à vol d'oiseau
de fumées de l'école fondamentale de Hermalle. Et
les
vents soufflent traditionnellement au village d'ouest en
est…
Une pétition est lancée.
En
jaune :
BST
– en orange : l'école
– le croissant fushia : le
centre du village de Hermalle
noir et blanc : échelle 900 m – en bleu : Éole, dieu du vent,
indique la direction de diffusion des fumées…
Nos
remerciements à Google maps
La CCAT (commission consultative d’aménagement du
territoire) de la commune d'Engis rend un avis globalement
défavorable.
La SPI a pris position mais, au 30 janvier 2025, refuse de communiquer
à la presse écrit François Braibant
(« Engis : BST pourra-t-elle encore broyer des
métaux
? » sur le site web de la RTBF, 30 janvier 2025).
Le conseil communal doit rendre son avis.
C'est le fonctionnaire délégué de la
Région wallonne qui prendra la décision ultime.
|
Une firme née en 1958 à Hottine, aux confins
ouest
d'Hermalle et Clermont, par la volonté d'Émile
Deville et
son épouse, et qui a connu un important
développement
s'est installée rue des Tuiliers : nommée SA Marchandise
depuis 2008, elle distribue les marques Manitou, Case IH &
Steyr,
Pottinger, Rolland, Mustang & Gehl, Avant Tecno et Toyota tant
en
vente qu'en location de plus de 550 machines ; son volume d'affaires
dépassait les 17.000.000 € en 2018.
Juste à côté d'elle, un nouveau volume
s'ouvre
officiellement à la mi-mars 2023 : c'est le centre de tri Sitel
de l'intercommunale de traitement des déchets
liégeois
Intradel. L'augmentation de la masse des emballages en plastique,
métaux et cartons à boissons collectés
a
effectivement rendu difficile le travail dans les locaux de Seraing et
indispensable la construction à Hermalle d'un nouveau centre
de
tri d'une capacité de 38 000 tonnes (dont 12 000 seront
apportées par une intercommunale de la province du
Luxembourg).
Cela a demandé un investissement d'une
cinquantaine de
millions d'euros avec automatisation de nombreuses étapes du
tri
tout en préservant une cinquantaine d'emplois, le
tri
manuel restant partiellement en vigueur Kandilaptis.
Début novembre 2024, l'asbl SI HsH La Rawète
annonce la
fermeture de ses départements Brocante et Taverne pour la
fin du
même mois. Ces activités existaient depuis plus de
30 ans
dans la Ferme castrale de Hermalle-sous-Huy ;
gérée par
des volontaires-bénévoles, elles avaient pour
objet de
réunir des fonds pour aider au maintien en vie de ce
bâtiment des XVIIe et XVIIIe
siècles où
elles
étaient ouvertes au public chaque weekend de
l'année.
Le
bénévolat devant une denrée de plus en
plus rare,
et l'âge des dernières
bénévoles tournant
autour des 70 ans..., la charge de travail s'est
révélée trop lourde et la fermeture
est devenue
inévitable.
Cette
page a été revue ou
complétée pour les
dernières fois les 28 février, 12 et 19 mars 2025.
Notes :
[1]
En 1525,
par
exemple, Hermalle livre par bateaux 45,4 tonnes de fer
étiré au
débarquadère de Huy. (Marc Suttor, Vie et dynamique d'un fleuve :
La Meuse de Sedan à Maastricht (des origines à
1600), De Boeck Université, 2006, p.
365.) 
[2]
En 1576, on
charge 598 tonnes
de charbon de bois à Hermalle, et 997 tonnes
l'année
suivante. (Marc Suttor, op.
cit. p. 502.) 
[3]
Pour Leuwrixht le Jeune, voir « La vie à
Liège
sous Ernest de Bavière (1581-1612). Études
archéologiques (1) » dans
Bulletin de l'Institut
archéologique liégeois, Tome LX,
Liège, Maison
Curtius, 1936, p. 12.
Pour les deux alunières, elles sont citées dans
Constans fils
de Paris, Tableau
politique du département de l'Ourte en 1800,
M. Lemaire, Bruxelles, nivôse an IX (janvier 1801)
–
aimablement communiqué par la Commission historique de
Flémalle. Étant donné la
géologie de la
région, ces alunières devaient être en
fait sur
Saint-Georges. 
[3b]
L'indication de l'utilisation de l'appellation d'Enge au XXe
siècle nous a été donnée le
13 juillet 2013
par Monsieur Marcel Fréson, Engissois d'origine et qui a
toujours vécu au village.
Voici la description de l'alunière dans L'Encyclopédie
ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des
métiers, dir. Diderot et d'Alembert, Paris,
1751 à 1772 :
«
Nous nous contenterons de donner ici la maniere de faire l'alun qu'on
suit à Dange, à trois lieues de Liege, &
deux lieues d'Hui,
l'appliquant à des planches que nous avons
dessinées sur des plans
exécutés en relief par les ordres de M. le comte
d'Herouville,
lieutenant-général, qui a eu la bonté
de nous les communiquer. Ces
plans ont été pris sur les lieux. Mais avant que
d'entrer dans la
manufacture de l'alun, le lecteur ne sera pas
fâché sans doute de
descendre dans la mine & de suivre les préparations
que l'on donne
à la matiere qu'on en tire sur le chemin de la mine
à la manufacture ;
c'est ce que nous allons expliquer, & appliquer en
même-tems à des
planches sur l'exactitude desquelles on peut compter.
Les
montagnes des environs de la mine de Dange sont couvertes de bois de
plusieurs sortes : mais on n'y trouve que des plantes ordinaires, des
genievres, des fougeres, & autres. Les terres rapportent des
grains
de plusieurs especes & donnent des vins. L'eau des fontaines
est
legere, la pierre des rochers est d'un gris bleu céleste,
elle a le
grain dur & fin ; on en fait de la chaux. C'est derriere ces
rochers qu'on trouve les bures [galerie] pour le
soufre, l'alun, le vitriol, le
plomb & le cuivre. Plus on s'enfonce dans les profondeurs de la
terre, plus les matieres sont belles. On y descend quelquefois de 80
toises [±
150 m.] ; on suit
les veines de rochers en rochers ; on rencontre de
très-beaux minéraux, quelquefois du crystal. Il
sort de ces mines une
vapeur qui produit des effets surprenans : une fille qui se trouva
à
l'entrée de la mine fut frappée d'une de ces
vapeurs, & elle
changea de couleur d'un côté seulement. On trouve
dans les bois sous
les hauteurs à dix piés de profondeur, plusieurs
sortes de sable dont
on fait du verre, du crystal, & de la fayance. Trois hommes
commencent une bure ; ils tirent les terres, les autres les
étançonnent
avec des perches coupées en deux. Quand le percement est
poussé à une
certaine profondeur, on place à son entrée un
tour avec lequel on tire
les terres dans un panier qui a trois piés de diametre sur
un pié &
demi de profondeur. Six femmes sont occupées à
tirer le panier, trois
d'un côté du tour, trois de l'autre. Un
broüetteur reçoit les terres au
sortir du panier & les emmene. On conçoit que plus
la bure avance,
plus il faut de monde. Il y a quelquefois sept personnes dedans
&
sept au-dehors. De ceux du dedans les uns minent, les autres chargent
le panier, quelques-uns étançonnent. Les hommes
ont 20 sols du pays par
jour, ou 28 sols de France ; les femmes 10 sols de France. Quand on est
parvenu à 50 piés de profondeur, les femmes du
tour tirent jusqu'à 200
paniers par huit heures. A dix piés on commence à
rencontrer de la mine
qu'on néglige. On ne commence à recueillir
qu'à vingt à vingt-cinq
piés. Quand on la trouve bonne, on la suit par des chemins
soûterrains
qu'on se fraye en la tirant ; on étançonne tous
ces chemins avec des
morceaux de bois qui ont six pouces d'équarrissage sur six
piés de haut
; on place ces étais à deux piés les
uns des autres sur les côtés ; on
garnit le haut de petits morceaux de bois & de fascines ; quand
les
ouvriers craignent de rencontrer l'eau, ils remontent leur chemin.
Mais
s'il arrive qu'on ne puisse éviter l'eau, on pratique un
petit canal
soûterrain qui conduise les eaux dans une bure qui a 90
piés de
profondeur, & qui est au niveau des eaux : là il y a
dix pompes sur
quatre bassins, quatre au niveau de l'eau, trois au second
étage, &
trois au troisieme. Des canaux de ces pompes, les uns ont deux
piés de
hauteur, les autres quatre ou même cinq. Ces pompes vont par
le moyen
de deux grandes roues qui ont 46 piés de diametre, &
qui sont mises
en mouvement par des eaux qui se trouvent plus hautes qu'elles,
&
qui sont dans les environs. Cette machine qui meut les pompes s'appelle
engin. La premiere pompe a 10 toises, la seconde 10, & celle du
fond 10. Les trois verges de fer qui tiennent le piston ont 50
piés,
& le reste est d'aspiration. La largeur de la bure a huit
piés en
quarré. L'engin & les pompes font le même
effet que la machine de
Marly, mais ils sont plus simples.

Haut
de la planche Minéralogie de l'Encyclopédie
qui illustre le texte descriptif ci-dessous
«
On jette le minéral qui
contient l'alun dans de gros tas qui ont vingt piés de haut,
sur
soixante en quarré. A, A, A, sont ces tas. On le
laisse dans cet état pendant deux ans, pour qu'il jette son
feu, disent
les ouvriers. Au bout de deux ans, on en fait, pour le
brûler, de
nouveaux amas, qu'on voit même Planche en B, B, B, B. Ces
amas sont par
lits de fagots & lits de minéral, les uns
élevés au-dessus des
autres, au nombre de vingt, en forme de banquettes, comme on les voit.
On a soin de donner de l'air à ces amas dans les endroits
où l'on
s'apperçoit qu'ils ne brûlent pas
également ; c'est ce que fait avec
son pic la fig. 1. Pour donner de l'air, l'ouvrier travaille ou pioche,
comme s'il vouloit faire un trou d'un pié quarré
: mais ce trou fait,
il le rebouche tout de suite. On laisse brûler le
minéral pendant huit
à neuf jours, veillant à ce qu'il ne soit ni trop
cuit ni pas assez
cuit ; dans l'un & l'autre cas on n'en tireroit rien. Quand on
s'apperçoit que la matiere est rougeâtre,
& qu'elle sonne ; on s'en
sert d'un côté (celui où l'on a
commencé de mettre le feu) tandis que
de l'autre côté on continue d'ajoûter
à-peu-près la même quantité,
ensorte que l'amas se reforme à mesure qu'il se
détruit : c'est ce que
font les deux fig. 2. & 3. l'une, 2. emporte la matiere
brûlée avec
sa broüette ; l'autre, 3. continue un lit avec sa hotte. Les
Fêtes
& les Dimanches n'interrompent point ce travail, qu'on pousse
pendant 8 heures par jour. Deux hommes prennent la matiere
brûlée pour
la jetter dans les baquets d'eau ; & une douzaine de petits
garçons
& de petites filles refont le tas à l'autre
extrémité. C, C, C, C,
&c. D, D, D, D, &c. sont ces baquets. Les hommes ont
trente
sols de France par jour, & les enfans cinq sols.
On
remarque que les arbres qui sont aux environs des tas du
minéral en feu
meurent, & que la fumée qui les tue ne fait point de
mal aux
hommes. Les baquets sont au nombre de douze, comme on les voit sur deux
rangées C, C, C, C, C, C ; D, D, D, D, D, D ; six d'un
côté, six d'un
autre : ils ont chacun seize piés en quarré, sur
un pié de profondeur.
Ces douze baquets sont séparés par un espace,
dans lequel on en a
distribué trois petits E, E, E, qui ont chacun, sur trois
piés de long,
un pié & demi de large, & deux
piés de profondeur. Il y a un
petit baquet pour quatre grands ; quatre des grands, deux d'un
côté C,
C, & deux de l'autre D, D, communiquent avec un petit E.
L'ouverture par laquelle les grands baquets communiquent avec les
petits, est fermée d'un tampon, qu'on peut ôter
quand on veut. Les
broüetteurs portent sans cesse de la matiere du tas dans les
grands
baquets : ces grands baquets sont pleins d'eau ; ils
reçoivent l'eau
par le canal F ; le canal F prolongé en G, G, G, &c.
fait le tour
des douze grands baquets : ces grands baquets ont des ouvertures en H,
H, H, &c. par lesquelles ils peuvent recevoir l'eau qui coule
dans
le canal G, G, G, qui les environne. Quand la matiere a
trempé pendant
vingt-quatre heures dans un grand baquet C 1, on laisse couler l'eau
chargée de particules alumineuses dissoutes dans le petit
baquet E,
& on la jette de ce petit baquet E, dans le grand D 1,
où elle
reste encore à s'éclaircir : on continue ainsi
à remplir les baquets C
1, C 2, C 3, &c. & les baquets D 1, D 2, D 3,
&c. d'eau
chargée de parties alumineuses, par le moyen des petits
baquets E, E,
E. Ces baquets sont tous faits de bois, de madriers & de
planches,
& le fond en est plancheyé. Quand on
présume que l'eau est assez
éclaircie dans les grands baquets C 1, C 2, C 3, &c.
D 1, D 2, D 3,
&c. on en ôte les bouchons, & on la laisse
couler par le long
canal E, E, E, &c. dans un réservoir F, qui est
à 50 toises de-là :
elle demeure deux à trois heures dans ce
réservoir, puis on la laisse
aller dans un autre réservoir I, qui est à deux
cens toises du
réservoir F, mais de sa même grandeur : ce dernier
réservoir I est derriere les chaudieres. Quand l'eau du
réservoir I est claire, on s'en sert ; si elle ne l'est pas,
on la
laisse reposer.
Bas
de la planche Minéralogie de l'Encyclopédie
qui illustre la suite du texte descriptif (ci-dessous)
Quand elle est suffisamment reposée, on la laisse
couler dans les deux chaudieres G, G ; ces chaudieres sont de plomb,
& sont assises sur les fourneaux H, H, H. K, K, escaliers qui
conduisent sur les fourneaux vers les chaudieres. L, L, cendriers. M, M
; portes des fourneaux par lesquelles on jette la houille. L'eau qu'on
a introduite dans les chaudieres G, G, y reste vingt-quatre heures ; on
les remplit à mesure que l'eau y diminue, non de l'eau du
réservoir I,
qui est derriere elles, mais d'une autre dont nous parlerons tout
à
l'heure. Quand on s'apperçoit que la matiere contenue dans
les
chaudieres G, G, est cuite, ce que l'on reconnoît
à sa transparence
& à son écume blanche, on la renvoye,
soit par un canal, soit
autrement, des chaudieres G, G, dans huit cuves M, M, M, M, &c.
où
elle reste pendant trois jours : au bout de trois jours on prend avec
des écopes l'eau qui lui surnage dans les cuves M, M, M, M,
&c. on
la jette sur les canaux r, r, r, r, qui la conduisent dans les cuves p,
p, où il ne reste plus qu'un sédiment qu'on prend
avec des seaux, &
qu'on remet dans les deux chaudieres du milieu ou d'affinage n, n. A
mesure que la matiere diminue dans les chaudieres n, n, on les remplit
avec d'autre eau claire. Quand la matiere tirée des
chaudieres M, M, M,
en une espece de pâte, & portée dans les
chaudieres d'affinage n,
n, est entierement fondue ou dissoute, on la décharge par un
petit
canal dans les tonneaux o, o, o, o, où elle crystallise. Les
chaudieres
G, G, ont cinq piés de largeur, deux & demi de
hauteur du côté du
bouchon ; de l'autre côté deux piés,
& neuf piés de longueur. Les
tonneaux o, o, o, ont trois piés de diametre sur six de
hauteur. On
laisse la matiere dans les tonneaux pendant neuf jours en automne,
& pendant douze jours en hyver, sans y toucher, crainte de tout
gâter. Le tonneau tient 2500. Quant aux chaudieres G, G,
qu'on appelle
chaudieres à éclaircir, on les remplit
à mesure que l'eau y diminue
avec de l'eau-mere : on entend par eau-mere, celle qui
s'éleve à la
surface des cuves M, M, M, &c. pendant que l'eau y
séjourne ; on
prend cette eau dans les cuves p, p, avec des seaux, & on la
renvoye, selon le besoin, des cuves p, p, dans les chaudieres
à
éclaircir G, G. C'est ce que font les deux fig. 1. 2. dont
l'une prend
dans la cuve p, & l'autre jette sur les canaux de renvoi q, q,
qui
se rendent aux deux chaudieres à éclaircir G, G,
qu'on entretient
toûjours avec moitié de l'eau des cuves p, p,
& moitié de l'eau du
réservoir I. Les fours sont de la longueur de la chaudiere ;
leur
hauteur est coupée en deux par un grillage dont les barres
ont trois
pouces d'équarrissage, & cinq piés de
longueur ; il y en a cinq en
longueur, & trois en travers. Ce grillage ne s'étend
qu'à la moitié
de la capacité du four ; c'est sur lui qu'on met la houille
; il faut
toutes les 24 heures deux tombereaux de houille pour les quatre
fourneaux : ces tombereaux ont six piés de long, sur trois
de large
& trois de haut.
Il
est bon d'observer que les
chaudieres étant de plomb, il faut qu'elles soient garanties
de
l'action du feu par quelque rempart : ce rempart, c'est une grande
plaque de fonte d'un pouce d'épaisseur H, H, H, qui couvre
le dessus
des fourneaux. » 
[3c]
Auguste Bury, Traité
de la Législation des mines, des minières, des
usines et
des carrières en Belgique et en France, T. II,
F. Renard, Liège, 1859, p. 290 à 293.

[4]
Dumont-Wautier, 1889.
1924-1974, Éd. Marcel Vanhove, Waremme, 1974.

[4-1]
Sulfine-dossier-presse,
consulté le 21 septembre 2010. 
[spot wallon] Le spot est un dicton, un adage, un proverbe wallon, parfois une raillerie, un trait piquant qui émaille le discours ; spot a des correspondances en néerlandais et en allemand.
Pour mémoire : le wallon est la langue romane parlée et
écrite dans la plus grande partie de la Wallonie jusque dans la
première partie du XXe siècle ;
elle a subi l'influence des régions limitrophes : Flandre et
Allemagne. Le wallon est également parlé en France et au
Wisconsin (U.S.A.).
Même si son usage s'est très fortement réduit au
profit du français, l'une des trois langues officielles de
Belgique, certaines phrases restent connues de beaucoup et certaines
expressions (comme Oufti !
[ouf toi ! pour marquer l'étonnement] sont encore encore
très couramment utilisées, même par les plus
jeunes. La Communauté française de
Belgique, autorité compétente en matière de
culture pour les francophones belges, encourage quelque peu
l'étude de cette langue endogène et son utilisation par
un soutien à la Société de langue et de
littérature wallonnes, aux revues en langue wallonne et au
théâtre wallon toujours actif. 
[4-2]
Information donnée en mars 2009 par Monsieur Roger Collet,
Hermallien. 
[4-3]
Frédéric Renson, « Prayon rejette
beaucoup moins de CO2 » dans www.lavenir.net,
consulté le 12 juin 2013. 
[5] Coordonnées
des entreprises. 
[Berry
Floor]
: Didier De Hoe, « Kubla reçoit le mayeur Manzato
ce lundi
matin » in HW Sudpresse, quotidien belge, 15 mai 2004, p.11.
Le
dossier Berry Floor fit l'objet d'une question orale de M. Collignon au
ministre Marcourt en charge de l'Économie et de l'emploi, en
séance du la Commission de l'économie, du
tourisme, de la
Politique agricole et de l'Énergie, le 18 mai 2005 au
Parlement
wallon (https://nautilus.parlement-wallon.be/Archives/2004_2005/CRIC/cric20.pdf)

[6] Logistics in Wallonia. 
[7] Les infos de l'OPVN, juin 2006.

[8]
Sources : Site internet de PB-Clermont
consulté le 9/4/2013, Demande
de permis unique relative à l'extension de la
capacité de
stockage d'explosifs de PB Clermont à Engis,
consulté le 9/4/2013. 
[Décès] Anne Jacquemin, « Kevin Mailly, un des 2 tamiseurs, est décédé » in lavenir.net, quotidien belge, consulté le 9 avril 2013 et Anne Jacquemin, « Le 2e ouvrier brûlé à la Poudrerie est décédé » dans lavenir.net, quotidien belge, consulté le 13 mai 2013.

[Dagonnier]
Erik Dagonnier, « Clermont-sous-Huy: PB Clermont met au
point une poudre « verte » pour munitions »
in RTBF actus, 08-12-2015.

[Northdata] Données https://www.northdata.fr/Eurenco+Clermont+N.V.,+Engis/KBO+0441.128.086 consultées le 15-03-25. 
[Borsus] Réponse du 27/04/2023 du ministre Willy Borsus à une question
parlementaire du 11-04-2023
https://www.parlement-wallonie.be/pwpages?p=interp-questions-voir&type=28&iddoc=120371
consulté le 15-03-2025. 
[BFMTV]
« Défense: la Société nationale des
poudres et explosifs devient officiellement 100% publique » in site web de BNT Business, 18-01-2023, consulté le 15-03-2025 
[RTL]
Agence Belga, « La Wallonie suspend deux licences
accordées à l'usine de munitions PB Clermont »
in RTL info, site web d'information, 05-02-2024, consulté le 15-03-2024. 
[LHumanité]
Lina Sankari, « Le gouvernement de la région
francophone de Wallonie a annoncé la suspension temporaire de
ses livraisons d’armes à Israël. » in Humanité.fr, site web de quotidien français, 07-02-2024, consulté le 15-03-2025. 
[qu4tre]
Belga & P.J., « Le groupe industriel Eurenco investit
pour doubler sa production de poudre à Clermont », in qu4tre.be, site web d'information belge, 04-04-2024, consulté le 15-03-2025. 
[Prayon2022] Groupe Prayon, Déclaration environnementale 2022 au centre d'enfouissement technique du bois d'Engihoul, novembre 2022. 
[Parlement] Source :
https://www.parlement-wallonie.be/pwpages?p=interp-questions-voir&type=28&iddoc=129421 
[vidéo] vidéo consultée le 12-03-2025, visionner à 7 :32 :15.
https://www.parlement-wallonie.be/pwpages?p=youtube-player&idpw=28773&live=1 
[Fiems]
Source : http://myspace.voo.be/jeafiems/divers_fichiers/Temps1vie_fichiers/4.1-Saffraenberg.htm

[LeSoir] Philippe Berkenbaum, « Les Poudreries Réunies de Belgique en faillite ? » in Le Soir, quotidien belge, 16-07-1990, consulté le 15-03-2025

[Kandilaptis]
Ariane
Kandilaptis, « Bilan 2022 d'intradel : le centre de
tri
d'Engis traitera 36000 tonnes de
déchets », dans L'Avenir HW,
quotidien belge, 1er
avril 2023. 
[CRM Group]
CRM est une asbl créée en 1948 par l'industrie
belge de
l'acier, originellement située au Val-Benoit, le long de la
Meuse, et qui a migré à partir de 1972 sur le
campus de
l'ULg, au Sart Timan. En 2011, CRM est devenue un groupe incluant la
société AC&CS de Cockerill-Sambre,
ensuite
intégrée au groupe ArcelorMittal. CRM a ensuite
absorbé deux petits loboratoires et, en 2017, le CEWAC
(Centre
d'Études wallon d'Assemblage et du Contrôle des
matériaux, sis à Ougrée) ; ce dernier
est
cofinancé par la Wallonie dans le domaine du soudage, du
contrôle non destructif et du traitement des eaux.
L'une des principales caractéristiques de CRM est son
expérience dans la mise à l'échelle de
nouveaux
processus de production et de nouveaux produits métalliques,
de
l'échelle du laboratoire sur laquelle ils ont
été
initialement développés jusqu'aux très
grandes
tailles de production courantes dans l'industrie
sidérurgique. 
[Arnoldy]
Certaines sources nomment cette société : la
Société « Arnoldy, Poswick et Cie
» 
[AEL]
A.E.L. C.3.6. 97R132 Demande d'autorisation de 1844. 
[Harrap's] Selon le dictionnaire Harrap's, armour traduit effectivement une
très forte… protection : 1. armure (de chevalier, etc.)
2. blindage (de bâtiment de guerre) 3. scaphandre.. 
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