Remacle Le Loup, Le château de Hermal, gravure, 1735 – détail.
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Économie - Industries






Pendant des siècles, Hermalle-sous-Huy, situé dans une plaine fertile d'une vallée riche en argile, schiste alunifère, pierre calcaire, zinc et houille, aux versants boisés, a vécu de l'industrie comme de l'agriculture.

Dès la seconde moitié du IIe siècle et au début du IIIe, les artisans y produisent des tuiles, gérant tout le processus de fabrication de l'extraction de l'argile à la cuisson des produits.  Plusieurs tuiles retrouvées lors des fouilles archéologiques portent les marques NEH, QVA et GFP.

photo

Deux tegulae (tuiles plates à bords relevés) et un fragment d'imbrex (tuile faitière posée sur les tuiles plates) de cette époque – coll. BMG

Plus d'information dans cette section de la page Histoire.


Au XVIe et XVIIe siècle, les forgerons de Hermalle étirent le fer pour les sidérurgies liégeoise et huttoise [1]  ; certains Hermalliens sont bucherons et charbonniers, fabriquant un charbon de bois indispensable à la sidérurgie et à l'industrie armurière. [2]  

D'autres villageois travaillent dans les mines de plomb de la rive gauche qui appartiennent au riche bourgeois liégeois Guillaume Leuwrixht le Jeune, et dans les deux alunières dites de Hermalle-sous-Huy [3] (à la Mallieue) où l'on extrait l'alun, un sulfate double d’aluminium et de potassium utilisé depuis l'Antiquité en médecine pour ses propriétés antiseptique et astringente, en teinturerie et en tannerie comme mordant. L'alun extrait dans le pays de Liège est dit de fabrique ; il est supérieur à celui de Rome, du Levant et d'Angleterre pour les teintures fines.

L'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, dir. Diderot et d'Alembert, Paris, 1751 à 1772, donne à l'entrée « Alun » une très précise description du travail dans l'alunière de « Dange », entre Liège et Huy.
Il s'agit en fait de l'alunière d'Engis qui a été exploitée près du plateau des Fagnes au lieu dit Terres rouges que les gens de la région appelaient encore au XXe siècle l'alunière « d'Enge » - notons que l'orthographe des noms n'a été que fort tardivement fixée à l'écrit et a encore évolué ensuite à l'oral ; il n'est donc pas plus étonnant de lire dans l'Encyclopédie « Dange » pour « d'Engis » que Liege pour Liége (Liège aujourd'hui) et Hui pour Huy. [Lire la description illustrée de l'Encyclopédie]


Le site des Terres rouges d'Engis

L'obtention de l'alun nécessitait la combustion du minerai qui se colorait en rouge. Après l'extraction de l'alun, les déchets étaient stockés en tas, formant des terrils ressemblant à de la terre rouge ; ils ont donné ce nom au site d'une surface de 7,4 ha.

Fort talus où la terre rouge est apparente

Terre rouge apparente en 2011,
suite aux passages de VTT du plateau des Fagnes vers un chemin creux qui le longe au sud-est.

Ces amas de terre rouge pouvaient également provenir des résidus de minerais employés à la fabrication de la couperose - ancien nom donné jusqu'au XIXe siècle aux sulfates de fer, de zinc ou de cuivre - et pouvaient garder une valeur industrielle car renfermant encore des quantités plus ou moins importantes de zinc et de plomb.

Pour la petite histoire, les terres rouges firent l'objet d'un jusgement rendu le 12 mars 1859 par le Tribunal de Liège :
La famille d'Oultremont, propriétaire du terrain avait autorisé la veuve Dumont à exploiter l'amas de terre rouge ; « mais ce terrain étant compris dans le périmètre d'une concession de mines de plomb et de zinc, octroyée à la Société de la Nouvelle-Montagne, celle-ci prétendit que l'amas de terres rouges, à cause des matières plombifères et zincifères qu'il renfermait, tombait sous les effets de son titre de concession. » Le Tribunal, se référant au droit civil et au sens du mot mine dans le langage vulgaire comme dans le langage juridique, jugea que les remblais de terres rouges ne représentaient ni une mine ni un effleurement ni un nouveau sol, même s'ils étaient jusqu'à l'intérieur du gite minéral car les déchets avaient parfois été rejetés dans les cavités produites par les travaux d'exploitation, et débouta la demanderesse.[3c]

Ces dépôts de terre ne comportaient pas une pollution supérieure aux valeurs référentielles actuelles, mais les scories provenant de la fusion des minerais métalliques et les remblais comportaient effectivement des métaux lourds sur 1,7 ha, ce qui pouvait polluer la nappe aquifère.

Le site, d'autre part, a servi au fil du temps de dépotoir sauvage pour les déchets ménagers et a accueilli des déchets de construction.  

La réhabilitation, envisagée dès la fin des années 1990, est confiée à la SPAQuE.  Elle s'effectue en 60 jours ouvrables, fin 2001 et début 2002, et coute 520 500 €.  Une surveillance active continue à s'exercer par des campagnes de prélèvement annuelles permettant de vérifier la qualité des eaux.

En 2012, les Terres rouges voient se réaliser le début de travaux prévus par la commune pour une réaffectation en zone récréative, juste au sud de la cité des Fagnes : deux terrains de football, dont l'un synthétique pour pouvoir être utilisé toute l'année, une buvette et des vestiaires y sont aménagés.

Dix ans plus tard, on reparle des Terres rouges dans la presse : le quotidien L'Avenir du 14 janvier 2023 titre «  Les Terres Rouges bientôt assainies pour un nouveau parking et du logement » et cite Philippe Lhomme, directeur de la Régie Communale Autonome : « (…) le nouveau Décret sols a renforcé les critères et la Spaque a estimé que l'assainissement déjà effectué n'était pas suffisant. ». Le type de ré-assainissement n'est pas encore établi (enlèvement d'une sérieuse couche de terre et remplacement par de la terre saine ? ou simple ajout d'une couche saine ?) mais on l'estime à ± 400 000 €…

zone vue Google Map

La RCA, propriétaire du terrain à l'angle de la rue des Fagnes et de la rue des Alunières, envisage déjà l'après-travaux : installation du parking le long des terrains de foot pour libérer une zone permettant la construction de trois immeubles pour une trentaine de logements au total, l'un des édifices étant dédié et adapté aux personnes âgées et Personnes à Mobilité Réduite.

L’industrie des alunières, commencée en 1650 va continuer jusqu'à la première partie du XIXe siècle où elle ne parvient pas à faire face à la  concurrence des produits étrangers moins couteux. L'alunière de Vivegnis par exemple, qui employait encore 88 ouvriers au début du XIXe siècle, n’en n'utilise plus que 4, aidés par quelques femmes, en 1834.


Une nouvelle industrie surgit en 1850…

Une histoire de poudres

Dans une région de carrières et de mines, il est logique de faire sauter les roches... L'histoire de la poudre, dans la commune engissoise, ne remonte pourtant qu'au XIXe siècle.

Il faut dire en préalable qu'en 1817, Jean Pierre Guillaume Gérard (1769-1837), un marchand plombier de Liège (cf. François Bonnechère, Ombret-Rausa, 2021) où il vend des explosifs pour carrières, crée la Poudrerie d'Ombret J.P. Gérard… à Ombret évidemment, c'est-à-dire à côté de Hermalle-sous-Huy.
Vingt-quatre ans plus tard, en 1841, les poudriers Jean Coblens-Gérard et Gaspard Hilgers, nés dans le duché de Berg (Allemagne, région du Bas-Rhin-Westphalie), projettent de construire une poudrerie au Fond d'Oxhe à Ombret près de la fabrique Gérard ; leur projet n'aboutit pas mais les intéressés fusionnent avec la S.A. J.P. Gérard & cie.

En 1850, un Arrêté royal du 29 avril autorise la Sté G. Hilgers & Cie à établir dans le Bois des Chartreux (écrit « Bois des Charneux » dans la carte de Vandermaelen) de Clermont-sous-Huy (dans l'actuelle commune d'Engis) une fabrique de poudre noire, produit connu depuis le VIIe siècle en Chine et utilisé dans l'artillerie européenne dès le XIVe siècle. 
Cette industrie va jouer un rôle important tant au niveau local, sur le plan de l'emploi, que national, puisque qu'elle a été le deuxième fabriquant d'armement en Belgique à une certaine époque, et international puisqu'elle a compté jusqu'à 73 usines (en 1979) dans le monde, son siège étant alors à Bruxelles.

Comme bien d'autres – n'oublions pas que la création de l'État belge après la révolution de 1830 laisse bon nombre d'habitants originaires d'Allemagne, de France, des pays-Bas… dans la qualité d'« étranger » – Gérard Hilgers, le fondateur de l'usine, a demandé en sa naturalisation comme citoyen ordinaire belge en 1842 mais n'a obtenu que 14 voix alors qu'il en faut 25 au minimum à la Chambre des représentants qui refuse donc de prendre sa demande en considération. 
Il renouvèle sa demande en 1858 et obtient satisfaction tant
au Sénat qu'à la Chambre en fin d'année. Le procès-verbal de la séance du Sénat du 24 juin 1858 nous donne des informations sur ce « directeur de poudrerie, à Clermont (Liége)

Messieurs,

Par requête, en date du 26 janvier dernier, le sieur Gaspard Hilgers, né à Deutz (Prusse), le 21 avril 1800, sollicite la naturalisation ordinaire. Il fonde sa demande sur les considérations suivantes :

1° Il habite la Belgique depuis 1825 ;
2° Il a épousé une belge de laquelle il a trois enfants dont deux fils, qui ont concouru au tirage de la milice.
3° Il possède une maison à Liége et d'autres propriétés situées dans les communes de Clermont et Hermalle-sous-Huy ;
4° Enfin, il a exercé plusieurs fonctions publiques ; celles, entre autres, de secrétaire communal de hermalle-sous-Huy et de sous-lieutenant dans la garde civique, de manière çà mériter l'estime publique.

Dans cet état de choses, votre commission a l'honneur de vous proposer, à l'unanimité, d'accorder au sieur Hilgers la naturalisation ordinaire qu'il solicite.  »

Quelles étaient ces propriétés de Clermont et Hermalle ? Nous ne le savons pas mais sans doute le château de Mégarnie en faisait-il partie, car il est écrit dans un Bulletin de l'Institut Archéologique liégeois, en 1862 : 

« Il y a quelques années encore un épais gazon recouvrait les ruines du château de Clermont près d'Hermalle. Ce tertre ayant été dénudé et creusé pour y bâtir, on a mis au jour une très grande quantité de bouts de lances, des pointes de flèches, des fragments de fer oxydés et surtout des boulets en pierre dont plusieurs d'une énorme dimension. Averti de ces curieuses découvertes, un archéologue fut dépêché sur les lieux mais, en dépit de ses insistances, il ne put presque rien obtenir, le propriétaire, monsieur Hilgers voulant former une sorte de musée liliputien de ces objets.
Depuis, il a bien voulu en céder quelques uns mais les autres, donnés à des étrangers et ainsi dispersés, sont à tout jamais perdus pour les collections et pour la science. »

Pour mémoire : Mégarnie et Engihoul (zones seulement séparées par l'actuelle route des 36 tournants) ont été fouillés aux XIXe et XXe s. par différents chercheurs qui ont démontré que ce territoire était occupé par les humains dans la dernière partie du paléolithique (entre 15 000 et 12 000 ans avant notre ère) : l’Abri de Mégarnie (dit aussi Abri d’Engihoul) a révélé une industrie lithique importante et des traces de colorants. On y a aussi trouvé une concrétion calcitique suggèrant un profil féminin. 
Pour les fouilles à Engihoul, cliquez ici.

Pour en revenir au château… de Mégarnie : Albert Delay, dans une Aguesse[journal du Centre culturel] de 1986, indique qu'il fut occupé par les directeurs de la poudrerie successifs, sauf pendant la guerre de 1940-45 et les quelques années suivantes où s'y installa la Gendarmerie Nationale. Rappelons-nous que M. Delay et sa source, M. Brose, ont vécu à cette époque et s'intéressaient activement à l'histoire de leur terroir.
D'autres affirment que le château fut construit en 1875 pour le directeur de la Sté Nouvelle-Montagne ; la confusion vient peut-être du fait qu'il y eut un Charles Hilgers… sous-directeur de la S.A. Nouvelle Montagne… en 1895. 
Certaines cartes postales, quand elles n'indiquant pas simplement Château de Clermont, incitent le public à les croire et l'induisent en erreur :

carte postale représentant le château  autre catre postale avec mention château de la nouvelle montagne

Les cartes postales, tout au moins, nous montrent que le château de Mégarnie a subi d'importantes modifications. Il existe toujours, a été rénové par des néerlandophones à partir de 2019 et accueille en 2025 différents services d'aide aux entreprises : 

photo de face

Que les appellations des cartes postales peuvent être trompeuses !  Méfions-nous.
- « Château de Clermont » fait en toute logique penser à un édifice sis… à Clermont !  Or celui dont nous parlons n'est pas à Clermont-sous-Huy mais bien à l'est de l'actuelle route des 36 tournants, au lieu-dit Mégarnie.
-
«  Château de Clermont » fait aussi penser au château des Comtes de Clermont dont la seigneurie est déjà citée dans une charte de 1062 ; ce bâtiment médiéval, assiégé par l'évêque de Liège Otbert en 1095, par les Hutois en 1300 et en 1346 ce qui amena à sa destruction totale, n'était situé ni à Clermont-sous-Huy ni à Mégarnie mais entre les deux, à Engihoul, comme l'ont démontré G. Leplat et Fr. Tomme dans « Les fouilles de sauvetage 1974-1975 des Chercheurs de la Wallonie »… 

Mais si on en revenait à la poudre ?

Les matières premières pour la fabrication de la poudre, stockées séparément, sont du charbon de bois, du soufre et du salpêtre, du lignite (roche sédimentaire, intermédiaire entre la tourbe et la houille).
Les étapes de fabrication sont généralement :

  1. malaxage du charbon de bois et du souffre dans des « tonnes » (énormes tonneaux d'abord en cuir puis métalliques) pour les réduire en poudre (la pulvérisation) ; 
  2. mélange du produit obtenu avec du salpêtre ;
  3. malaxage du nouveau produit entre des meules ; on retire le résultat en morceaux de poids variables : les galettes ; l'atelier est nommé « malaxage » ou «  moulins » ;
  4. transfert des galettes dans une tonne-grenoir qui contient des boules de bois ou de bronze pour grener les galettes : on fait tourner la tonne pour que les galettes soient bombardées par les boules et soient réduites en grains ; l'atelier est nommé « grenoir »
  5. transfert des grains additionnés de poudre de graphite dans une tonne lissoir, qui mélange les produits pendant plusieurs heures, et tamisage ; l'atelier est nommé « lissoir » ;
  6. séchage des grains lissés avec de l'air chaud pendant près d'un jour.

Une machine à vapeur, dans un autre local, actionne les moulins et les tonnes lissoirs par l'intermédiaire d'un arbre de transmission qui traverse les locaux.

13 juillet 1857 à 10 h 30 : Une explosion générale se produit dans la poudrerie. Elle commence dans le grenoir et se propage au lissoir situé juste en-dessous ; elle rase le bâtiment, détruit le local de la machine et se propage aux moulins en détruisant totalement le premier et faisant sauter les toitures, charpentes et devantures des trois autres. On compte un mort sur le coup (et projeté au loin), un homme écrasé sous les décombres, un autre retrouvé à l'état de cadavre, un brulé léger, un ouvrier avec quelques contusions. De petits dégâts (surtout des bris de vitres) dans tous les autres locaux de l'usine et dans quelques habitations voisines. On a des raisons de croire à de la malveillance… On reconstruit en modifiant la répartition des ateliers et en ajoutant couloirs et terrassements. (Henri Levarlet, Ingénieur en Chef-Directeur honoraire des mines, Chef honoraire du service des explosifs, « Liste chronologique des fabriques belges d'explosifs » in Annales des mines de Belgique [1778-1938]Notes diverses, p. 485.)

8 mai 1861, vers 11 h : un ouvrier nettoyant une meule non chargée avec un marteau en cuivre provoque une inflammation qui le brule légèrement au visage et à la mains. Mais l'explosion soulève la toiture en tôle galvanisée. (Henri Levarlet, Notes diverses, p. 671.)

14 septembre, même année : les moulins à pilons d'aval, qui ont déjà posé plusieurs problèmes, explosent, tuant un ouvrier. Les dégâts matériels sont peu importants et on exhausse les murs séparant les moulins lors de la réfection des lieux. (Henri LevarletNotes diverses, p. 671.)

1862 : MM. H. Müller et Cie créent une fabrique de mèches de sureté à Engis. « Créée sur un pied très modeste – elle n'avait au début qu'un seul métier à mèches mû à la main – elle ne cessa de se développer au point de compter, en 1931, une soixantaine de métiers ordinaires et deux appareils Fritsche. » [Levarlet] Henri Levarlet, Notes diverses, p.385-442.

carte postale photo du bâtiment

Les mèches étaient constituées de fil de lin mercerisé, empoissé (enduit de cire d'abeilles pour qu'aucun petit fil ne dépasse), enroulé sur une bobine – information de M. Edgard Schils.  

3 février 1866 vers 18 h. : « réédition de l'explosion générale de juillet 1857 »  Un ouvrier vient de déposer dans chacun des 4 moulins à meules 25 kg de mélange ternaire et rempli une brouette de 100 kg de galette façonnée. Les meules sont remises en marche, le feu se déclare dans un des moulins, atteint la brouette, les autres moulins, le grenoir (200 kg) et le lissoir (400 kg). Grenoir et lissoir sautent, renversant un des pignons de la salle des machines. Toitures et devanture des moulins et de l'atelier des tonnes à pulvériser sont emportés. L'ouvrier est grièvement brulé à la figure et aux mains, quatre autres fort légèrement. Le vent était impétueux… On reconstruit évidemment. (Henri Levarlet précitéNotes diverses, p. 672.)

3 avril 1871 : l'atelier des tonnes à pulvériser et mélanger explose et se communique aux moulins, brulant les ouvriers qui les desservent. (Henri Levarlet précitéNotes diverses, p. 681.)

En 1872, H. Muller et cie exploitent la poudrerie de G. Hilgers & Cie de Clermont ; destinée à la recherche, leur société va mettre au point deux types de poudre de chasse, la Clermonite et la Mullerite.

14 mai 1875 : l'atelier de la tonne-mélangeoir saute comme un wagonnet sis en face avec 150 kg de composition. Suit l'explosion de 3 moulins. Deux ouvriers sont brulés et un chauffeur contusionné. Il n'y avait ni vice de construction ni négligence. Mais M. Muller avait reçu à plusieurs reprises, et encore en mars, des lettres le menaçant de faire sauter la fabrique s'il ne renvoyait pas telle personne et des explosions avaient suivi par deux fois ces menaces... Cet accident-ci était analogue à celui du 3 avril 1871. On reconstruit. (Henri Levarlet précitéNotes diverses, p. 684.)

10 juin 1881 : une charge de 112,5 kg de salpêtre, 10 kg de charbon de bois et 122 kg de gobilles (boules) en bronze est travaillée dans l'après-midi et retirée à 16 h. On recharge la tonne à 16 h45 et elle saute vers 17 h. Façade et toiture de l'atelier emportées, 3 murs forts projetés sur le côté, tonne déchiquetée, mur de clôture renversé dans le voisinage sur une longueur de 10 m. Pas d'accident de personnes. Il fallut admettre qu'à la place de charbon, on avait ajouté au salpêtre un mélange de soufre et charbon réunissant ainsi les trois ingrédients de la poudre qui, sous le choc des boules de bronze, devait prendre feu. « Pour prévenir une nouvelle confusion pareille, il fut décidé que le charbon pulvérisé et le mélange soufre-charbon seraient désormais enfermés dans des sacs de formes et de couleurs différentes. » (Henri Levarlet précitéNotes diverses, p. 527.)

Un ancien directeur de la poudrerie de Clermont, M. Varlet, projette en 1885 d'établir une poudrerie au Bois des Fagnes (Engis) mais renonce à son projet.

En 1894, la poudrerie de Clermont de la Sté Muller s'agrandit d'une fabrique de fulmicoton et de poudre sans fumée.

Peu après (en 1898), la poudrerie J.P. Gérard & Cie d'Ombret est autorisée à établir à Clermont-sous-Huy une fabrique de dahménite A, explosif antigrisouteux formé de nitrate d'ammoniaque, naphtaline et bichromate de potasse, mais… elle renonce à son projet.

1er juillet 1897, 4 h 30 : la foudre frappe un acacia de 15 m de haut sis à quelques mètres d'un atelier, dérive vers une charpente en fer, etc. et fait sauter simultanément 3 ateliers qui contenaient un total de 865 kg de poudres à différents stades de fabrication. Le gardien de nuit qui était au réfectoire n'a entendu qu'une seule détonation. Pas d'accident de personnes. « L'événement démontrant que les arbres ne préservaient pas toujours de la foudre les constructions avoisinantes, il était à conseiller de pourvoir de paratonnerres tous les locaux dangereux des poudreries. » (Henri Levarlet précitéNotes diverses, p. 811.)

14 décembre 1898, après la repos de midi : une charge de 25 kg de poussier de grenage de poudre de chasse prend feu. Toiture et devanture de l'atelier projetées ; ouvrier brulé aux mains et à la figure. On attribua l'accident à une dénudation de la piste. (Henri Levarlet précitéNotes diverses, p. 815.)

En 1899, la poudrerie de Clermont s'agrandit : des ateliers de chargement en grand de cartouches de chasse s'ajoutent dans un bâtiment distinct  ; ils fonctionneront jusqu'en 1936.

14 juin 1899, dans la matinée : l'atelier d'enroulage des cartouches explose. « Les effets mécaniques n'en furent pas violents : l'atelier s'effondra et la toiture s'affaissa d'une pièce sur le sol. L'ouvrière fut retrouvée sous les décombres, à l'état de cadavre : le corps gisait près de la porte ; la victime n'était donc plus à sa place au moment du coup, mais bien entre la table et la porte. L'enroulage des cartouches était une opération simple et inoffensive. Quoique la victime fût d'un caractère discipliné et calme, on ne pouvait expliquer l'accident que par une imprudence ou une maladresse grave (caisse remplie traînée sur le sol, claies traînées sur le sol ou glissées sur la table, chute de claies, maniement au contact des cartouches de l'un ou l'autre outil ou objet métallique se trouvant de l'atelier.) » (Henri Levarlet précitéNotes diverses, p. 818.)

reproduction d'une action de cette société

Un an après l'émission de cette action, la fabrication de la nitrocellulose s'ajoute à la poudrerie de Clermont. L'usine occupe 161 personnes : 48 hommes et 16 femmes à Clermont, 8 hommes et 89 femmes à Engis. [Dengis] 

Juin 1900 : dans le courant du mois, la foudre atteint presque simultanément le paratonnerre du château de M. Muller à Clermont, un poteau d'éclairage électrique à la gare d'Engis et la fabrique de mèches voisine où elle parcourt toutes les transmissions et les machines, mettant le feu à des écheveaux de jute. « On décida de relier à la terre les transmissions, appareils, lignes électriques d'éclairage et du téléphone. » (Henri Levarlet précitéNotes diverses, p.822.)

7 février 1906 : Deux moulins à poudre suspendus, qui datent de 1872, explosent quasi simultanément à 6 h 30 du matin sans qu'on puisse comprendre la façon dont l'explosion s'est communiquée d'un moulin à l'autre. Dégâts matériels peu importants. On constate cependant que les deux moules d'un moulin, et une meule de l'autre, roulaient sur des pistes à vide. La direction profite des travaux de transformation pour reporter à l'extérieur des bâtiments les organes qui commandent la mise en train de l'appareillage. (
Henri Levarlet précitéNotes diverses, p. 128.)

25 juillet 1907, vers
6 h 30 du matin aussi, deux explosions détruisent l'atelier de galetage puis, en quelques secondes, l'atelier des grenoirs à cylindres et du blutoir contigu. Cinq ouvriers en décèdent.
Le premier atelier, qui contenait ± 4200 kg de matières, est rasé d'un coup, ses débris étant projetés à 60 m de distance alors qu'un des ouvriers subi le même sort à 12 m.
Au grenage, les deux blutoirs sont projetés à 7 et 16 m ; deux ouvriers, l'un est « retrouvé à 20 mètres, sans blessures, à genoux ; il mourut quatre heures après, ayant simplement déclaré que son compagnon de travail était à côté de lui. Celui-ci, projeté en l'air contre l'aigrette du paratonnerre, retomba le ventre ouvert dans l'annexe aux transmissions ; il respirait encore, mais ne tarda pas à succomber. L'ouvrier du blutage, en s'enfuyant, avait descendu les escaliers conduisant au galetage et fut relevé à l'emplacement de cet atelier ; il survécut jusque 11 heures… »
Supposant qu'une inflammation avait pu résulter de la chute d'un objet sur le sol en ciment, du heurt d'un récipient ou même de… la simple marche… sur le ciment qui composait le sol, les murs et la fondation des appareils, il fut recommandé à la société de transformer les aires non planchéiées avec de l'asphalte ou de les couvrir de linoléum. Le mode de construction ne changera pas mais les locaux seront ramenés sur un même plan et entourés de parapets complets.
(Henri Levarlet précitéNotes diverses, p. 141.)

C'est cette même année, 1907, la SA des Explosifs de Clermont, Muller & Cie a repris l'entreprise de Uldarique Marga qui fabrique dans son usine du Rouge-Cloitre d'Auderghem des douilles amorcées pour cartouches de guerre ou de chasse. Clermont poursuivra cette fabrication jusqu'à la déclaration de guerre.

28 septembre 1908 : à 15 h 45, une inflammation part du blutoir où reste 5 à 5 kg de poudre de chasse ; elle atteint des claies sur lesquelles un contremaitre étale 20 kg de poudre verte pour la faire sécher – ce qui n'est ni prévu ni autorisé. En voulant fuir, il tombe à côté ou sur les claies  où la poudre verte brule avec une très longue flamme ; il meurt le soir même.
L'ouvrier du blutoir, a pu s'échapper par la façade renversée, est brûlé à l'arrière du corps, de la tête au bas du dos, et sur les bras. Un peuplier, placé à 9 m de l'atelier, est roussi jusqu'à une hauteur de 25 m. Hormis la devanture de l'atelier et la toiture, les dégâts matériels sont peu importants. (Henri Levarlet précitéNotes diverses, p. 147.)

1er juin 1910 : une explosion se produit dans un des ateliers qui avait été reconstruit après la catastrophe de 1907. Il est au repos, on y procède simplement au nettoyage avant de recommencer une opération de compression de galettes de poudre de mine. La devanture est emportée, les deux murs latéraux renversés, les tôles de la toiture et des débris enflammés volent à 40 m. Le seul ouvrier qui était sur place a fui par un tunnel et plongé dans un bassin sis devant l'atelier de grenage. Il s'en tire presque indemne. Son explication étant invraisemblable, on a conclu qu'il a dû provoquer lui-même l'inflammation, peut-être en raclant le sol ou le bord d'un cariot avec sa palette de cuivre…
(Henri Levarlet précitéNotes diverses, p. 162.)

19 décembre, même année : vers midi et demi, le feu prend dans l'atelier d'essorage du jute de la Fabrique de mèches de sureté d'Engis. Le feu aurait spontanément jailli d'un des tuyaux de chauffage et embrasé les écheveaux de jute suspendus. L'incendie n'est maitrisé à 15 h avec l'aide, notamment, du matériel d'incendie des Cristalleries du Val-Saint-Lambert. Pas de blessés. La reconstruction de la partie sinistrée en fait en matériaux incombustibles et isolement des locaux.
(Henri Levarlet précitéNotes diverses, p. 166.)

En 1919, la SA des Explosifs de Clermont, Muller & Cie est fusionnée avec d'autres entreprises du même secteur – comme l'usine royale Gunpowder fondée à Wetteren en 1778 – dans la société anonyme des Poudreries Réunies de Belgique », une filiale de la Société Générale de Belgique, et va développer la fabrication de poudres sans fumée de guerre.

En 1952, l'usine acquiert une licence de la firme étasunienne Olin ce qui lui permet d'installer à Clermont la première unité de fabrication européenne de poudres à grains sphériques.

En décembre 1960, la Belgique connait une grève générale suite à la proposition d'une Loi d'expansion économique, de progrès social et de redressement financier dite Loi unique ; sa durée est courte en Flandre mais dure six semaines en Wallonie, avec des manifestations, des affrontements, des saccages et…quatre morts.  
Le gouvernement, dirigé par Gaston Eyskens, fait appel à l'armée.
Voici un fragment des souvenirs du soldat Jean-Louis Fiems, né à Carnières en 1943, fils d'un porion (mineur contremaitre), diplômé comme ajusteur-outilleur de l'École Technique provinciale de Huy, étudiant à l'École Technique Secondaire Supérieure de Saffraenberg - nous respectons l'orthographe du scripteur :

Le mardi 20 décembre [1960], les cours furent suspendus et nous devions rester habillés dans nos chambres car nous nous avions étés réquisitionnés pour assurer le Maintien de l'Ordre suite aux troubles provoquées par une grève générale qui avait débuté le 16 contre la « loi unique ».
Cependant les vacances de Noël furent coupées en deux et je fis partie de la première période, mais nous devions être à l'écoute de la radio en cas de rappel par le mot code « Sébastopol » qui fut prononcé le 27 décembre.

Dès le lendemain du retour à Saffraenberg, le groupe dont je fis partie fut envoyé à la poudrière de Hermalle-sous-Huy pour assurer la garde des produits très dangereux et nous ne disposions que de cinq cartouches à demi-charge dans le chargeur qui ne pouvait pas être sur l'arme, le fusil « Lee and Field» , par peur de bavure vu notre inexpérience.
Pendant ce transfert, nous sommes passés devant la gare de Liège Guillemin complètement ravagé 
, dont il ne restait plus aucunes vitres et de nombreuses routes étaient dépavées.
Un responsable de l'usine nous l'avait fait visiter pour nous informer des risques que l'on encourait.
Il y avait notamment des citernes de poudre noire où l'eau doit empêcher tout échauffement afin d'éviter l'explosion. Dans les hangars se trouvait 
des bâtons de dynamite et des détonateurs, qu'il qualifiait de moins dangereux. À l'orée du bois, il y avait une immense cuve de nitroglycérine sur d'énormes amortisseurs et avec, tout autour, des lances d'incendie en batterie qui pouvaient se déclencher à la moindre surchauffe.
Tout cela ne nous rassurait pas du tout, ni les gens du village qui nous avaient apportés quelques gâteaux pour le nouvel-an en espérant que nous serions très vigilant. Nous y avions aussi fêté l'anniversaire d'un de nos compagnons d'infortune.
[Fiems]

1968 : la poudrerie J.P. Gérard & Cie, née en 1819 à Ombret, cesse fabrication et vente d'explosifs car elle prévoit l'abandon des charbonnages, et prend une part minoritaire dans la poudrerie de Clermont.

En 1969 la dénomination de celle-ci devient S.A. PRB.

En 1979, on construit un complexe pour la production de munitions et d'accessoires à destination de l'artillerie et des tanks avec extension du laboratoire de métrologie.  

En matière de produits, notre poudrerie s'est donc diversifiée au fil des ans : poudre noire (1850-1962), mèches et cables de sécurité et de déminage (1860-1969), poudre sans fumée à base de nitrocellulose poudres en granulés et flocons pour munitions (1894-1964), fabrication de munitions (1899-1936), fabrication de nitrocellulose (1901-1940), munitions et accessoires d'artillerie (1979).

L'actionnaire majoritaire de PRB-SGB forme en 1985 le groupe Gechem qui vend PRB, quatre ans plus tard, au Holding Astra. Celui-ci met PRB en faillite en 1990. [LeSoir]

L'entreprise engissoise passe alors dans le giron du groupe SNPE (ex Société nationale des poudres et explosifs, française, créée en 1971) et change de nom pour PB-Clermont.

logo PB-Clermont

1991 voit l'édification à Clermont d'un parc de production pour la nitroglycérine, d'après un procédé développé en Suède, qui assure l'autonomie de l'entreprise dans ce domaine.  

Le site de la poudrerie couvre une zone boisée, en pente, de quelque 100 ha de la commune d'Engis, dans le secteur de Clermont-sous-Huy coincé entre Éhein-bas et Hermalle-sous-Huy.  
Dans le bas du site se situent les services généraux, les services de production, les laboratoires de chimie, physique et métrologie, les ateliers de fabrication des poudres et de la nitroglycérine ; le laboratoire d'essais balistiques et les couloirs de tir sont à mi-hauteur de la pente tandis qu'au sommet se trouvent les ateliers d'homogénéisation de la poudre, de tamisage, de conditionnement et de stockage des produits finis.
Depuis 2009, la poudrerie dispose sur le site de trois nouveaux dépôts de poudre ou de nitrocellulose humectée ce qui lui évite de devoir gérer une partie de ses stocks dans les dépôts militaires.

vue aérienne

Vue aérienne du site - Crédit d'image : Google maps, avril 2013

Dans la première décennie du XXIe siècle, PB-Clermont s'est spécialisée dans la fabrication de la poudre propulsive pour armes et occupe quelque 90 personnes pour une production 200 kg de nitroglycérine et de poudre sphérique allant jusqu'à 2 000 T par an.
Cette poudre sphérique concerne tant l'usage militaire (munitions de 4,6 mm à 25 mm), charges secondaires pour mortiers de 60 mm et 81 mm, et charges explosives), que l'usage civil (toutes sortes de munitions sportives et cartouches de chasse 12 mm, 16 et 20 mm) et l'usage industriel (tous types de cartouches pour outils, cartouches d'abattage des bovins, etc.)

Disposant de l'une des plus grandes capacités de production au monde en munitions de petits et moyens calibres, l'entreprise fournit la plupart des plus grands fabricants internationaux de munitions.

Classée SEVESO en Belgique, PB-Clermont a développé un système de qualité conforme aux normes internationales ISO 9001 et AQAP 120, qui établissent par des règles et des procédures les tâches de chaque membre du personnel.[8]

Ces mesures n'abolissent pas totalement les risques d'accidents : le 7 février 2013, un début d'incendie est rapidement maitrisé à la Poudrerie Belge de Clermont-sous-Huy, sans faire de blessé. Le 2 aout se produit une fuite d'acide sans conséquence autre qu'un confinement momentané des riverains.
Il en est autrement le 26 mars 2013 quand 500 kg de poudre noire s'embrasent dans l'atelier de tamisage de la poudrerie. Deux ouvriers, Patrice Ramakers et Kevin Mahy, sont gravement brulés. Kevin décède au centre des grands brulés de Loverval huit jours plus tard, Patrice le 28 avril suivant.

C'est aussi en 2013 que la SNPE est fusionne avec le groupe Nexter sous la forme d’un holding dont la branche opérationnelle s'appelle Eurenco.

logo Eurenco-Clermont

Pour différencier ses 4 sites de production sis à Bergerac (sud-ouest français, pour les objets combustibles), Sorgues (sud-est français pour les explosifs et additifs carburants), Kerlskoga (sud suédois pour les explosifs et poudres) et Clermont-sous-Huy/Engis producteur de poudres, « nos poudreries » s'appelleront désormais Eurenco-Clermont.

En 2015, la presse fait état d'une révolution dans le secteur de fabrication de la poudre : « PB Clermont » – cette appellation a décidément la vie dure… – teste la fabrication d'une poudre « verte », non toxique ! Le stabilisant utilisé depuis le début du XXe siècle pour augmenter la durée de vie de la poudre et les accidents d'échauffement ou d'inflammation s'est en effet révélé cancérigène et sera remplacé par un produit moins toxique. Un argument de santé pour les ouvriers et les chasseurs (qui qui remplissent parfois eux-mêmes leur munitions) mais aussi… de marketing. [Dagonnier] 

Le chiffre d'affaires d'Eurenco Clermont pass de 30 millions d'euros en 2020 à près de 40 millions en 2022, le profit de 2 200 000 € à 3 200 000 pour le même laps de temps. [Northdata] 

Le 24 février 2022, les forces armées russes commencent à envahir l'Ukraine. Dès le mois de juin, le Gouvernement wallon lance un appel à projets avec un budget de 35 millions €, dans le cadre de son Plan de Relance. Parmi les consortia sélectionnés, celui de Thalès Belgium (43 %), Eurenco-PB Clermont (20%), GDTECH (14%), MECAR (14%) et Taipro Engineering (9%) obtient 1.918.801 € pour développer en deux ans son projet de recherches pour la lutte anti-drones aériens à longue distance. [Borsus]  

En 2023, l'État français rachète toutes les actions de la SNPE [BFMTV] ; la poudrerie engissoise est donc française.

En février 2024, deux demandes de licence d'exportation vers Israël sont suspendues par le gouvernement wallon – pour mémoire la Belgique a signé en 2014, comme la France et 128 autres pays, le Traité sur le commerce des armes destiné à réguler le commerce licite et illicite des armes et munitions particulièrement dans les cas de violation du droit international des droits de l'homme et du droit international humanitaire. Les exportations d'Eurenco sont temporairement suspendues dans le contexte de risque de génocide dans la bande de Gaza bien que la poudre qui devait être transportée en israël soit officiellement destinée à être réexportée, après assemblage, vers d'autres pays de l'Union européenne et vers les USA. [RTL]
On notera avec amusement que dans son article, L'Humanité parle de « la région francophone de Wallonie » en lieu et place du gouvernement de la Région wallonne – il y a encore du travail de communication à faire pour nos institutions ! [LHumanité]

En avril 2024, Eurenco Clermont annonce un nouvel investissement de 80 millions d'euros sur son site engissois.  À cette époque, celui-ci est le plus grand au niveau européen pour la production de poudre pour fabrication de munitions de petit calibre, et le deuxième plus important au niveau mondial. [qu4tre]

En mars 2025, le nom de l'entreprise revient à diverses reprises dans les médias en raison du contexte géopolitique mondial, issu des décisions du président des U.S.A. Donald Trump, qui pousse les pays européens à se réorganiser sur le plan militaire.

Photo du plan du site

20 avril 2025 : Plan du site tel qu'affiché à l'entrée de la zone 2, avec photo de ce qu'on aperçoit par la grille.
En haut à g., vue de l'entrée principale du site.




Dès le XVIIIe siècle, Hermalle-sous-Huy a connu une activité industrielle importante par l'extraction de la pierre et la fabrication de chaux.

Avou des pîres al tchås, on fêt del tchås…
èt  li « Groupe Lhoist »


Une évidence : avec des pierres à chaux, on fait de la chaux !
Et la fortune d'un groupe industriel mondial né à Hermalle-sous-Huy : LHOIST.

Employée dès l’Antiquité égyptienne, la chaux résulte de la pyrolyse des pierres calcaires (pîres al tchås en wallon) — composées de calcite, ou de dolomie lorsque l’eau circulant dans les roches avait apporté du magnésium — qu’on calcinait dans des fours chauffés au bois ou aux fagots de bruyères.

à g. four du XVIIIe s. et sa coupe, à dr. four haut de 1906

Ces fours ont évolués jusqu’à devenir de hauts ouvrages en maçonnerie, garnis de briques réfractaires, que les chaufourniers remplissaient, par le haut, de couches alternées de pierres et d’un charbon qui, pour Engis, provint parfois des mines de Charleroi.
Le feu, allumé au bas du four, permettait d’atteindre la température de ± 1000 °C nécessaire à la cuisson et la crote di tchås’, la chaux vive, était recueillie ensuite dans une autre bouche au bas du fôr [four] sur des grilles qui la séparaient des cendrées du charbon.  Elle pouvait être utilisée telle quelle ou pouvait être « éteinte » par arrosage ou immersion dans l’eau ; on l’appelait alors simplement tchås’ — d’où l’expression courante en wallon : Avou des pîres al tchås, on fêt del tchås’.

On l’employait — on l’emploie encore — pour combattre l’acidité des terres cultivables, pour plafonner, blanchir et désinfecter, pour préparer la pâte à papier, pour épurer l’eau, raffiner le sucre, etc.  Mais les fours et les méthodes de production ont fort changé…


À Hermalle, la grande industrie mondiale commence par un mariage :

En 1889, Hippolyte-Joseph Dumont, simple ouvrier natif de Clermont-sous-Huy qui a travaillé dans les carrières d’Ampsin, épouse Caroline Wautier [4].

photo de famille

Hippolyte Dumont et sa famille
Auteur inconnu : nous vous remercions de nous donner des indications pour le crédit photographique.

Un an plus tard, reprenant l’exploitation des carrières et les deux petits chaufours de la commune d’Ampsin, il débute l’histoire d’une firme qui a acquis une envergure internationale au XXe siècle par le travail de son gendre, Léon Lhoist.  Celui-ci a fondé d'abord les Établissements Léon Lhoist à Jemelle, racheté des usines en Belgique et en France, et créé le groupe Lhoist qui entre sur le marché américain dans les années 1980 puis s'étend au Brésil et à l'Asie au XXIe siècle.

implantation géographique
Le groupe Lhoist dans le monde - © Lhoist.be

Cela s'est évidemment produit petit à petit…
 
Hyppolite et Caroline ont donné leurs noms de famille à la société Carrières et Fours à Chaux Dumont-Wautier qui achète en 1910 des terrains à Saint-Georges et à Hermalle-sous-Huy où elle installe son siège social.
L’importance des gisements comme la proximité du chemin de fer, de la Meuse, du bassin industriel liégeois promettaient un développement considérable — la carrière de la Mallieue, en face du pont de Hermalle, a atteint de nos jours le site de la Kérité (situé sur les hauteurs de Flône) modifiant intégralement collines, rochers et même friches industrielles bordant le fleuve.

En octobre 1945, le député Demoitelle évoquera à la Chambre la difficulté de se fournir en matériaux pour réparer les logements sinistrés par les bombes ; il citera la production de chaux à Amay et Engis : bien qu'il y ait là énormément de petits industriels qui fabriquent la chaux, il leur est impossible d'en fournir car leur production est exportée au Grand-Duché ; en avril de l'année suivante, un autre député se plaindra du départ de trains d'engrais d'une usine d'Engis pour la Hongrie sur invitation d'une nation alliée.

Dumont-Wautier n'était donc pas seule à travailler la chaux mais elle était la plus importante : dans sa première décennie, l'entreprise a fait construire sur la rive gauche d’Hermalle d’immenses fours qui sont alors parmi les plus performants d’Europe, un groupe de 6 chaufours tout près de la gare et un autre de 3 près de la chapelle dédiée à Sainte-Barbe.

carte postale montrant les 6 fours à gauche et un groupe d’enfants au milieu de la chaussée

Carte postale : Les 6 fours à chaux de Hermalle dans les années 1920.

Le bâtiment des 6 fours en 2010

Les 6 fours près de la gare, en juillet 2010

Le bâtiment des 3 fours en 2010

Les 3 fours près de la petite église Ste-Barbe de la Mallieue, en juillet 2010.

Ces fours sont restés en service jusqu’en 1957 où ils furent remplacés par les tout premiers fours rotatifs européens, placés parmi les plus grands du monde, chauffés au charbon jusqu’en 1959 où le combustible devint le fuel.
En 1969, deux fours verticaux au gaz naturel ont été mis en service, deux semblables s’y sont ajouté en 1971 et un nouveau four rotatif est entré en action en 1975. Le développement des installations et des carrières a continué après la fusion des communes de 1977 qui a ôté la Mallieue à Hermalle, et donc la majorité des installations de la firme.…

En 2019, ce panneau, installé à la Mallieue, au niveau 0 au croisement de la voirie (en beige) et de la voie ferrée de la firme (en bleu foncé), donne une idée de l'importance des installations :

schéma des installations

Et cependant, le 9 septembre de cette année-là, le groupe décide de mettre fin à la production de chaux sur le site hermallien. 117 emplois vont être supprimés en Wallonie, dont 64 à Hermalle.
Les réunions de négociations se sont succédées, des piquets de grève ont été installés, on a encore négocié et, finalement, un accord social a été obtenu à la mi-janvier 2020 : il n'y aura que 100 départs en Wallonie.

Au 15 janvier 2020, le site web de l'entreprise, Lhoist.be, indique à sa page Historique :

« Aujourd'hui, nous sommes un des leaders mondiaux en production de chaux, dolomie et autres minéraux. Nous continuons notre croissance par l'acquisition et l'entrée sur de nouveaux territoires. En misant sur les attentes des clients existants et nouveaux, nous investissons également dans de nouvelles installations et dans le développement de notre portefeuille de solutions et de produits innovants.
Ces dernières décennies, la production du Groupe a été multipliée par dix et son chiffre d'affaires par 40. Lhoist exploite 100 sites répartis dans plus de 25 pays et compte 6 400 employés de plus de 40 nationalités différentes. »

Le 11 janvier 2023, les quotidiens L'Avenir, La Meuse, la Dernière Heure annoncent que Hermalle-sous-Huy va devenir la capitale mondiale du bloc de maçonnerie écologique à l'horizon 2025 !
Avec la société Prefer d'Engis, avec Fluxys Belgium et Orbix (Farciennes), Lhoist a mis au point le projet CO2ncrEAT (« Manger du CO») qui implique d'utiliser une partie des fumées produites lors de la fabrication de la chaux par Lhoist et de les mettre en contact avec le produit du lavage et du concassage de déchets de fabrication de l'acier inoxydable, le Carbinox®, qui a la particularité d'absorber le CO2.
On peut résumer en un schéma :

schema

La motivation de ces entreprises est claire : aider la décarbonatation de l'industrie belge.
Elles vont en effet récupérer et valoriser des résidus de fabrication pour fabriquer des blocs de maçonnerie à empreinte carbone négative puisqu'ils renfermeront plus de CO2 qu'il n'en aura fallu pour les produire.



Des Blocs Bertrand à Prefer

Armand Pirotte, qui fut directeur de l'école fondamentale de Hermalle-sous-Huy et échevin d'Engis raconte :

L'entreprise a été fondée en 1951 par Joseph Bertrand.
Il acheta les prés du Thier des Vaches pour y installer son chantier. Il y monta une petite cabane en planches pour y remiser quelques sacs de ciment, pelles, brouettes en bois et le moule à blocs de fabrication artisanale.
C'était en 1952, le CHANTIER BERTRAND était né.

L'entreprise CHANTIER BERTRAND sprl nait donc à Hermalle-sous-Huy, au n° 1 de la rue Magotte.

vue aérienne

Elle profite, dans les années 1980, de la création du parc d'activités économiques pour y déménager et bénéficier d'une plus grande superficie. 

Les blocs Bertrand ont une bonne réputation dans le monde de la construction et de la rénovation, auprès des entreprises et des particuliers comme, bien évidemment, des négociants en matériaux, même si, au niveau des villageois, l'estime qu'on porte à l'entreprise va se teinter de peur :
En 2008, Jacqueline et Jean Werpin tirent la sonnette d'alarme : tous deux atteints d'un cancer, ils s'interrogent sur la cause de la maladie qui les frappe car ils constatent que dans les cinq dernières années, 21 personnes souffrant de cancer sont comptabilisées dans le quartier des rues Magotte et Lepage… La pollution du sol de l’ancienne usine ne pourrait-elle en être responsable ? Presse comme administration communale sont alertées et l'université de Liège lance une enquête avec prises de sang.  En octobre 2009, ses résultats sont livrés : aucune épidémie n'est liée à la pollution du sol hermallien.

En 2016, les Chantiers Bertrand sont repris par le groupe Portier qui, via sa filiale Prefer, possède son propre chantier de production aux Awirs (Flémalle) et souhaite s'agrandir. Les trois emplois de Hermalle sont préservés, la surface de stockage est étendue, de nouveaux moules permettent la fabrication d'une gamme de produits plus diversifiée, pour passer d'une production de 3,5 millions de blocs en un an à 6 millions annuels. Portier fait tester quotidiennement sa production et réutilise les déchets pour le coffrage des voiries.

En 2021, Prefer se met à tester la production de blocs avec du CO2 pur mais, devant le prix de revient du bloc écologique obtenu, doit changer son fusil d'épaule.  La décision d'utiliser une partie des fumées produites par Lhoist va permettre la production de blocs sans aucun ciment à un prix sensiblement pareil à celui du matériau traditionnel. 
Cette production devrait démarrer en 2025, le temps d'obtenir tous les permis indispensables, de construire le dispositif d'extraction et de refroidissement des fumées et d'installer le pipeline de 2 km qui, passant sous le pont de Hermalle-sous-Huy, reliera le site de Lhoist en rive gauche de la Meuse à l'usine de Prefer qui se trouve sur la rive droite. - Information donnée le
11 janvier 2023 par les quotidiens L'Avenir, La Meuse, la Dernière Heure.



Au XIXe siècle, même si J.J.P. Paquo & consorts ont obtenu en décembre 1829, une concession pour l’exploitation de la calamine et du plomb sur le territoire hermallien, maçons et charpentiers sont les professions les mieux représentées à Hermalle même, sur la rive droite où se développe la production de betterave sucrière et l'élevage bovin et chevalin.  

La construction navale à Ombret, la briqueterie à Amay, les charbonnages de Saint-Georges et d'Engis constituent d’autres pôles industriels de la rive gauche qui fournissent des emplois aux Hermalliens.  


L'industrie métallurgique

Les gisements de zinc offrent aussi des débouchés dans la vallée.

Le zinc est un métal non-ferreux qui ne se trouve dans la nature que sous forme de composés, ce qui implique leur transformation par des procédés chimiques pour obtenir une matière qui sert notamment à la production de laiton.
À partir du Xe siècle, l’art du laiton s'est développé par des moyens artisanaux dans la vallée mosane, qui présente d'importants gisements de calamine (carbonate de zinc) et de blende (sulfure de zinc). L’exploitation de ces ressources va d'autant plus s'y développer que l'indispensable zinc (le laiton et le bronze intervenant notamment dans l'armement), importé en grandes quantités d'Inde et de Chine en Europe au XVIIIe siècle, coute une fortune. Dans ce contexte, les travaux de différents industriels et chimistes sont fort attentivement suivis…

Au XIXe siècle, un procédé dit silésien, car mis au point en Silésie (région historique s'étendant actuellement sur la Pologne, la Tchéquie, l'Allemagne) par Johan Ruberge (1751-1807), est amélioré et mis en concurrence en Wallonie par le « procédé liégeois » du chanoine chimiste Jean-Jacques-Daniel Dony (1759-1819).
La technique est la même : les minerais sont grillés puis mélangés avec de la houille maigre et transformés en gaz car portés à une température de 1400-1500°C. Les vapeurs sont ensuite condensées pour obtenir du zinc liquide – cette dernière étape est cruciale car si certaines conditions de température ne sont pas respectées, on n'obtiendra que de la poussière de zinc… On utilise des fours à cuve où sont disposés des moufles (creusets en terre réfractaire) et c'est précisément dans la forme et la position de ces moufles que réside la différence entre les deux procédés.

Il n'est pas besoin de rappeler que la matière première ne manque dans notre région ni en composés de zinc ni en houille (charbon) pour alimenter les fours… comme vous l'indiquent les zones délimitées en rouge ci-dessous sur la Carte générale des concessions minières octroyées ou maintenues sur le territoire de la Région wallonne depuis 1793, le rouge indiquant les mines «  métalliques », le vert les mines «  de houille », le bleu les mines « de shistes alunières ».
carte geographique

R. Van De velde, Géomètre des Mines, sous la direction de lr. D. Pacyna, Ingénieur des Mine, 2003
Fragment de la carte

Pour les métaux, Flône est riche en plomb, calcium, pyrite, zinc, fer. Engis, avec ses filons de plomb, calcium, pyrite, blende, constitue un des six plus grands gisements de Wallonie. Le minerai s'y trouve sous forme d'amas (dits « amas couchés ») à la limite de roches de différentes natures ; on en connait quatre gîtes dont trois sont représentés sur ce plan, le quatrième sis à l'est du château d'Aigremont n'étant pas indiqué.

carte indiquant 3 gites


La vallée mosane devient le cœur des industries métallurgiques du début du XXe siècle, bâties par les sociétés de la Grande-Montagne, de Corphalie (à Huy) et de la Vieille-Montagne.  
Il nous faut donner quelques précisions au sujet de cette dernière car

  • la similitude d'appellation de plusieurs sociétés utilisant le terme Montagne peut prêter à confusion (ex : Vieille-Montagne, Nouvelle Montagne…)
  • la Vieille-Montagne, dont le siège d'exploitation était à Angleur, a concerné directement la vie des Hermalliens par ses fours de Flône et les Engissois par ses mines.
Pourquoi donc Vieille-Montagne ?
Parce que Jean-Jacques Dony, fondant son entreprise pour exploiter son procédé, a utilisé une mine de carbonate de zinc au lit-dit Altenberg à La Calamine, une commune belge contigüe à l'Allemagne.
Et que, tout simplement, altenberg se traduit par vieille montagne !

Dans les années 1820-1830, la Société de la Vieille-Montagne obtient en concession différents gisements métalliques notamment celle d’Engis, en 1828, qui sera la mine la plus productive de la région [Balcon] avec trois gites (dépôts de minerais) distincts :
  • au « Dos »,
  • aux « Fagnes » et
  • aux « Awirs »
Les trois seront abandonnés en 1880 en raison d'inondations [Denayer].
Ci-contre : Arthur Lodin de Lépinay, Four de la Vieille-Montagne (vers 1840), coupe latérale et coupe transversale, échelle 0,015, 1905 © Borvan53
Dessin coupe d'un charbonnage

La société de Dony est devenue en 1837 la Société anonyme des Mines et Fonderies de Zinc de la Vieille-Montagne
photo de l'entrée de la Sté métallurgique d'Engis Cette société a possédé des installations à la limite de Flône et du hameau de La Mallieue de Hermalle.
Entrée de la Vieille-Montagne, située entre le chemin de fer et la colline, à quelques 200 m du pont de Hermalle en allant vers Flône.
© Égoïté, 2010.

Ce bâtiment a été détruit fin des années 2010.

Le 3 août 1914, il avait servi d'abri temporaire aux soldats belges tenus de surveiller et protéger le pont.
Léon Mélotte, sous-lieutenant du Bataillon des Chasseurs à pieds en a témoigné :
Après avoir placé ses sentinelles au pont, il s'est installé avec le reste de ses hommes dans l’usine ; les Chasseurs en attente ont profité de la paille qui garnissait les locaux de gauche, les sous-officiers des lits de camp dans ceux de droite. Le concierge a offert une bière.

Il est par ailleurs intéressant de noter que le gisement de plomb et zinc de La Mallieue présente un caractère très surprenant par la présence de cavités à très grande profondeur : 150 m sous le niveau de la Meuse !

Surprenant oui, mais la Vieille-Montagne, ça ne me dit toujours rien en 2025…

Elle a pourtant été la base d'une entreprise gigantesque !
La recherche de nouveaux produits, de nouveaux débouchés, de nouveaux partenaires, dans un système de concurrence et de marche vers mondialisation et globalisation, va provoquer l'association, la fusion ou l'intégration de diverses entreprises.
C'est ainsi que la Vieille-Montagne, l'Union Minière du Haut-Katanga (fondée en 1906 pour l'extraction du cuivre et d'autres métaux au Congo), la Metallurgie Hoboken-Overpelt et Mechim finissent par former, par la volonté de la Société Générale de Belgique (ancienne banque d'émission devenue holding), la société anonyme UMICORE.

Une autre société métallurgique est de grande importance dans notre région car elle est, avec ses filiales, à l'origine d'un groupe mondial installé dans notre commune :

La Société métallurgique d'Engis

1828 - 1845

par Pierre Jadot
directeur des relations publiques de la SA Praytech

Octobre 2013,
mise en page et en ligne janvier 2014 par Nicole Hanot

Au début du XIXe siècle, plusieurs groupes se disputent les gisements calaminaires et houillers d’Engis et des Awirs.
Une entente intervient entre eux et, en 1828, ils créent la Société Métallurgique d’Engis.

La Société nouvellement créée obtient, en 1830, la concession d’Engis. Elle fait l’acquisition de 2 ha de terrain, devient propriétaire de maisons d’habitation et de bureaux, et installe tout le matériel nécessaire à l’exploitation des deux mines qu’elle possède, la mine de La Mallieue et celle du Dos située à Engis.
Elle en débute l’exploitation. Ne disposant pas de fours pour traiter son minerai, elle le vend à la Société de la Nouvelle Montagne. [Arnoldy]

Ses actions passent progressivement dans les mains de la maison Simonis, importante famille lainière de Verviers et d’un ingénieur, V. Simon.
D'autre part, la maison Simonis avait fait progressivement l’acquisition de l’ensemble des actions de la Société de la Nouvelle Montagne, située à Verviers, dont l’objet était l’exploitation de la mine de zinc et de plomb, du même nom, justement située à Verviers. Cette dernière avait été constituée le 8 juin 1829 et avait fait l’acquisition, le 23 février 1831, d’une usine à zinc à Prayon (aujourd’hui dans la commune de Trooz).

La Société de la Nouvelle Montagne de plus en plus tributaire, pour son approvisionnement en minerais, de la Société Métallurgique d’Engis commande à Adolphe Lesoinne, professeur de Métallurgie à l’Université de Liège, et à deux ingénieurs aux Mines de France une étude des gites métallifères d’Engis, de Prayon et de Verviers. Les deux études concluent, pour Engis, à l’importance des deux gisements et en identifient d’autres. [AEL]

Simonis décide de regrouper  la Société Métallurgique d’Engis et la Société de la Nouvelle Montagne. Les mines et les installations de la Mallieue et du Dos sont reprises aux apports pour une valeur de 1 200 000 francs. Ce montant est le résultat d’une estimation effectuée par Simonis et le duc d’Arenberg, qui était l’actionnaire de référence de la Société Métallurgique d’Engis.

coupe horizontale du gisement métallique d'Engis

coupe d'un charbonnage

Émile Harzé, Grotte dans le Calcaire carbonifère, à plus de 200 mètres de profondeur.
Coupe transversale du gisement métallique d'Engis (Nouvelle Montagne)
perpendiculaire au plan de contact du Houiller avec le Calcaire carbonifère passant par la racine Est du Gisement.
Bulletin de la Société de Géologie, de Paléontologie et d'Hydrologie, T. XVII, 1903, Pl. VIII.


Le 12 février 1845, Simonis créee la « S.A. pour l’exploitation des mines de zinc et de plomb d’Engis, de Prayon et de la Nouvelle Montagne » en abrégé S.A. Nouvelle Montagne.

Encore une Montagne qui ne me dit rien ! À quoi a-t-elle bien pu servir ?
Si vous lisez les articles suivant dans leur page dédiée (cliquez sur les liens) , vous découvrirez ce qu'elle fut et comment elle a créé chez nous la plus grande entreprise actuelle d'Engis !

La S.A. Nouvelle Montagne

1845 - 1882

par Pierre Jadot
directeur des relations publiques de la SA Praytech

Octobre 2013
mise en page et en ligne janvier 2014 par Nicole Hanot

La « S.A. pour l’exploitation des mines de zinc et de plomb d’Engis, de Prayon et de la Nouvelle Montagne » en abrégé S.A. Nouvelle Montagne, nouvellement créée le 12 février 1845 par Simonis, reprend à son compte la demande de construction d’une usine à zinc qu’avait introduite la Société Métallurgique d’Engis le 5 septembre 1844.

Lors de l’enquête publique préalable 28 oppositions sont introduites auprès de l’administration.
L’ingénieur des Mines chargé du dossier indique dans son rapport daté du 8 octobre 1844, que la première opposition en date est émise par Monsieur de Potesta et précise que c’est cette personne qui avait vendu les terrains destinés à la construction de l’usine, et qu’elle en connaissait la destination ! De plus…





Diversification de la S.A. Nouvelle Montagne

1882 - 1938

par Pierre Jadot
directeur des relations publiques de la SA Praytech

Octobre 2013
mise en page et en ligne janvier 2014 par Nicole Hanot

Profitant d’une situation financière plus confortable, suite à la cession de son siège de Trooz, la Nouvelle Montagne modernise ses installations, construit un second laminoir (1882), et surtout développe des activités avales.
En partenariat, elle crée deux filiales :
  • la Société des Produits Chimiques d’Engis et
  • la Société Anonyme des Engrais Concentrés.

L’épuisement progressif des mines locales impose de recourir de plus en plus fréquemment à du minerai étranger, pour l’essentiel de la blende. Il faut donc penser à une installation de désulfuration efficace et à la fabrication d’acide sulfurique. En effet l’entreprise reçoit toujours de nombreuses plaintes des riverains concernant ses rejets gazeux…





Du 1er au 5 décembre 1930 se produit une catastrophe écologique, due aux conditions climatiques et aux productions de fumées des usines, et dont on parle dans le monde entier. Elle affecte particulièrement Engis :

Prayon à Engis

La genèse de Prayon est expliquée dans les liens donnés ci-dessus (S.A. de la Nouvelle Montagne
et 1882-1938 La diversification

Le groupe Prayon est mondialement connu pour sa production et sa commercialisation de produits phosphatés et fluorés – destinés aux applications industrielles et alimentaires (20%) et qui interviennent également dans l'élaboration de fertilisants.

Prayon SA a reçu en février 2004 une triple certification pour son Système de Management Intégré en matière de Qualité (ISO 9001:2000), d'Environnement (ISO 14001) et de Santé et Sécurité (OHSAS 18001) sur ses sites d'Engis et de Puurs (Anvers).

En 2009, Prayon investit 50 millions d’euros dans une nouvelle unité, dénommée Sulfine, pour la production de 345 000 tonnes d’acide sulfurique par an à Engis, avec cogénération de vapeur et d’électricité, construite pour réduire fortement l’empreinte écologique du site :
- la récupération de vapeur générée par la production d’acide sulfurique donne une nouvelle source énergétique qui permet la suppression d’emploi de fuel,
- la diminution d’achat de gaz naturel et la turbine-vapeur couvre 70 % des besoins en électricité de l’usine.
L’installation permet une réduction de 43 % des émissions de CO2 du site d’Engis. [4-1] 
La même année, Prayon aborde la nutrition en devenant l’actionnaire majoritaire de THT, une société qui développe et produit des ferments lactiques tant pour les probiotiques que pour les industries de la boucherie-charcuterie et de la boulangerie.

En 2013, Prayon-Engis reçoit l'honorifique « Prix belge de l'énergie et de l'environnement » pour un projet d'optimalisation de son réseau vapeur indispensable au séchage de l'acide phosphorique réalisé en collaboration avec la spin-off liégeoise PEPITe ; 60 opérateurs, spécialement formés, utilisent un outil de pilotage qui permet d'observer la consommation de vapeur en temps réel et d'effectuer les corrections nécessaires pour retrouver le niveau optimal recherché. Outre une diminution de la facture de gaz, le processus permet une réduction de 30 tonnes par an du rejet de CO2. [4-3]

Le 3 janvier 2023, le journal lavenir.net annonce : « Prayon, à Engis, renforce sa position dans la chimie du phosphore. La société engissoise Prayon achève le rachat de parts dans Febex, leader européen de l’acide phosphorique à usage électronique. »
Febex, société suisse installée à Bex, employant près de 60 personnes, a enregistré un chiffre d’affaires de 32 millions d’euros en 2021. Avec 97% des parts, Prayon devient l’actionnaire majoritaire et entre tant dans le marché de l’électronique à fort potentiel de croissance en Europe et aux États-Unis que dans le secteur pharmaceutique, et élargit sa palette de solutions industrielles en aval de la production d’acide phosphorique purifié dont elle est le leader européen.

Tout va donc bien dans le meilleur des mondes.
Prayon n’a nin l’ vint è l’ narène… mins i n’fåt måy compter si l’oû è cou dèl poye 
[en wallon du pays de Liège : Prayon n'a pas le vent contraire… mais il ne faut jamais escompter l'avenir] [spot wallon] :

Fin 2024, deux journalistes lancent un pavé dans la mare !
Dans le trimestriel Tchak La revue paysanne et citoyenne qui tranche, n° 19, sept.-oct.-nov. 2024, consacré à une enquête sur les engrais phosphatés en Belgique, France, Espagne, Sénégal et Tunisie,  Laurence Grun et Pierre Vanneste écrivent dans le chapitre « Belgique et France. Une amnésie collective » (p. 47-48) :

« À Engis, personne ne sait combien de tonnes de phosphogypse ont été stockés sur le site du Hardémont entre 1950 et 1985, et encore moins ce qu'il est advenu des quantités de déchets produits entre 1890 et 1950. L'entreprise Prayon, elle, préfère insister sur ses importantes avancées environnementales, en Belgique, plutôt que de répondre de son passé.
Aujourd'hui, l'unité chimique du site de Prayon à Engis s'est spécialisée dans la production d'acide phosphorique complexe purifié, destiné aux secteurs de l'alimentation et de l'électronique. Pour ce faire, le groupe n'utilise plus, ou presque plus, de phosphate d'origine sédimentaire (Maroc, Sénégal, Tunisie, etc.), davantage chargé en métaux lourds et éléments radioactifs. Mais se concentre principalement sur le minerai d'origine magmatique (4 et 12% des gisements mondiaux, situés notamment en Russie, Afrique du Sud, Brésil, Finlande, etc.), réputé moins polluant. Cette nouvelle source de minerai permet à l'entreprise de revendre 70-80 % de son phosphogypse au cimentier Knauf, qui l'utilise pour la fabrication de plâtre. Les 20-30 % restants, 150.000 tonnes par an, encore trop contaminés, sont déversées dans le bois d'Engihoul. Cette décharge, autorisée, est connue et suivie par les autorités communales, régionales et fédérales. Toutefois, tout comme le site de Hardémont, elle n'est pas répertoriée dans la banque de données de l'état des sols wallons. [Nous soulignons]

Sous la nouvelle montagne blanche de 5 millions de tonnes de phosphogypse du bois d'Engihoul, aucun système de protection du sol n'a été réalisé, comme le confirme Prayon. « Au vu du comportement parfaitement inerte du gypse, les autorités compétentes ont déterminé qu'il n'était pas nécessaire de demander une étanchéité de fond ou de surface. » Pourtant, entre 2020 et 2022, quatorze dépassements des normes PISEO pour les eaux souterraines y ont été observés[Prayon 2022] De quelle nature ? Prayon « n'est pas en mesure de partager ces informations », nous a-t-elle répondu.
(…)
De même, Prayon a refusé de nous donner des précisions sur l'origine du minerai responsable du phosphogypse d'Engihoul alors que, lors du comité de suivi de l'entreprise, le 25 avril 2024, elle a confirmé au riverain engissois Michel Thomas exploiter du phosphate russe.
« Ils m'ont répondu que, pour le moment, c'est toujours du phosphate qui vient de Russie. Au début du conflit, les fournitures ont été suspendues. Depuis, ils ont eu l'autorisation de le réimporter parce que c'est le phosphate qui leur convient le mieux. Il est de meilleure qualité et moins radioactif puisqu'ils savent que derrière eux dans la chaine, Knauf vient pour faire le plâtre et que le taux de radioactivité doit être faible. »

Le service de communication de l'entreprise qui n'a pas souhaité nous rencontrer, se défend de toute critique :

« Le gypse issu de notre production est respectueux de l'environnement. Il peut être en très grande majorité valorisé et les parties résiduelles peuvent être stockées de manière sûre, contrairement au stockage opéré dans d'autres parties du monde telles que les USA ou la Chine, qui génère des rejets d'effluents dans la nature. Une délocalisation de nos activités dans d'autres partie du monde serait donc négative pour l'environnement, au vu des procédés opérés dans ces pays. Mais cela serait aussi dommageable pour les travailleurs et leurs familles. »

Ce que ne dit pas Prayon, c'est qu'en Flandre (Puurs) depuis 1998, l'entreprise importe de l'acide phosphorique déjà transformé à Jorf Lasfar, au Maroc, sur le site de son principal actionnaire (OCP) où elle a déplacé une partie de ses unités de production.
Et comme le dit le bourgmestre d'Engis Serge Manzato, « 
au Maroc, ils vident le gypse en mer ». »

Cette publication suscite des questions au Parlement.
À celles, écrites, de la députée Anne-Catherine de Goffinet le 2 octobre 2024, le ministre Yves de Coppieters répond simplement « L’honorable membre est invitée à prendre connaissance de la réponse à la question orale de Madame la Députée Valérie Dejardin sur la pollution historique aux métaux lourds et déchets radioactifs à Engis, développée lors de la Commission de la santé, de l’environnement et de l’action sociale du 1er octobre dernier.» [Parlement] 

Faute de trouver la transcription écrite de cette réponse-là en date du 01-10-2024, voici le résumé de ce qui fut prononcé [vidéo] :

Valérie Dejardin rappelle à propos de Hardémont que « la végétation a recouvert cette décharge à ciel ouvert »
Euh ? voici une photo venant de Google maps, datée par lui 2025, et légendée par nos soins :

photo aérienne

Les zones habitées de Stockay et d'Engis ont été volontairement colorées en rouge brique pour montrer leur proximité avec Hardémont. Les zones occupées par Prayon et Knauf ont été mises en évidence, mais les décharges de Hardémont et Engihoul n'ont pas été modifiées par nous : ce que vous voyez, c'est bien leur prise de vue aérienne.

Elle se demande « qu'en est-il des produits qui y sont accumulés ? » et pose 5 questions au ministre :
  1. Pouvez-vous nous confirmer ou non cette pollution dans cette commune ?
  2. Pouvez-nous nous rassurer quant à une éventuelle pollution des eaux souterraines ?
  3. La Wallonie dispose-t-elle d'un inventaire des décharges de ce type ?
  4. Une surveillance est-elle accordée à ce type de décharge historique et à celles d'Engis en particulier ?
  5. Que va entreprendre la Région face à une telle contamination chimique ?
Yves de Coppieters lui répond :
  • que le centre d'enfouissement technique d'Engihoul,
de classe 521A réservé à l'usage exclusif de l'usine Prayon, est autorisé pour recevoir le phosphogypse issu principalement du traitement industriel de la fabrication de l'acide sulfurique et d'engrais phosphatés, un produit non valorisable actuellement dans d'autres applications industrielles comme par ex le ciment ou le plâtre.
Couvert par un permis de bâtir octroyé en mars 87 ainsi que par un permis unique d'aout 2015 valable 20 ans, il est suivi de près par les différents services du SPW, il fait l’objet d’une surveillance et d’une auto-surveillance. « C'est dans ce contexte de surveillance qu'un contrôle effectué en 2023 a donné lieu à un constat d'infraction, un dépassement des sulfates dans les percolas et qu'un procès-verbal a été dressé en conséquence. La DPC (département Police Contrôle) a bien entendu suivi l'évolution des résultats en cours, des mois qui suivent. » Le monitoring des eaux souterraines a été renforcé et un monitoring de la qualité biologique du ruisseau d'Engihoul a été organisé. « En outre une surveillance spécifique est assurée depuis 2020 par le biais d'un comité de suivi. À ce contrôle s'ajoute celui effectué par l'Agence fédérale du contrôle nucléaire concernant la présence potentielle d'éléments radioactifs qui est une matière, bien sûr, fédérale. (…) L'analyse de l'écotoxicité, réalisée en 2023 à la demande de l'exploitant dans le ruisseau récepteur jouxtant le CET a montré un impact faible voire nul sur le dit ruisseau.»
Mes ptits-efants, ça va co !  [en wallon du pays de Liège : Mes petits-enfants, ça va encore !]
  • que son Administration n’a recensé aucune archive pour le site de Hardémont.
« En ce qui concerne la seconde [??? Historiquement, il s’agit de la plus ancienne…] décharge située en rive gauche de la Meuse, mon Administration ne dispose d'aucune donnée technique dans ses archives. En outre, s'agissant d'une décharge dont l'exploitation a pris fin avant 1987, elle n'est pas soumise aux prescriptions règlementaires fixées dans l'Arrêté de l'exécutif régional wallon du 19 mars 1987, concernant la mise en décharge de certains déchets en Région wallonne. De première information obtenue de l'exploitant il s'agirait d'un dépôt a priori essentiellement de phosphogyspe exploité par Prayon de 1950 à 1983.
À première vue un ruisseau par-dessus ce massif de déchets pourrait utilement faire l'objet de prélèvements pour vérifier que l'impact est similaire, et donc non inquiétant, à celui du CET contrôlé.
Un piézomètre [appareil de mesure de la hauteur du niveau de la nappe phréatique] existant en bordure de cette ancienne zone de dépôt pourrait également servir de point de diagnostic sur l'eau souterraine cette fois.
Mon administration va enjoindre la société Prayon à fournir toutes les données nécessaires à identifier ce dépôt et ce qu'il contient en type de déchets et de volume. Par ailleurs une enquête environnementale va être organisée. »
O!  Don, ça n'va nin si bin qu' ça…  [en wallon du pays de Liège : Oh ! Ça ne va pas donc si bien que ça…]

Quant à inventaire des décharges de ce type, le ministre rappelle que la Spaque dresse un inventaire des sites, décharges, dépotoirs, et autres emplacements de déversement susceptibles de contenir tous les types de déchets essentiellement industriels, ménagers, hospitaliers et inertes – pour autant que ces sites ne bénéficient plus d'un permis d'exploitation. « À ce jour, en Région wallonne, la Spaque a identifié et localisé 1037 décharges, dépotoirs et autres emplacements de déversement de déchets, quelques [?] décharges abandonnées de phosphogypse avérées ou suspectées sont identifiées, la plupart dans les environs d'Engis. Je vous remercie. »
Çoula n' va nin d' adrame ! / on n' est nin co foû di spèhe… /  On n' î est nin co, al tèye ås fréves ! [en wallon du pays de Liège : L'affaire ne s'emmanche pas bien / on n'est pas tiré d'embarras (du brouillard)… / On n'y est pas encore, au taillis aux fraises ! (avec la difficulté de trouver les fraises des bois)

Donc : le ministre ne confirme pas la pollution dans la commune (hormis l’intermède de 2023 qui n’a pas altéré « significativement la qualité biologique du ruisseau d'Engihoul »), charge son administration de faire pression sur Prayon pour recevoir des informations sur Hardémont, annonce une enquête environnementale pour ce site mais sans donner dates ni précisions, et glisse délicatement sur les quelques décharges abandonnées de phosphogypse avérées ou suspectées dans les environs d’Engis…


Quand on se rappelle que les usines de zinc diffusaient de telles fumées au début du XXe siècle qu'il était impossible d'élever des chevaux au Sart Lombard de Hermalle… [4-2]


Disparition du commerce local

Le petit commerce, florissant dans la première moitié du XXe siècle au centre de Hermalle-sous-Huy, décline fortement suite à la construction, au début des années 1980, de la voie express N90 à quatre bandes de circulation, qui allège fortement le charroi automobile mais prive les commerçants de chalands ; l'installation des magasins à « grandes surfaces » d'Amay, Engis, Huy, Jemeppe et la modification des habitudes de consommation entraine de plus la clientèle locale à délaisser les petits fournisseurs.

carte postale montrant la coopérative  photo du camion de la coopérative et des employés

À g. Les Magasins de l'Union coopérative de Hermalle-sous-Huy avec, à leur extrême droite, la boucherie (carte postale envoyée de Hermalle à Grivegnée le 10 aout 1936).
À dr. le camion avec les employés, circa 1939, photo de Victor Dardenne †.
La « Coopérative » fut dirigée par Édouard Vandeweghe (un temps bourgmestre), sa fille gérant la boucherie.


En italique : les entreprises qui se sont installées juste après la Deuxième Guerre mondiale
En gras : les commerces

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Épicerie Victor Daxelet
Chaussures Stenbeck
Menuiserie Victor Deleuze
Mercerie Pirotte
Cordonnerie Julien Dardenne
Crème glacée Martin Simon
Charbons Jean Davin + Essence BP
Couture Angèle Pirard
Marie Davin : Essence Texaco + Taxi Emile Lacroix
Boucherie Sacré
Café et Salle Viatour + Coiffure Albine Viatour
Tapis & peintures Albert Arnoldy
Couture Jeanne Riga

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Café des Sports
Boulangerie Victor Plumier
la « Coopérative » (alimentation générale, droguerie, quincaillerie…)
Épicerie Sacré
Pharmacie
Épicerie « Bien être »
Garage Grandmaison
Café du Centre Marcel Neuville
Café Mossoux
Épicerie Hennuy
Épicerie Herman
Boulangerie des Frères Dumont
Épicerie Polard
Crème glacée Alphonsine Dardenne
Vélos & Bonbonnes de gaz Praillet 
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Épicerie Madeleine Obrié
Vélos & Bonbonnes de gaz Rosier
Épicerie Blanche Feron
Menuis./cercueils Léonard Focant
Quincaillerie Bertho
Couture Lecrenier
Charbons Jules Dirick
Épicerie Albine Vanderbelle
Taxi Tombeur
Jardinage Joseph Lantier
Épicerie Dessel-Hougardy
Épicerie Jules Sacré
Blocs de construction Bertrand
Coiffure Désiré Streel
Taxi Gaston Biettelot
Cordonnerie

schéma

Informations recueillies en 1996 par Nicole Hanot auprès d'anciens villageois, dont Cyrille Meunier †,
et publiées dans la page Association VABA du mensuel du Centre culturel.

schéma

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Menuiserie Delhalle
Menuiserie Plastifen
Menuiserie Ateliers de la Colonne sans fin 
Boucherie Laurent
Boulangerie Aux délices de Marie-Lou
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Carosserie Voué
Friterie de la place
Épicerie Benoît & Isabelle Verhulst-Doyen
Pharmacie
Garage Hermalle Motor
Café du Centre
Coiffure Sylviane
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Café de la Tour
Les Antiquaires aux champs
Pommes de terre et épicerie Ferme D'Haeyère 
Pêcherie du Val d'Oxhe
Horticulture Les Coccinelles
Chris Ambulance

 
 schéma des commerces restants

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parc d'activités industrielles au nord de la RN90
Menuiserie Plastifen
Équicoaching
Pompes funèbres Grevesse
Menuiserie Ateliers de la Colonne sans fin 
Carosserie Voué
Spar (ex-épicerie Verhulst-Doyen)
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Pharmacie
Garage Hermalle Motor
Kiné M. Cop
Soins esthétiques « À l'essence
des sens »
Syndicat d'initiative
Brocante Livres & objets (ex Antiquaires aux champs) + cafétéria 
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Location de box pour chevaux
Rest. épisodique Val d'Oxhe
Production pommes de terre
Casa del Mio Nonno (vins le weekend)
J-Luc Lacroix, fasciath., kiné
C. Libert, médecin généraliste
Fiduciaire Welliquet


Et comme il n'est pas toujours évident de distinguer « commerce » et « service »,
voici un autre tableau comparatif :

1946 1996 2023 1946 1996 2023
commerces 40 12 9 coopérative / supérette 1 0 1
épiceries 11 1 0 couture 2 0 0
boucherie 1 1 0 coiffure 2 1 1
boulangerie 2 1 0 tapis / peinture 1 0 0
crème glacée 2 0 0 quincaillerie 1 0 0
café / taverne 4 2 1/2* entreprise d'électricité 0 1 0
combustible charbon & gaz 4 0 1 entreprise de jardins 1 0 0
pharmacie 1 1 1 entreprise de mécanique 0 1 1
médecin 1 2 1 entreprise de construction 1 1 0
ambulance 0 1 0 entreprise de menuiserie
0 3 2**
taxi 3 0 0 kinésithérapeute 0 2 2
vélo  2 0 0 esthétique 0 0 1
essence 2 0 0 coaching 0 0 1
garage / carrosserie 1 2 2 salle de fête 2 2 0
cercueils 1 0 0 exploitations agricoles 11 2 2
pompes funèbres 0 0 1 comptable 0 2 1
cordonnerie 1 0 0 Brocante/bouquinerie 0 1* 1*
mercerie
1 0 0 friterie 0 1 0
chaussures 1 0 0 pêcherie 0 1 0
horticulture 0 1 0

* ouvert 1 jour et demi / semaine. En 2024, le résultat sera 0...
** hors parc industriel

La situation n'est pas meilleure à Engis-village…

Un décret de la Région wallonne a défini, en mars 2004, la mission et les conditions d’agréation des ADL, agences de développement local que l’on peut définir comme des services administratifs mettant en réseau « des partenaires locaux issus des secteurs public, privé et associatif afin de faire émerger des projets créateurs d’activités économiques et d’emplois. L’objectif est de valoriser le potentiel d'un territoire dans une stratégie de développement économique à long terme. Elles sont actives en Wallonie dans une seule commune ou plusieurs communes limitrophes. Le territoire d’action d'une ADL doit compter 40.000 habitants maximum. » [Géoportail]
Comme 49 communes sur les 262 que compte la Région wallonne,  Engis va profiter de cette opportunité et développer son ADL [https://adlengis.be] à partir de 2008.

Celle-ci fait son travail mais peut difficilement lutter contre la modification sociologique qui intervient depuis la fin du XXe siècle, dans la façon des particuliers de se déplacer et de faire leurs courses, par l’ouverture des « grandes surfaces » d'abord, par la concentration des commerces dans la périphérie des villes ensuite, par l'explosion des achats par internet enfin.
De même, comment lutter contre la diminution drastique des services bancaires de proximité qui participaient à l'attrait commercial du centre des villages ? Engis va voir disparaitre toutes ses agences bancaires : Crédit communal, Fortis, ING et les habitants, priés dans un premier temps de se rendre dans les agences des communes voisines de Flémalle ou d'Amay, se verront assez rapidement privés de ces services et tenus de monter jusqu'au nord de Saint-Georges-sur Meuse, près de Verlaine – soit 28 km aller-retour pour les habitants de Hermalle par des routes dangereuses en hiver ! En voiture… car pas de transport public…
Ne reste en 2024, pour toute l'entité d'Engis, qu'un bureau de poste qui assume partiellement les services de la banque BNP Pariba Fortis.


Le parc industriel

Le déclin de l'activité agricole, libérant des terres, permet la création d'un parc d'activités industrielles de 301,25 ha par le Service Promotion Initiatives (à l'époque « Société Provinciale d'Industrialisation »).  Le début des procédures nécessaires découle de l'arrêté ministériel du 26 novembre 1968.  L'acquisition des terrains se fait en 3 phases, entre 1968 et 1973.

En 1972, quelques 300 personnes y fabriquent des électrodes en graphite pour l'industrie du fer et de l'acier, sur un terrain de près de 12 ha de l’usine Cegram (Compagnie de l’Electrographite de la Meuse, filiale de la SGL Carbon) ; la crise de 1986 réduit ce nombre à 152. La concurrence des produits chinois oblige à de nouveaux licenciements en 1999, puis à la cessation rapide des activités. La majeure partie du bâtiment a été démolie entre 2000 et 2004.

C'est dans une partie subsistante de cette usine qu'a été tourné – pour la reconstitution d'un centre fermé de rétention des étrangers en situation irrégulière – le film Illégal, œuvre du réalisateur belge Olivier Masset-Depasse, qui a remporté  le « Valois du meilleur film » au Festival du film francophone d'Angoulême et le Prix Humanum de l'Union de la presse cinématographique belge en 2010, mais aussi le Prix du public mondial aux Prix Lumières à Paris, en 2011 :

affiche du film vue du bâtiment

Illegal a valu le Magritte de la meilleure actrice dans un second rôle à la comédienne belge Christelle Cornil, et le Bayard d'Or de la meilleure comédienne (Namur, 2010) comme le Magritte de la meilleure actrice en 2011 à l'actrice principale, la belge Anne Coessens, fort connue du public comme coscénariste et actrice de l'excellente série télévisée Pandore sortie en 2022.

Le reste du bâtiment a satisfait les amateurs d'urbex… jusqu'en 2018, année de déconstruction.
En 2023, le groupe sprimontois Eloy (terrassement, traitement des eaux usées, fosses septiques pour particuliers, dégraisseurs, séparateurs à hydrocarbures ou à fécules, filtres bactériens et stations d'épuration, travaux de voirie…) annonce le rachat de la parcelle pour développer 3 zones d’exploitation d’un peu plus de 3 hectares chacune.
« Nous croyons aux forces régionales et à une vision positive. Après l’annonce de la réindustrialisation de la friche Holcim à Haccourt, c’est le second projet d’envergure qui vise à recréer une activité pertinente et sur le long terme. Et si nous pouvons le faire dans de bonnes conditions avec toutes les parties prenantes, on démontrera qu’il est possible de porter de tels projets en Wallonie ! », conclut la firme auprès de Muriel Sparmont du journal Sudpresse HW, le 27 février de cette année-là.


La société allemande Knauf, qui produit des plâtres pour la construction, s'est installée dans le parc industriel en 1974.

Knauf

En 1932, les deux frères Karl et Alfons Knauf fondent en Allemagne une société pour l'exploitation du gypse et développent la production de plaques de plâtre dès 1958. Cette activité connait une importante croissance et la Gebrüder Knauf s'installe à Engis en 1974 pour se rapprocher de son partenaire Prayon.

Les années 1990 voient son extension en Europe de l'Est (où elle est la première entre prises de l'Ouest à s'implanter), aux U.S.A., en Asie, en Amérique du Sud, diversifiant ses activités et investissant dans la recherche. 

Knauf est aujourd'hui un leader mondial dans le parachèvement des revêtements. Si elle est davantage connue des bricoleurs et des maçons belges pour son « Goldband », un enduit de plâtre prêt à l'emploi, elle produit aussi des isolants – comme la laine de verre –, des enduits extérieurs, des plafonds en fibre minérale, des mortiers et produits de jointoyage pour pavements…

La gestion du groupe est restée aux mains de la famille qui veille à ce qu'un haut niveau de qualité soit toujours respecté quelles que soient les innovations.

Avec quelques 240 employés à Engis, une flotte de près de 100 camions et trois bateaux, un stock de plus de 400 articles, un laboratoire reconnu comme centre de compétence pour l'Europe de l'Ouest et l'Amérique du Sud, Knauf s'implique dans le projet d'Eco-zoning engissois et tente de réduire ses émissions de particules fines mais n'a pas encore résolu le problème du soulèvement des poussières blanches que le vent balaie souvent au-dessus de la nationale 90 vers les habitations de Éhein-Bas...



Hydrometal

En 1985, la société anonyme Hydrometal, filiale à 100 % de la bruxelloise S.A. Jean Goldschmidt International est créée à Engis et s'installe dans le parc. Treize ans plus tard, le groupe JGI-Hydrometal est acheté par Prayon et en 2002, ses activités sont regroupées sous la bannière de la S.A. SILOX  (filiale de Prayon S.A. et de Cybelle S.A.).

La spécialité d'Hydrometal est le recyclage de matières complexes contenant des métaux non-ferreux par des procédés hydrométallurgiques développés sur mesure, le tout dans, bien entendu, un profond respect de l’environnement. Cela implique recherche & développement, expertise chimique et technique, gestion des risques environnementaux, manutention et stockage.

En 2022, le portail web MSN annonce l'inauguration chez Hydrométal d'un four à plasma du CRM Group, centre de recherches agréé par la Région Wallonne, a inauguré vendredi son nouveau four à plasma à Engis. « Cet outil à la pointe de la technologie permettra à l'entreprise et aux industriels de tester divers procédés de recyclage des métaux critiques, ont annoncé les différents partenaires lors d'un point presse où était présent le ministre wallon de l'Économie Willy Borsus. »
À la pointe de la technologie, oui car celle-ci a évolué, mais elle remontait à l'année 1963

Pour info, le plasma n'est pas seulement la partie liquide du sang, dans laquelle baignent les autres composants, mais aussi le nom donné au 4e état de la matière – les 3 autres étant solide, liquide, gazeux – où les molécules ne sont plus le constituant ultime…
La « technologie plasma » est un dispositif électrothermique qui permet d'atteindre de très hautes températures (entre 3 000 et 20 000 °C), utilisée dans le recyclage des métaux sans l'inconvénient d'une grande consommation d'électricité. 
Cette nouvelle installation à Hydrometal, d'une valeur de 6 millions d'euros, a été financée pour 5 millions par la Région wallonne.

L'usine Hydrometal est l'un des 5 sites chimiques de la commune d'Engis classés SEVESO seuil haut avec Prayon et Revatech (pour les risques d'incendie + rejets toxiques + écotoxiques), Recyfuel (risque de rejets toxiques) et Eurenco (risque d'explosion).
En juillet 2023, l'entreprise a connu un incident dans ce cadre : du sulfate de fer ayant débordé d'une cuve s'est déversé dans la Meuse, mais sans conséquence pour le personnel ni gravité pour l'environnement.
La presse a noté d'autres incidents qui concernaient, eux, des sous-traitants ; exemples :
  • en décembre 2004, lors des opérations de transbordement d'acide d'un camion dans une citerne, un jet d'acide jailli à hauteur du raccordement a atteint un ouvrier et l'a brulé.
  • infiniment plus grave : en 2021, un ouvrier de 26 ans, engagé avec 4 autres cordistes par une société sous-traitante pour nettoyer un silo de 27 mètres de haut, a été enseveli sous de l’hydroxyde de zinc.  Il est décédé malgré l'intervention des pompiers et du Grimp (groupe de reconnaissance et d'intervention en milieu périlleux).
L'incident le plus curieux, cependant, a été relaté par La Libre Belgique en octobre 2007 : dans la nuit du samedi 20 au dimanche 21, des individus sont entrés dans l'usine avec effraction et en sont repartis avec des lingots d'étain et… 24 big-bags de 250 kg chacun de molybdène, un métal très dur, d'aspect blanc métallique. La valeur de ces 6 tonnes était, selon le marché, de 84 000 €.
Si l'étain (comme le savent tristement les collectionneurs d'objets anciens depuis la décennie 2010) ne vaut plus que pour sa vente comme métal, le molybdène est quasiment sans intérêt à l'état pur et donc invendable par des particuliers ; on l'utilise surtout pour réaliser des alliages de haute résistance et des aciers à haute température, pour durcir l'uranium, pour fabriquer des anodes de tubes à rayon X, ou pour les alliages dentaires (pour la réalisation de couronnes, bridges, ou châssis métalliques) à base de nickel-chrome et cobalt-chrome…
Donc « un vol surprenant » affirmait le journal ! Nous avouons n'avoir jamais connu les résultats de l'enquête de police…



Belgagri  →  Armosa

En 1985 aussi, nait Belgagri, une entreprise engissoise développant des moyens de protection et de gestion des nuisibles destinés aux particuliers et professionnels. Dix ans plus tard, elle est reprise par l’agronome Vincent Samain, et va devenir leader dans ce marché.
Sa dénomination se dédouble en 2017 : l'appellation de vente des produits devient Biosix mais Belgagri reste détentrice des homologations. L'entreprise rachète aussi à cette époque deux sociétés françaises : Protecta et Aedes. En 2020, par souci de simplification, un nouveau nom est choisi : Armosa.
«  Une nouvelle appellation qui n’a pas été choisie au hasard : « "Armour" signifie protection en anglais, comme les solutions de protection que nous développons. « Mosa » est évidemment un clin d’œil pour notre quartier général situé le long de la Meuse, rue des Tuiliers à Hermalle-sous-Huy. Enfin, nous mettons en avant l’harmonie vis-à-vis de la nature et de l’environnement », ajoute Audrey Leruite [responsable marketing]. » publie Sudinfo le 2-07-2020.[Harrap's]

L'entreprise ne cesse de se développer par l'ouverture de nouvelles divisions – comme Agrivet dédiée plus spécifiquement aux éleveurs, ou par association – avec le grainier français Girerd (entreprise familiale du sud de la France).
La gamme de produits propose donc des solutions contre les nuisibles (animaux et végétaux) par la prévention, la répulsion ou l'extermination, mais aussi des semences potagères reproductibles sans hybride.
La firme diffuse ses produits en Belgique, France, Pays-Bas, Espagne, Mexique, Turquie, Australie… et le département Armosa Tech affirme détenir plus de 800 autorisations de mise sur le marché dans le monde.



photo

Parc industriel de Hermalle-sous-Huy, entre la Meuse et la N90 qui serpente à droite.
À droite de cette route, le village de Hermalle.  Sur la rive gauche, les carrières de Dumont-Wautier bordent la Mallieue qui relèvent depuis 1977 de Saint-Georges-sur-Meuse.  Viennent ensuite, 
juste avant le village d'Engis, les installations de Prayon auxquelles font face celles de Knauf.
Photo aimablement communiquée par la SPI+

On trouve (ou « on a trouvé », car aucune entreprise n'est éternelle…) dans ce parc industriel des entrepôts, des firmes traitant la chaux, les matières premières de carrière, le béton ou les peintures, mais aussi scierie et menuiseries, ferronnerie d'art, etc. [5]
Certains projets, porteurs de nombreux emplois, n'ont jamais été réalisés (exemple : l'implantation par la société flamande Berry Floor d'une unité de fabrication de parquets stratifiés susceptible de créer plus de 200 nouveaux emplois, annoncée par le journal Sudpresse Huy Waremme en 2004 [Berry Flour]).

Le parc bénéficie de voies de transport multimodales : route N90, chemin de fer (ligne Val Saint-Lambert-Hermalle-sous-Huy n° 285 reliée à la 125 permettant une vitesse de 40 km/h sur 1 voie de 7,9 km) et port fluvial.

Un port industriel a en effet été recréé à Hermalle, couvrant 50 a sur une longueur de rive de 192 m, avec 2 quais de déchargement et 2 dalles de stockage ; par arrêté ministériel du 18 juin 2001, il est géré par le Port autonome de Liège. Pour mémoire, Hermalle possédait un port au XVIe siècle d'où l'on expédiait les tonnes du charbon de bois produit par le village aux sidérurgistes hutois et aux armuriers liégeois... 

Le tonnage carrier manipulé au port d’Hermalle-sous-Huy dépasse actuellement les 1 600 000 tonnes [6] dont la majeure partie dépend de l’entreprise Lhoist qui, à partir de 1998, a progressivement transféré de la route vers la voie d’eau son trafic de pierres dolomitiques. [7]

« En Wallonie, nos usines de Marche-les-Dames et de Saint-Georges-sur-Meuse, toutes deux implantées en bordure de Meuse, produisent un total de quelque 5,3 millions de tonnes par an de pierres dolomitiques et de chaux.  Chaque année, notre site de production de Marche-les-Dames doit expédier vers nos fours à chaux de Saint-Georges-sur-Meuse 1 200 000 tonnes de pierres dolomitiques.  À partir de l’automne 2004, la totalité de ce flux a été confiée au transport fluvial ! Depuis, quatre bateaux suffisent à transporter quotidiennement 5.500 tonnes sur 33 kilomètres de Meuse.  Pour le Groupe Lhoist, le choix du transport fluvial représente, chaque année, le retrait de près de 85 000 mouvements de camions entre les deux sites.  Nous avons résolument mené cette politique de transfert modal de la route vers la voie d’eau en raison de son impact sur l’environnement – réduction des nuisances sonores, des poussières, des émissions de gaz à effet de serre – , sur la mobilité et sur la sécurité, de son coût économique, mais aussi de sa valeur stratégique.  Pour le Groupe Lhoist, comme pour ses clients, la voie d’eau offre un avantage concurrentiel stratégique : elle sécurise ses expéditions à forts volumes sur le long terme, en raison de l’importante réserve de capacité dont elle dispose actuellement. »
François-Xavier DUROY, Responsable Logistique et Administration des Ventes
Lhoist Europe de l'Ouest – dans la page Transport fluvial du site sur les voies hydrauliques de la Région wallonne. 



Au début des années 2010, deux nouvelles voiries sont créées de part et d'autre de la rue du Pont pour permettre l'installation de nouvelles entreprises :
C'est par cette rue des Tuiliers qu'on accède notamment à une « entreprise de traitement de voitures » qui va s'installer en bord de Meuse


Belgian Scrap Terminal  (BST)

« De l'aveu même du bourgmestre d'Engis, il était temps que le dénouement intervienne.  Cela fait deux ans en effet que la commune et la direction de BST collaborent sur un projet d'usine de traitement des voitures sur le zoning industriel d'Engis.  C'est que le bourgmestre s'est montré intransigeant sur certains aspects, avant d'octroyer le précieux permis. « Cette usine va s'implanter non loin d'une zone urbaine, nous devions donc avoir des garanties pour les habitants », relève Serge Manzato.  Résultat : le permis délivré à l'entreprise anversoise est un modèle du genre, le bourgmestre l'assure.  Il faut dire que les deux parties auront mis du temps à tomber d'accord. « L'usine comptera notamment un broyeur à métaux, une machine qui fait énormément de bruit, explique le bourgmestre. L'entreprise a donc promis de construire un capotage autour du broyage, pour l'isoler un peu. ».  L'avenir engissois s'annonce donc plutôt rose, pour BST. »

Sophie Lejoly, « Engis : BST s'installe dans le zoning », in Le jour, 11 janvier 2006

L'avenir se révèlera moins rose pour les habitants :

Le 23 janvier 2024, l'émission Investigation de la Radio-télévision belge francophone (RTBF) met en évidence une importante pollution générée par les sept broyeurs à métaux de Wallonie – dont celui d'Engis/Hermalle-sous-Huy :
« Les recycleurs de métaux présents en Wallonie ne respectent toujours pas l’ensemble des critères fixés dans leur permis. Dans les retombées atmosphériques, on voit des dépassements de polluants cancérogènes pouvant aller jusqu’à 600 fois au-dessus des normes. »
L'émission rappelle que les recycleurs de métaux wallons de très gros émetteurs de polychlorobiphényles (PCB) et que ces PCB, composés chimiques inventés par l’homme, se trouvent un peu partout :
  • on les emploie comme isolant électrique.
  • ils sont ininflammables et très stables.
  • ils interviennent dans les transformateurs électriques, les condensateurs, les résistances de frigos. ce sont aussi des intervenants dans les peintures, les huiles et les lubrifiants, etc.
Ils ont une durée de vie dans l’environnement qui peut aller jusqu’à plusieurs centaines milliers d’années et sont interdits car reconnus cancérigènes et perturbateurs endocriniens.

On les retrouve pourtant dans des vieux déchets voués au recyclage et le déplacement de la mitraille comme son broyage créent des poussières toxiques qui contaminent l’environnement proche des usines.
L'installation de filtres à charbon actif sur les cheminées des usines de recyclage des métaux a limité réellement la diffusion des polluants mais « le va-et-vient des camions, le déchargement de la matière première et la manutention de la mitraille par d’énormes engins de chantier génèrent également beaucoup de poussières. C’est ce que l’on appelle les émissions diffuses. Ces poussières toxiques qui s’envolent contiennent des PCB, des dioxines et bien d’autres substances dangereuses pour la santé.»

L'enquête de la RTBF, qui a consulté au Service public de Wallonie (SPW) les rapports des émissions diffuses des 7 broyeurs à métaux wallons pour 2021 et 2022, montre que les dépassements des normes autorisées sont colossaux, et que pour le PCB 126, le plus dangereux, ils étaient de 12 à 597 fois au-dessus de la norme de 10 ng/kg. 
Cette émission de la RTBF secoue tant les habitants que les politiques et que le reste de la presse !
Car Engis/Hermalle-sous-Huy est le deuxième plus mauvais des sept broyeurs… [Site de la RTBF #Investigation]

BST, qui avait prévu une séance d'information annonçant son désir de poursuivre son installation pour le 22 février 2024, se voit dans l'obligation de l'annuler.  Une réunion se fera finalement le 10 avril suivant dans les locaux du Centre culturel avant la réalisation d'une étude d'incidence.

grues au travail

Grues prélevant des ferrailles pour les déposer sur le tapis roulant qui les transporte dans le bâtiment (13 mai 2024)

vue des tas de ferrailles et de la poussière

Depuis la rive gauche de la Meuse, vue des ferrailles et de la poussière, mai 2024.

Les riverains s'inquiètent pour eux-mêmes mais aussi parce que l'entreprise est à 900 m à vol d'oiseau de fumées de l'école fondamentale de Hermalle. Et les vents soufflent traditionnellement au village d'ouest en est… Une pétition est lancée.

souffle le vent...

En jaune : BST – en orange : l'école – le croissant fushia : le centre du village de Hermalle
noir et blanc : échelle 900 m – en bleu : Éole, dieu du vent, indique la direction de diffusion des fumées
Nos remerciements à Google maps

La CCAT (commission consultative d’aménagement du territoire) de la commune d'Engis rend un avis globalement défavorable.
La SPI a pris position mais, au 30 janvier 2025, refuse de communiquer à la presse écrit François Braibant (« Engis : BST pourra-t-elle encore broyer des métaux ? » sur le site web de la RTBF, 30 janvier 2025).
Le conseil communal doit rendre son avis.
C'est le fonctionnaire délégué de la Région wallonne qui prendra la décision ultime.


Une firme née en 1958 à Hottine, aux confins ouest d'Hermalle et Clermont, par la volonté d'Émile Deville et son épouse, et qui a connu un important développement s'est installée rue des Tuiliers : nommée SA Marchandise depuis 2008, elle distribue les marques Manitou, Case IH & Steyr, Pottinger, Rolland, Mustang & Gehl, Avant Tecno et Toyota tant en vente qu'en location de plus de 550 machines ; son volume d'affaires dépassait les 17.000.000 € en 2018.

Juste à côté d'elle, un nouveau volume s'ouvre officiellement à la mi-mars 2023 : c'est le centre de tri Sitel de l'intercommunale de traitement des déchets liégeois Intradel. L'augmentation de la masse des emballages en plastique, métaux et cartons à boissons collectés a effectivement rendu difficile le travail dans les locaux de Seraing et indispensable la construction à Hermalle d'un nouveau centre de tri d'une capacité de 38 000 tonnes (dont 12 000 seront apportées par une intercommunale de la province du Luxembourg).  Cela a demandé un investissement d'une cinquantaine de millions d'euros avec automatisation de nombreuses étapes du tri tout en préservant une cinquantaine d'emplois, le tri manuel restant partiellement en vigueur Kandilaptis.

Début novembre 2024, l'asbl SI HsH La Rawète annonce la fermeture de ses départements Brocante et Taverne pour la fin du même mois. Ces activités existaient depuis plus de 30 ans dans la Ferme castrale de Hermalle-sous-Huy ; gérée par des volontaires-bénévoles, elles avaient pour objet de réunir des fonds pour aider au maintien en vie de ce bâtiment des XVIIe et XVIIIe siècles où elles étaient ouvertes au public chaque weekend de l'année.
Le bénévolat devant une denrée de plus en plus rare, et l'âge des dernières bénévoles tournant autour des 70 ans..., la charge de travail s'est révélée trop lourde et la fermeture est devenue inévitable.

Cette page a été revue ou complétée pour les dernières fois les 28 février, 12 et 19 mars 2025.





Notes :

[1] En 1525, par exemple, Hermalle livre par bateaux 45,4 tonnes de fer étiré au débarquadère de Huy. (Marc Suttor, Vie et dynamique d'un fleuve : La Meuse de Sedan à Maastricht (des origines à 1600), De Boeck Université, 2006, p. 365.)  top

[2] En 1576, on charge 598 tonnes de charbon de bois à Hermalle, et 997 tonnes l'année suivante. (Marc Suttor, op. cit. p. 502.)  top

[3] Pour Leuwrixht le Jeune, voir « La vie à Liège sous Ernest de Bavière (1581-1612). Études archéologiques (1) » dans Bulletin de l'Institut archéologique liégeois, Tome LX, Liège, Maison Curtius, 1936, p. 12.
Pour les deux alunières, elles sont citées dans Constans fils de Paris, Tableau politique du département de l'Ourte en 1800, M. Lemaire, Bruxelles, nivôse an IX (janvier 1801) – aimablement communiqué par la Commission historique de Flémalle. Étant donné la géologie de la région, ces alunières devaient être en fait sur Saint-Georges.  top

[3b] L'indication de l'utilisation de l'appellation d'Enge au XXe siècle nous a été donnée le 13 juillet 2013 par Monsieur Marcel Fréson, Engissois d'origine et qui a toujours vécu au village.
Voici la description de l'alunière dans L'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, dir. Diderot et d'Alembert, Paris, 1751 à 1772  :

« Nous nous contenterons de donner ici la maniere de faire l'alun qu'on suit à Dange, à trois lieues de Liege, & deux lieues d'Hui, l'appliquant à des planches que nous avons dessinées sur des plans exécutés en relief par les ordres de M. le comte d'Herouville, lieutenant-général, qui a eu la bonté de nous les communiquer. Ces plans ont été pris sur les lieux. Mais avant que d'entrer dans la manufacture de l'alun, le lecteur ne sera pas fâché sans doute de descendre dans la mine & de suivre les préparations que l'on donne à la matiere qu'on en tire sur le chemin de la mine à la manufacture ; c'est ce que nous allons expliquer, & appliquer en même-tems à des planches sur l'exactitude desquelles on peut compter.

Les montagnes des environs de la mine de Dange sont couvertes de bois de plusieurs sortes : mais on n'y trouve que des plantes ordinaires, des genievres, des fougeres, & autres. Les terres rapportent des grains de plusieurs especes & donnent des vins. L'eau des fontaines est legere, la pierre des rochers est d'un gris bleu céleste, elle a le grain dur & fin ; on en fait de la chaux. C'est derriere ces rochers qu'on trouve les bures [galerie] pour le soufre, l'alun, le vitriol, le plomb & le cuivre. Plus on s'enfonce dans les profondeurs de la terre, plus les matieres sont belles. On y descend quelquefois de 80 toises [± 150 m.] ; on suit les veines de rochers en rochers ; on rencontre de très-beaux minéraux, quelquefois du crystal. Il sort de ces mines une vapeur qui produit des effets surprenans : une fille qui se trouva à l'entrée de la mine fut frappée d'une de ces vapeurs, & elle changea de couleur d'un côté seulement. On trouve dans les bois sous les hauteurs à dix piés de profondeur, plusieurs sortes de sable dont on fait du verre, du crystal, & de la fayance. Trois hommes commencent une bure ; ils tirent les terres, les autres les étançonnent avec des perches coupées en deux. Quand le percement est poussé à une certaine profondeur, on place à son entrée un tour avec lequel on tire les terres dans un panier qui a trois piés de diametre sur un pié & demi de profondeur. Six femmes sont occupées à tirer le panier, trois d'un côté du tour, trois de l'autre. Un broüetteur reçoit les terres au sortir du panier & les emmene. On conçoit que plus la bure avance, plus il faut de monde. Il y a quelquefois sept personnes dedans & sept au-dehors. De ceux du dedans les uns minent, les autres chargent le panier, quelques-uns étançonnent. Les hommes ont 20 sols du pays par jour, ou 28 sols de France ; les femmes 10 sols de France. Quand on est parvenu à 50 piés de profondeur, les femmes du tour tirent jusqu'à 200 paniers par huit heures. A dix piés on commence à rencontrer de la mine qu'on néglige. On ne commence à recueillir qu'à vingt à vingt-cinq piés. Quand on la trouve bonne, on la suit par des chemins soûterrains qu'on se fraye en la tirant ; on étançonne tous ces chemins avec des morceaux de bois qui ont six pouces d'équarrissage sur six piés de haut ; on place ces étais à deux piés les uns des autres sur les côtés ; on garnit le haut de petits morceaux de bois & de fascines ; quand les ouvriers craignent de rencontrer l'eau, ils remontent leur chemin.

Mais s'il arrive qu'on ne puisse éviter l'eau, on pratique un petit canal soûterrain qui conduise les eaux dans une bure qui a 90 piés de profondeur, & qui est au niveau des eaux : là il y a dix pompes sur quatre bassins, quatre au niveau de l'eau, trois au second étage, & trois au troisieme. Des canaux de ces pompes, les uns ont deux piés de hauteur, les autres quatre ou même cinq. Ces pompes vont par le moyen de deux grandes roues qui ont 46 piés de diametre, & qui sont mises en mouvement par des eaux qui se trouvent plus hautes qu'elles, & qui sont dans les environs. Cette machine qui meut les pompes s'appelle engin. La premiere pompe a 10 toises, la seconde 10, & celle du fond 10. Les trois verges de fer qui tiennent le piston ont 50 piés, & le reste est d'aspiration. La largeur de la bure a huit piés en quarré. L'engin & les pompes font le même effet que la machine de Marly, mais ils sont plus simples.

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Haut de la planche Minéralogie de l'Encyclopédie qui illustre le texte descriptif ci-dessous

« On jette le minéral qui contient l'alun dans de gros tas qui ont vingt piés de haut, sur soixante en quarré.  A, A, A, sont ces tas. On le laisse dans cet état pendant deux ans, pour qu'il jette son feu, disent les ouvriers. Au bout de deux ans, on en fait, pour le brûler, de nouveaux amas, qu'on voit même Planche en B, B, B, B. Ces amas sont par lits de fagots & lits de minéral, les uns élevés au-dessus des autres, au nombre de vingt, en forme de banquettes, comme on les voit. On a soin de donner de l'air à ces amas dans les endroits où l'on s'apperçoit qu'ils ne brûlent pas également ; c'est ce que fait avec son pic la fig. 1. Pour donner de l'air, l'ouvrier travaille ou pioche, comme s'il vouloit faire un trou d'un pié quarré : mais ce trou fait, il le rebouche tout de suite. On laisse brûler le minéral pendant huit à neuf jours, veillant à ce qu'il ne soit ni trop cuit ni pas assez cuit ; dans l'un & l'autre cas on n'en tireroit rien. Quand on s'apperçoit que la matiere est rougeâtre, & qu'elle sonne ; on s'en sert d'un côté (celui où l'on a commencé de mettre le feu) tandis que de l'autre côté on continue d'ajoûter à-peu-près la même quantité, ensorte que l'amas se reforme à mesure qu'il se détruit : c'est ce que font les deux fig. 2. & 3. l'une, 2. emporte la matiere brûlée avec sa broüette ; l'autre, 3. continue un lit avec sa hotte. Les Fêtes & les Dimanches n'interrompent point ce travail, qu'on pousse pendant 8 heures par jour. Deux hommes prennent la matiere brûlée pour la jetter dans les baquets d'eau ; & une douzaine de petits garçons & de petites filles refont le tas à l'autre extrémité. C, C, C, C, &c. D, D, D, D, &c. sont ces baquets. Les hommes ont trente sols de France par jour, & les enfans cinq sols.
On remarque que les arbres qui sont aux environs des tas du minéral en feu meurent, & que la fumée qui les tue ne fait point de mal aux hommes. Les baquets sont au nombre de douze, comme on les voit sur deux rangées C, C, C, C, C, C ; D, D, D, D, D, D ; six d'un côté, six d'un autre : ils ont chacun seize piés en quarré, sur un pié de profondeur. Ces douze baquets sont séparés par un espace, dans lequel on en a distribué trois petits E, E, E, qui ont chacun, sur trois piés de long, un pié & demi de large, & deux piés de profondeur. Il y a un petit baquet pour quatre grands ; quatre des grands, deux d'un côté C, C, & deux de l'autre D, D, communiquent avec un petit E. L'ouverture par laquelle les grands baquets communiquent avec les petits, est fermée d'un tampon, qu'on peut ôter quand on veut. Les broüetteurs portent sans cesse de la matiere du tas dans les grands baquets : ces grands baquets sont pleins d'eau ; ils reçoivent l'eau par le canal F ; le canal F prolongé en G, G, G, &c. fait le tour des douze grands baquets : ces grands baquets ont des ouvertures en H, H, H, &c. par lesquelles ils peuvent recevoir l'eau qui coule dans le canal G, G, G, qui les environne. Quand la matiere a trempé pendant vingt-quatre heures dans un grand baquet C 1, on laisse couler l'eau chargée de particules alumineuses dissoutes dans le petit baquet E, & on la jette de ce petit baquet E, dans le grand D 1, où elle reste encore à s'éclaircir : on continue ainsi à remplir les baquets C 1, C 2, C 3, &c. & les baquets D 1, D 2, D 3, &c. d'eau chargée de parties alumineuses, par le moyen des petits baquets E, E, E. Ces baquets sont tous faits de bois, de madriers & de planches, & le fond en est plancheyé. Quand on présume que l'eau est assez éclaircie dans les grands baquets C 1, C 2, C 3, &c. D 1, D 2, D 3, &c. on en ôte les bouchons, & on la laisse couler par le long canal E, E, E, &c. dans un réservoir F, qui est à 50 toises de-là : elle demeure deux à trois heures dans ce réservoir, puis on la laisse aller dans un autre réservoir I, qui est à deux cens toises du réservoir F, mais de sa même grandeur : ce dernier réservoir I est derriere les chaudieres. Quand l'eau du réservoir I est claire, on s'en sert ; si elle ne l'est pas, on la laisse reposer.

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Bas de la planche Minéralogie de l'Encyclopédie qui illustre la suite du texte descriptif (ci-dessous)

Quand elle est suffisamment reposée, on la laisse couler dans les deux chaudieres G, G ; ces chaudieres sont de plomb, & sont assises sur les fourneaux H, H, H. K, K, escaliers qui conduisent sur les fourneaux vers les chaudieres. L, L, cendriers. M, M ; portes des fourneaux par lesquelles on jette la houille. L'eau qu'on a introduite dans les chaudieres G, G, y reste vingt-quatre heures ; on les remplit à mesure que l'eau y diminue, non de l'eau du réservoir I, qui est derriere elles, mais d'une autre dont nous parlerons tout à l'heure. Quand on s'apperçoit que la matiere contenue dans les chaudieres G, G, est cuite, ce que l'on reconnoît à sa transparence & à son écume blanche, on la renvoye, soit par un canal, soit autrement, des chaudieres G, G, dans huit cuves M, M, M, M, &c. où elle reste pendant trois jours : au bout de trois jours on prend avec des écopes l'eau qui lui surnage dans les cuves M, M, M, M, &c. on la jette sur les canaux r, r, r, r, qui la conduisent dans les cuves p, p, où il ne reste plus qu'un sédiment qu'on prend avec des seaux, & qu'on remet dans les deux chaudieres du milieu ou d'affinage n, n. A mesure que la matiere diminue dans les chaudieres n, n, on les remplit avec d'autre eau claire. Quand la matiere tirée des chaudieres M, M, M, en une espece de pâte, & portée dans les chaudieres d'affinage n, n, est entierement fondue ou dissoute, on la décharge par un petit canal dans les tonneaux o, o, o, o, où elle crystallise. Les chaudieres G, G, ont cinq piés de largeur, deux & demi de hauteur du côté du bouchon ; de l'autre côté deux piés, & neuf piés de longueur. Les tonneaux o, o, o, ont trois piés de diametre sur six de hauteur. On laisse la matiere dans les tonneaux pendant neuf jours en automne, & pendant douze jours en hyver, sans y toucher, crainte de tout gâter. Le tonneau tient 2500. Quant aux chaudieres G, G, qu'on appelle chaudieres à éclaircir, on les remplit à mesure que l'eau y diminue avec de l'eau-mere : on entend par eau-mere, celle qui s'éleve à la surface des cuves M, M, M, &c. pendant que l'eau y séjourne ; on prend cette eau dans les cuves p, p, avec des seaux, & on la renvoye, selon le besoin, des cuves p, p, dans les chaudieres à éclaircir G, G. C'est ce que font les deux fig. 1. 2. dont l'une prend dans la cuve p, & l'autre jette sur les canaux de renvoi q, q, qui se rendent aux deux chaudieres à éclaircir G, G, qu'on entretient toûjours avec moitié de l'eau des cuves p, p, & moitié de l'eau du réservoir I. Les fours sont de la longueur de la chaudiere ; leur hauteur est coupée en deux par un grillage dont les barres ont trois pouces d'équarrissage, & cinq piés de longueur ; il y en a cinq en longueur, & trois en travers. Ce grillage ne s'étend qu'à la moitié de la capacité du four ; c'est sur lui qu'on met la houille ; il faut toutes les 24 heures deux tombereaux de houille pour les quatre fourneaux : ces tombereaux ont six piés de long, sur trois de large & trois de haut.

Il est bon d'observer que les chaudieres étant de plomb, il faut qu'elles soient garanties de l'action du feu par quelque rempart : ce rempart, c'est une grande plaque de fonte d'un pouce d'épaisseur H, H, H, qui couvre le dessus des fourneaux. »  top

[3c] Auguste Bury, Traité de la Législation des mines, des minières, des usines et des carrières en Belgique et en France, T. II, F. Renard, Liège, 1859, p. 290 à 293.  top

[4] Dumont-Wautier, 1889. 1924-1974, Éd. Marcel Vanhove, Waremme, 1974.  top

[4-1] Sulfine-dossier-presse, consulté le 21 septembre 2010.  top

[spot wallon] Le spot est un dicton, un adage, un proverbe wallon, parfois une raillerie, un trait piquant qui émaille le discours ; spot a des correspondances en néerlandais et en allemand.
Pour mémoire : le wallon est la langue romane parlée et écrite dans la plus grande partie de la Wallonie jusque dans la première partie du XXe siècle ; elle a subi l'influence des régions limitrophes : Flandre et Allemagne. Le wallon est également parlé en France et au Wisconsin (U.S.A.).  
Même si son usage s'est très fortement réduit au profit du français, l'une des trois langues officielles de Belgique, certaines phrases restent connues de beaucoup et certaines expressions (comme Oufti ! [ouf toi ! pour marquer l'étonnement] sont encore encore très couramment utilisées, même par les plus jeunes. La Communauté française de Belgique, autorité compétente en matière de culture pour les francophones belges, encourage quelque peu l'étude de cette langue endogène et son utilisation par un soutien à la Société de langue et de littérature wallonnes, aux revues en langue wallonne et au théâtre wallon toujours actif.   top

[4-2] Information donnée en mars 2009 par Monsieur Roger Collet, Hermallien.  top

[4-3] Frédéric Renson, « Prayon rejette beaucoup moins de CO2 » dans www.lavenir.net, consulté le 12 juin 2013.  top

[5] Coordonnées des entreprises.  top

[Berry Floor] : Didier De Hoe, « Kubla reçoit le mayeur Manzato ce lundi matin » in HW Sudpresse, quotidien belge, 15 mai 2004, p.11. Le dossier Berry Floor fit l'objet d'une question orale de M. Collignon au ministre Marcourt en charge de l'Économie et de l'emploi, en séance du la Commission de l'économie, du tourisme, de la Politique agricole et de l'Énergie, le 18 mai 2005 au Parlement wallon (https://nautilus.parlement-wallon.be/Archives/2004_2005/CRIC/cric20.pdf) top

[6] Logistics in Wallonia.  top

[7] Les infos de l'OPVN, juin 2006.  top

[8] Sources : Site internet de PB-Clermont consulté le 9/4/2013, Demande de permis unique relative à l'extension de la capacité de stockage d'explosifs de PB Clermont à Engis, consulté le 9/4/2013. retour au texte

[Décès] Anne Jacquemin, « Kevin Mailly, un des 2 tamiseurs, est décédé » in lavenir.net, quotidien belge, consulté le 9 avril 2013 et Anne Jacquemin, « Le 2e ouvrier brûlé à la Poudrerie est décédé » dans lavenir.net, quotidien belge, consulté le 13 mai 2013.  top

[Dagonnier] Erik Dagonnier, « Clermont-sous-Huy: PB Clermont met au point une poudre « verte » pour munitions » in RTBF actus, 08-12-2015.  top

[Northdata] Données https://www.northdata.fr/Eurenco+Clermont+N.V.,+Engis/KBO+0441.128.086 consultées le 15-03-25.   top

[Borsus] Réponse du 27/04/2023 du ministre Willy Borsus à une question parlementaire du 11-04-2023 https://www.parlement-wallonie.be/pwpages?p=interp-questions-voir&type=28&iddoc=120371
consulté le 15-03-2025.   top

[BFMTV] « Défense: la Société nationale des poudres et explosifs devient officiellement 100% publique » in site web de BNT Business, 18-01-2023, consulté le 15-03-2025   top

[RTL] Agence Belga, « La Wallonie suspend deux licences accordées à l'usine de munitions PB Clermont » in RTL info, site web d'information, 05-02-2024, consulté le 15-03-2024.   top

[LHumanité] Lina Sankari, « Le gouvernement de la région francophone de Wallonie a annoncé la suspension temporaire de ses livraisons d’armes à Israël. » in Humanité.fr, site web de quotidien français, 07-02-2024, consulté le  15-03-2025.   top

[qu4tre] Belga & P.J., « Le groupe industriel Eurenco investit pour doubler sa production de poudre à Clermont », in qu4tre.be, site web d'information belge, 04-04-2024, consulté le 15-03-2025.   top

[Prayon2022] Groupe Prayon, Déclaration environnementale 2022 au centre d'enfouissement technique du bois d'Engihoul, novembre 2022.   top

[Parlement] Source :
https://www.parlement-wallonie.be/pwpages?p=interp-questions-voir&type=28&iddoc=129421   retour au texte

[vidéo] vidéo consultée le 12-03-2025, visionner à 7 :32 :15.
https://www.parlement-wallonie.be/pwpages?p=youtube-player&idpw=28773&live=1   retour au texte

[Fiems] Source : http://myspace.voo.be/jeafiems/divers_fichiers/Temps1vie_fichiers/4.1-Saffraenberg.htm  retour au texte

[LeSoir] Philippe Berkenbaum, « Les Poudreries Réunies de Belgique en faillite ? » in Le Soir, quotidien belge, 16-07-1990, consulté le 15-03-2025  retour au texte

[Kandilaptis] Ariane Kandilaptis, « Bilan 2022 d'intradel : le centre de tri d'Engis traitera 36000 tonnes de déchets », dans L'Avenir HW, quotidien belge, 1er avril 2023. retour au texte

[CRM Group] CRM est une asbl créée en 1948 par l'industrie belge de l'acier, originellement située au Val-Benoit, le long de la Meuse, et qui a migré à partir de 1972 sur le campus de l'ULg, au Sart Timan. En 2011, CRM est devenue un groupe incluant la société AC&CS de Cockerill-Sambre, ensuite intégrée au groupe ArcelorMittal. CRM a ensuite absorbé deux petits loboratoires et, en 2017, le CEWAC (Centre d'Études wallon d'Assemblage et du Contrôle des matériaux, sis à Ougrée) ; ce dernier est cofinancé par la Wallonie dans le domaine du soudage, du contrôle non destructif et du traitement des eaux.
L'une des principales caractéristiques de CRM est son expérience dans la mise à l'échelle de nouveaux processus de production et de nouveaux produits métalliques, de l'échelle du laboratoire sur laquelle ils ont été initialement développés jusqu'aux très grandes tailles de production courantes dans l'industrie sidérurgique. retour au texte

[Arnoldy] Certaines sources nomment cette société : la Société « Arnoldy, Poswick et Cie »  retour au texte

[AEL] A.E.L. C.3.6. 97R132 Demande d'autorisation de 1844.  retour au texte

[Harrap's] Selon le dictionnaire Harrap's, armour traduit effectivement une très forte… protection : 1. armure (de chevalier, etc.) 2. blindage (de bâtiment de guerre) 3. scaphandre..  retour au texte





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