Remacle Le Loup, Le château de Hermal, gravure, 1735 – détail.
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ci dessous sommaire si il existe.

Toponymie Histoire   - Préhistoire
Folklore - Protohistoire

- Époque gallo-romaine
Notes - Moyen Âge
Bibliographie - Temps modernes
Remerciements - Époque contemporaine



Le 1er janvier 1977 intervient la fusion des communes en Belgique.  Hermalle-sous-Huy devient une section de la nouvelle commune d'Engis mais n'apporte pas à celle-ci l'entièreté de son territoire traditionnel : ses terres de la rive gauche, connues sous l'appellation de la Mallieue, sont affectées à la commune de Saint-Georges et lui donnent un accès au fleuve.  Saint-Georges devient alors Saint-Georges-sur-Meuse.

L'importance de la Mallieue dans l'histoire de Hermalle mérite que nous en parlions ici.


Toponymie

Son nom ancien était leuca mala, mauvaise portion de chemin ou de lieue[1].
Ce toponyme est déjà cité dans la Translatio reliquiarum santi Jacobi écrite par un moine de Saint-Jacques (Liège) vers 1100 et dans le Cantatorium de Saint-Hubert, datant de la première moitié du XIIe siècle : In leuga quae dicitur Mala inter Hoium et Leodium (sur une lieue qu’on nomme Mauvaise, entre Huy et Liège).
Certains, pourtant, ont affirmé que l'appellation auraient été donnée par un capitaine français qui n'arrivait pas à y faire passer des équipages militaires ! [2]

Le fait est qu'à la moindre crue, la Meuse recouvrait ce chemin creusé d'ornières profondes qui le rendaient impraticable.[SRBG] 

Le lieu fut en tout cas réputé être un repaire de brigands, de « coupe-jarrets »[dArdenne] qui détroussaient les voyageurs longeant la Meuse vers Huy ou Liège, les forçant ainsi à faire, pour leur sécurité, un détour par le haut des collines.

En wallon, La Mallieue se disait al mâle lèwe (la mauvaise lieue).


Situation et géologie

Quant aux cartes géographiques, si Hermalle est indiquée dès le XVIe siècle, il n'est pas fait mention de la Mallieue avant la carte de Ferraris (1777).

carte de Ferraris


Longeant la rive gauche de la Meuse, la Mallieue s'étend d'un lieu-dit Burton à l'ouest jusqu'au chemin de la Surface à l'est (à hauteur du tiers est de la petite île) et inclut le lieu-dit Boulade sur la hauteur, face à la gare dite de Hermalle.

La Mallieue présentait un sous-sol riche en fer, en zinc, en souffre, en plomb et en charbon.[Davreux] Celui-ci fut exploité au Burton par la famille Pasquet de Gilly-lez-Charleroi, puis par M. Noizet qui exploita aussi un puits à Saint-Georges ; les eaux étaient évacuées dans un ruisseau qu'on appelait sèwe (rigole ou canal d'écoulement en wallon). Un charbonnage fut également exploité à la Surface.

Les poches d'argile, assez abondantes sur les sarts, furent exploitées - notamment pour la fabrication des creusets de La Nouvelle Montagne.

Les bancs épais de calcaire du Dévonien et du Carbonifère courent tout au long de la Mallieue.
Les premières carrières donnèrent des pierres à bâtir et de l'empierrage pour les chemins. Elles alimentèrent ensuite les fours à chaux : le four Remy (près de la Nouvelle montagne), ceux de la Boulade (en 1844), celui du Pont-Galop (vers 1883) appartenant au comte d'Oultremont et qui servait à l'entretien de ses propriétés et enfin ceux d'Hippolyte Dumont.

Bordant le calcaire, on trouvait de la dolomie.  Le grès était plus rare mais les hauteurs offraient des sables de toutes couleurs.

Des alunières permettaient l'exploitation du schiste à base d'alun. Plus d'informations sur l'exploitation des alunières à Engis

« La plus ancienne et celle qui semblait la mieux conçue était à l'emplacement du groupe principal actuel des fours à chaux [fours Dumont-Wautier]. Ceux qui ont dépassé la cinquantaine en ont connu les ruines.  C'était la vieille usine.  Que de souvenirs ces ruines envahies pas les ronces rappellent ! C'était la cachette des enfants faisant l'école buissonnière, le rendez-vous des roulottiers de tous métiers, la halte idéale des chèvriers (sic) français avec leurs belle chèvres noires, l'eldorado des chasseurs d'escargots, l'endroit qui donnait le petit frisson au passant isolé quand la hulotte criait par un soir sans lune. »[2]

La Mallieue possède aussi un rare gisement de sidérite zincifère et l'un des 8 gisements remarquables au monde d'ankérite.

En surface, les hauteurs de la Mallieue présentaient des bois de chênes, de hêtres et de bouleaux, mais aussi des bouquets de sapins en bordure du plateau.  Noisetiers, merisiers, pommiers et poiriers sauvages se trouvaient en grand nombre sur les talus. Les sarts (terres déboisées et défrichées), soigneusement cultivés, offraient des vergers où dominaient les pruniers et les coteaux étaient couverts de vignobles dont les raisins étaient récoltés dans la hotte des femmes.


Hydrographie

Les textes de J.B. (voir note 2) et de Albert Delay (dans le Trait-d'Union de septembre 190, p. 25) citent 5 cours d'eau, d'ouest en est :
  • le ruisseau du Golet, en fait une sèwe pour le charbonnage du Golet (ancienne houillère Sainte-Émerence) dont un terril était près de la ferme de la Kérité ; il aboutit à la Meuse un peu à l'ouest de la Roche Fendue ;
  • le ruisseau du Burton, la sèwe de la société des Charbonnages de Burton,
  • le ruisseau de Boulade, qui aboutissait peu avant la gare de Hermalle et que suivait le chemin de Boulade ; canalisé sous la route, il longeait la maison du batelier Melard, passait sous la voie ferrée pour se jeter dans la Meuse.
  • le ruisselet du Trou des cochons qui alimentait une fontaine portant au fronton l'inscription « Hardi Chevalier, mets pied à terre pour abreuver ta monture »
  • le ruisseau du Vieux-Logis qui prend sa source à Saint-Georges se jette dans la Meuse au lieu-dit Surface, d'où son appellation traditionnelle de ruisseau de Surface ; il alimentait le vieux et le nouveau moulin. Il est le seul des cinq qui figure sur les cartes officielles de la Région wallonne.
photo du chemin de la Boulade

Le chemin de la Boulade. On aperçoit la gare à gauche, dos à la Meuse- Nos remerciements à M. Philippe Maquoy.


Administration

Il semble que la Mallieue a dépendu tant de Oulheye (village proche de Saint-Georges et Sur-les-Bois), primitivement une petite seigneurie foncière qui remonterait au début du XVe siècle, que de Hermalle-sous-Huy. Ce furent ensuite Saint-Georges 35 maisons en 1835) et Hermalle (14 maisons la même année, 19 en 1841) qui se partagèrent le hameau, même si d'aucuns eussent préféré voir La Mallieue rattachée à Flône...

Le 28 juillet 1855, une pétition demanda cette annexion mais fut rejetée par le conseil communal hermallien.

Le 19 janvier 1857, ce conseil rejeta l'idée de l'annexion car une enquête menée par ses délégués A. Michel, L. Muraille et M. Davin avait démontré qu'une large partie des 151 personnes domicliées à La Mallieue désiraient rester à Hermalle - mais seules 26 avaient eu le droit de s'exprimer car elles étaient majeures !

Voulaient continuer à être Hermalliens : J. Ernon, J.J. Dessart, P.J. Wergifosse, J.J. Piret, Radermecker, L. Romedenne, J.J.L. Troquay, J. Bieden, J. Basia, M.B. Bourguignon, J.F. Francotte, A. Broze, J. Melard, L. Lambotte, G. Renoir, J.J. Hougardy, J.B. Lambotte, P.J. Clément, G.J. Grégoire, J.J. Melard, J. Bouhy
S'y opposaient : Werpin-Godbille, P. Schaffers, Bernier, Remacle, J.B. Vandengheyn-Peussens

Le 16 septembre 1860, le conseil communal établit «  que la demande d'annexion de La Mallieue à la commune de Flône ne provenait pas des habitants mais qu'elle était le fait des chefs d'établissements métallurgiques qui étaient installés dans le hameau »… Albert Delay, dans l'Aguesse, Foyer culturel d'Engis, Hermalle-sous-Huy, novembre 1987.

L'affaire, cependant, alla plus loin ! Jusqu'au Conseil provincial de Liège !
Le 13 juillet 1861, celui-ci débattit des conclusions d'une Commission ayant enquêté sur le demandes des habitants de la Maillieue (sic) d'être rattachés à la commune de Flône qui prendrait le nom de Flône-Maillieue.  
La discussion fut longue : trois membres du Conseil et le chargé d'enquête se prononçaient pour la séparation, trois autres membres, dont le rapporteur, défendaient les conclusions du rapport, notant que le seul grief bien-fondé des séparatistes était que les enfants du hameau devaient traverser la Meuse quatre fois par jour pour aller à l'école[4]Il faut noter que celon J.B. certains enfants allaient à l'école à Flône et Amay, d'autres à Engis, et que ceux de la Surface montaient jusqu'à Stockay. À partir de 1906, l'enseignement fut également offert par la Compagnie des Filles de la Charité dans son nouveau couvent de la rue de la Surface ; acquis par la Société de la Nouvelle Montagne vers 1919, l'immeuble accueillit une école maternelle et primaire appliquant la méthode Decroly en 1921. Lire Les écoles engissoises, et que ce grief allait disparaitre puisque les administrations communales de Saint-Georges et de Hermalle avaient pris l'engagement de construire une école à la Mallieue. La séparation fut refusée, et l'école ouverte en 1864 avec, comme premier maitre, un monsieur Degard. Lui succédèrent messieurs Piron de Ville-en-Hesbaye (1872-1904), J. Bourguignon (1904-1933) et Roger Brose qui fut l'un des pionniers du Mouvement Freinet dans l'entre-deux-guerres. Parmi les institutrices pour les filles, Madame Bernier était réputée excellente.

Au début du XXe siècle, le hameau dépend de Saint-Georges et de Hermalle, des cantons judiciaires de Jehay-Bodegnée et de Nandrin, des arrondissements de Waremme et de Huy, des gendarmeries d'Engis et d'Amay, des receveurs de contributions d'Engis et de Neuville-en-Condroz, des cantons scolaires d'Engis et de Nandrin… Autant dire qu'il devait être malaisé parfois de s'y retrouver !

En 1977, la Mallieue devient une section de Saint-Georges-sur Meuse.

Transports

Le fleuve fut évidemment primordial dès la préhistoire et servit tant aux habitants qu'aux marchands puis aux industries.
Le courant était étroit mais profond de 0,85 à 0,90 m, probablement pour le bras gauche car il est noté en 1940 que l'amélioration de la navigation gagnerait à voir barrer le bras droit délimité par les îles de Chaumont [Guillery] Hyppolyte Guillery, La Meuse. Études faites par ordre du gouvernement belge. Rapport du 23 décembre 1839, H. Remy, Bruxelles, 1840, p. 12 et 203
Le trafic pouvait évidemment être interrompu soit par les crues et la violence du courant, soit par le manque d'eau lors de chaleurs excessives. 
Le seul lien entre La Mallieue et Hermalle était le bateau et les gens passaient le fleuve en bac (4 fois par jour pour les écoliers) jusqu'en 1909, où fut inauguré le premier pont de Hermalle.  Le bac fut réutilisé pendant les deux Guerres mondiales car le Génie belge fit chaque fois sauter le pont pour retarder l'envahisseur allemand.

carte postale

Nous avons aussi noté que c'est un habitant de la Mallieue, Adrien Mélard, fit construire le premier bateau en fer fabriqué aux Chantiers navals Jabon frères d'Ombret.  
Nous tentons de savoir si Adrien faisait partie de la famille Mélard d'Engis, armateur de plusieurs remorqueurs, allé à la famille Gilman propriétaire du célèbre Atlas V qui permit l'évacuation de 103 personnes, du 3 au 4 janvier 1917, au nez et à la barbe de l'occupant allemand...

Le chemin de La Mallieue devient une route en 1812, sous l'occupation française car Napoléon fait relier Liège à Huy par une voie carrossable.
Jusque-là, le trajet était plus que difficile, le nom du hameau en témoigne.
Le chemin auraient dû pourtant être praticable car les communes étaient tenues d'entretenir les voiries comme le mentionne un document de 1724 où les états-députés de Liège qui, à divers intervalles, ont fait travailler à leur amélioration, demandaient que les réparations à effectuer par les communes fussent ordonnées sans délai, et que les manants de Tilleur, de Jemeppe, de Flémalle, etc., « fussent obligés de se servir de charrettes propres à pouvoir charrier à la même largeur qu'il se pratique dans les autres endroits du pays. » 
N'oublions pas que le service de la poste aux lettres se faisait par des hommes à cheval, qui sortaient de Liège par la montagne Saint-Gilles, descendaient la montagne de Tilleur, puis, au bas des vignobles, suivaient ce qu'on appelait encore en 1846, « le chemin de la poste », traversaient Flémalle entre l'église et le château, et poursuivaient « par le pied des montagnes ».
Cependant l'utilisation de la route était soumise à l'impôt !
Et c'est probablement en Belgique, dès avant 1639, qu'est né le péage routier, appelé alors taxe (ou droit) des barrières. Il s'agissait d'un système de concession de péages, à charge d'entretien accordée à des villes ou à des particuliers qui a inspiré l'Angleterre en 1662… Lorsque les Français - qui ne connaissaient pas ce système chez eux - occupèrent la Belgique, ils furent confrontés à un dilemne posé par l'équité : fallait-il supprimer les péages dans les départements belges ? ou imposer le système à la France entière ?  Ils décidèrent en 1797 de « suivre l'exemple des provinces conquises » !
Guillaume d'Orange-Nassau maintint la taxe des barrières ; en 1831, le Congrès national belge fit de même, et le gouvernement élu à sa suite reconduisit cette décision.  
Il existait donc une barrière quasiment tous les 5 km.  Dont l'une, sur la route de 2e classe reliant Liège à Namur, installée à la Mallieue « depuis la limite entre Engis et St-Georges jusqu'à la maison de la veuve Lambotte » valait 3650 francs par adjudication en 1838. [Nothomb] 

L'installation du chemin de fer combla les désirs des industriels en 1851 ! Et les habitants d'Hermalle par la même occasion.  Il avait fallu construire un mur d'eau de 467 mètres à la Mailleue, mais enfin, la commune avait une gare aisément accessible depuis Hermalle… par le bac.
La ligne ouverte par l'État fut reprise en 1854 par la Compagnie du Nord-Belge ; celle-ci remplace la gare priimitive par le modèle utilisé sur toutes ses lignes - ce bâtiment existe toujours.

le chemin de fer à La mailleue

Louis Huard, illustration de La Mallieue dans le Guide du voyageur de E. Wardy.

Élien Wardy indique dans son Guide du voyageur sur les Chemins de fer de Mons à Manage et de Namur à Liège, paru en 1852 :

« Les rochers que côtoie le railway continuent de se montrer à découvert jusqu'à la Mallieue, un assez pauvre village dont les maisons, couvertes en chaume et pittoresquement groupées au pied des hauteurs, contrastent, dans leur aspect rustique et délabré, avec les récentes constructions de la fabrique de zinc qui les avoisinne. »

Les voyageurs ont le choix entre 3 classes de wagons mais même la 3e classe (où l'on peut fumer !) est trop chère pour les ouvriers. Tant ceux de Clermont-sous-Huy que de Hermalle et de Saint-Georges, qui l'atteignent par le chemin de la Boulade, ne l'utiliseront couramment qu'en 1870, après la création de l'« abonnement ouvrier à la semaine ».
Avant la Première Guerre mondiale, la grand-route traversait le chemin de fer, coupant d'ailleurs en deux l'usine à zinc de la Nouvelle Montagne.  On commença le détournement de cette voirie pendant ce conflit, les ouvriers étant payés 4 francs la journée de 10 heures. Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, le détournement fut achevé et le passage à niveau qui avait connu tant d'accidents fut supprimé.
Le 10 mai 1940, la ligne est nationalisée mais ce sont les Allemands qui, comme en 1914-1918, vont surtout l'utiliser car elle relie l'Allemagne à Paris. - voir ci-après les années de guerre.
En 1970, elle électrifiée et permet le passage de trains à vitesses maximale de 120 km/heure.
Depuis 1993, la gare est fermée au public et la place qui la précédait, où se tenait la fête villageoise est envahie désormais de wagons en attente de réparation...
Mais les convois circulent toujours le long de La Mallieue et le 3 juillet 2008, à 06:46, une collision se produit entre un train de marchandises et un train de voyageurs ; 42 sont blessés et emmenés dans les hôpitaux de Huy, Liège et Waremme.
On en parle dans le monde entier comme de la collision de Hermalle-sous-Huy !  Alors que l'accident s'est produit dans la partie de Hermalle cédée à Saint-Georges-sur-Meuse en 1977…

« Foutue matinée ! Après le tumulte d’une nuit torrentielle, le village d’Hermalle-sous-Huy (commune de Saint-Georges) [sic] s’éveille dans la lueur des gyrophares dépêchés sur le lieu d’un accident ferroviaire peu banal. À 6 h 48, le train de voyageurs en provenance de Namur (ligne 125 Namur-Liège) est entré en collision frontale avec un train de marchandises à l’arrêt, provenant de la gare de Kinkempois (Liège). Voyant l’impact arriver, le conducteur de ce dernier a juste eu le temps de se réfugier à l’arrière de la cabine. Dans le train de Namur-Liège, les passagers auront moins de chance. Surpris par l’impact, ils valseront vers l’avant. Bilan : une quarantaine de blessés, sans gravité. Dans les minutes qui suivent, le plan blanc (dispositif médical d’urgence) est déclenché, les secours arrivent sur place.

À 8 heures, une pluie tiède renforce l’atmosphère dramatique du lieu d’impact. Dans ce site industriel poisseux planté en bord de Meuse, des dizaines de secouristes s’animent sous une tente jaune, dressée à la hâte. Premier espace de diagnostic pour la soixantaine de voyageurs en état de choc (…)

Sur les voies de chemin de fer qui s’avancent entre le fleuve et l’entreprise Dumont-Wauthier (groupe Lhoist), le spectacle étrange des locomotives soudées l’une à l’autre trahit la violence de l’impact. Cabines pliées, vitres éclatées, les deux monstres sont immobilisés pour quelques heures encore, le temps de laisser les inspecteurs analyser les lieux et interroger les conducteurs. (…) » écrit Marc Vanesse dans Le Soir.

photo de la collision



Habitat, pratiques sociales

Au Moyen Âge, La Mallieue était une « terre d'asile », où se réfugiaient en toute impunité les malandrins et ceux qui fuyaient une terre seigneuriale. Comme les habitants du hameau, ils y vivaient chichement mais ils étaient inhumés sur place et non dans les cimetières qui entouraient les églises.  On raconte que le creux des rochers de La Mallieue abritait des Nutons qui ne sortaient que la nuit.  Sans doute étaient-ce ces hommes venus chercher asile…

L'habitat fut longtemps composé de cabanes en pierre ; des bâtiments plus imposants Mardaga furent ensuite construits aux XVIIe et XVIIIe siècles  auxquels s'ajoutèrent les demeures confortables pour les cadres d'industrie au XIXe.

La Mallieue n'eut d'église - de chapelle plutôt ! - que le 25 octobre 1882 où le bâtiment construit par La Nouvelle Montagne fut consacré par l'évêque Victor-Joseph Doutreloux et dédié à Sainte-Barbe, la patronne des mineurs.

carte postale de la chapelle

Vers 1903.

Cela évita aux habitants, qui faisaient partie de la paroisse de Flône, d'avoir une heure de trajet (aller-retour) à faire pour assister aux offices (messes, vêpres, saluts) et aux cérémonies de baptême. L'officiant, chapelain ou vicaire, dépendait évidemment du curé de Flône.
Pour la première communion, pour le mariage, on continua d'aller à Flône.
pour les enterrements, deux acolytes devaient aller chercher à Flône, la veille des obsèques, la civière qui tenait lieu de corbillard ; le jour même, on transportait ainsi le défunt jusqu'à l'église de Flône puis, après la messe, on transportait le cercueil jusqu'au cimetière qui se trouve sur la route de Flône à Jehay - une fameuse trotte et une fameuse montée...
Au début du XXe siècle, la solde trimestrielle de l'acolyte était de 40 centimes.
Monseigneur Kerkofs érigea La Mallieue en paroisse le 30 mars 1957 sur le plan dioscésain mais, sur le plan légal, elle continua de faire partie de Flône-Mallieue.

Jusqu'en 1909, où la loi décida qu'un fils par famille devait prester le service militaire, la désignation des soldats se faisait par tirage au sort... au siège du canton. Il fallait donc aller à Nandrin si l'on était Hermallien de La Mallieue, à Jehay si on était Saint-Georgien de La Mallieue, à Hollogne-aux-Pierres si on était Engissois proche de La Mallieue...

Le dimanche précédant le 24 juin, le hameau était en fête et les habitants des villages voisins rejoignaient la Mallieue pour participer ou assister aux jeux traditionnels (concours de batteurs de pétards, grimpette au mât de cocagne, courses en sacs, décapitation du coq, risque de la tine d'eau suspendue, ascension de mongolfières, etc.), déguster rombosses et plats de sirop, admirer le cabaretier et garde-champêtre Hougardy en jaquette et haut-de-forme, pantalon blanc, fumant une grande pipe en terre. L'autre garde-champêtre (qui servait de plombier, zingueur, menuisier, puisatier, maçon, vannier, fabricant de mirliton, et était grand amateur de pêche, amusait les gens en dansant la Nouvellité et, lorsqu'il était so l' houp'diguèt (en gaité, en goguette), aimait à chanter :

Voyez là, toutes ces pommes de terre
Ces choux, ces carottes et ces haricots.
J'ai passé mon temps toujours à rien faire
J'ai laissé dans le coin mes deux gros sabots.
Et quand j'ai bien dîné, je fais sauter les filles
Les petites et les grandes, les vieilles et les gentilles
Et mon cher Antoine, jouant la clarinette
Pour lancer un coup de dent à ma santé, Clotilde !

photo de la fête
Merci à l'auteur du cliché de se faire connaitre.

Ceux de La Mallieue étaient vaillants, courageux, et susceptibles quant à leur honneur.
Mais les Hermalliens disaient d'eux : « Qué fîrs potinces ! » (des fameux gibiers de potence) et les Saint-Georgiens : « les gens de la Mallieue ont passé où les Français ont c… ! »


lambert lepage : bibliothèque à la M + égouttage
petit théâtre


Les chèvres noires

Différents textes attestent le voyage des chevriers (à raison de 1,08 km/h ! [3]) depuis les Pyrénées vers Paris et jusqu'en Belgique.

« Ils emmenaient leurs chèvres de montagne, cornues, banales, communes, aux formes hétéroclites, au poil dur, hirsute, d'un noir déteint et roussâtre, chèvres qui donnent pas mal de lait, mais quel lait ! Ce sont [...] d-les animaux de cette race confuse et à lait désagréablement odorant, qui ont perdu la Chèvre dans l'estime publique.  Les chévriers (sic) pyrénéens le plus souvent ignorants et simplistes qui les conduisent à travers la France et la Belgique ne se préoccupent guère que de la rusticité de leurs laitières : peu leur importe la beauté et la finesse de l'animal et encore moins la qualité du produit qu'ils en retirent » affirme le Bulletin de la Société nationale d'acclimatation et de protection de la nature en France, en 1903 (vol. 50).

Qu'importe l'avis des spécialistes ! Il y en a d'autres :

« Après les bœufs blancs, voici les chèvres noires.  (…) Tous les matins, dans le riche quartier qui rayonne autour du parc Monceau [Paris], elles arrivent, la barbiche flottante.  La première fois qu'on les voit, cela étonne. Puis on s'habitue à ces gambades de troupeau devant la grille des hôtels, près des kiosques de journaux, sur le macadam où roulent les tramways.  Comme les ânesses, familières à Paris, ces chèvres noires sont tout bonnement des réservoirs à lait pour les malades, pour les anémiques de l'opulence. Mais ce qui demeure étrange quand même, ce qui sent la campagne et la nature, c'est le pastour qui les mène. (…) un chevrier comme il y en a dans les romans, voire dans les romances.
Il est en veste montagnarde et guêtré, si je ne m'abuse. La houlette au poing, la panetière au dos, il est coiffé d'un béret basque. (…) Le pastour mène ses chèvres aux sons de la flûte.  Et quelle flûte ! Une flûte de Pan, une vraie, une pour de bon, une comme on n'en trouve plus que dans les Musées et dans quelques montagnes perdues. (…) Des vers sont venus chanter dans ma mémoire, et il me semblait les entendre ronronner dans la mélodie vague et monotone que sifflait le pastour.  Une idylle, quoi !
Mais au diable les souvenirs classiques ! Comme ils se sont envolés hier, quand j'ai revu le bonhomme et ses chèvres, en pleine modernité cette fois !
C'était sur le boulevard Malesherbes. Le pastour était entré dans une pissotière, et les chèvres faisaient cercle autour en l'attendant.  O Virgile ! O Théocrite ! »
Jean Richepin, Le Pavé, Maurice Dreyfous, Paris, 1886, p. 230.

des chèvres noires à Paris

Des chèvres noires à Paris - Auteur : Morburre

Et surtout celui rédigé d'après un texte de Oscar Matagne, racontant leur arrivée à la Mallieue :

« Le passage de cette caravane se reproduisit chaque année.  Quand les chevriers arrivaient dans le hameau de La Mallieue, ils venaient toujours de Flône. Avec leurs flûtes, ils commençaient à jouer une musique bien de chez eux.  Tout le monde sortait de sa maison.  On criait à la voisine : dépêches-toi (sic), voici les chèvres noires, elles sont magnifiques.  Les bêtes, avides de nourriture et de caresses, entouraient femmes et enfants. La vente de lait commençait. On versait le liquide dans les poêlons ou pts en terre cuite. La tasse coûtait 5 cents
Vu le nombre de chèvres, il faudra se déplacer toujours plus loin.
Certains chevriers pyrénéens, les moins nantis, cherchent le moyen d'assurer leur pain quotidien.  Ils y arrivèrent mais aux prix de grands sacrifices.
Ils se transformèrent en bohèmes et parcoururent le monde entier.  Un beau soir d'été, ils sont arrivés chez nous avec leurs roulottes. À l'arrière de celle-ci (sic), se trouvait un râtelier assez haut contant (sic) la réserve de fourrage fauché en cours de route.  Le troupeau, bien encadré, fermait la marche.  Les chevriers nouèrent même des liens d'amitié avec la population du village. »

croquis des chèvres

Serge Havelange, Les chèvres à La Mallieue

Oscar Matagne est né le 16 mars 1918,

Les années de guerre du XXe siècle

La Mallieue fait partie des endroits stratégiques sur chemin de l'envahisseur allemand.  D'une part, c'est là qu'aboutit le pont de Hermalle, l'un de ceux qui permettent de franchir la Meuse et de déployer les troupes dans l'avance vers l'ouest ; d'autre part, elle est traversée par le chemin de fer qui permet de relier l'Allemagne à Paris, d'envoyer rapidement soldats et marchandises vers le front mais aussi… de rapatrier blessés et morts.

Dès le début des deux Guerres, elle fut donc occupée... Divers textes en parlent. Certains ont été publiés dans le journal local, d'autres sur le web et il existe un carnet inédit rédigé par Marie Ladry, gouvernante du jeune baron de Potesta et chargée de veiller seule au château de Hermalle d'aout 1914 à juillet 1915.  Les informations qui suivent sont principalement issues de ces textes.

Le samedi 1er aout 1914, en application de la mobilisation générale décrétée par le gouvernement, la 1ère compagnie des Chasseurs à pied est envoyée par train pour garder le pont de Hermalle-sous-Huy et le bourgmestre Édouard Maréchal s’occupe du cantonnement avec le commandant de la compagnie. Des bâtiments sont réquisitionnés à la Mallieue : gare et salle des fêtes pour les hommes qui couchent sur de la paille, logements chez l'habitant et auberge pour les officiers. Le corps de garde situé face au pont est en piteux état et puant de l'odeur de la moissure, du fumier et des rats. Les hommes sont répartis en trois groupes : l'un de piquet à la gare, l'autre de garde au pont avec des sentinelles tous les 100 m sur chaque berge, le troisième en repos. Chaque service dure 24 heures sans interruption.

Le dimanche 2 aout, tandis que les soldats veillent et attendent, la Compagnie du Nord-Belge fait flotter le drapeau national à la gare. Mauvaise idée ! Avec  celui qui a été hissé sur l’école communale, il servira pendant plusieurs jours de repère à un taube, jusqu’à ce que le chef de gare et l’instituteur comprennent le danger et lès enlèvent. Les hommes reçoivent la visite de parents venus en train mais qui doivent repartir jusqu’à Flémalle dans un camion transformé en char à bancs puis prendre le tramway pour Liège. À 18h, un poste d’alarme est installé à l’usine de Flône. Au village, le bétail est réquisitionné par les autorités communales pour les besoins de l’armée.  Le téléphone fonctionne mal alors qu'il est indispensable pour la transmission des ordres. On attend. Il fait très chaud, on étouffe.

Le 3 aout, les hommes apprennent par les journaux l’ultimatum posé la veille par l’Allemagne à la Belgique. Peu après 18 h,  un sous-lieutenant s’installe avec des soldats dans les bâtiments administratifs de l'usine vers Flône ; le concierge offre une bière ; les hommes s'installent sur la paille dans les locaux de gauche, les sous-officiers sur des lits de camp dans ceux de droite.  Tout à coup, une sentinelle postée à l’entrée de l’usine arrête un homme qui tentait de se dissimuler dans un fossé. Il explique en allemand qu’il vient de Namur et se rend à Aix-la-Chapelle pour rejoindre son unité. Son comportement est suspect, il est fouillé et conduit avec un caporal d’escorte au commandant du bataillon. On organise des rondes d’une heure ; quatre ou cinq convois ferroviaires passent, qui transportent des troupes belges.

Le 4 aout, la troupe repart en train rejoindre Liège pour la défense de la citadelle. Elle est remplacée par le 1er régiment de Chasseurs à pied venant de Charleroi qui le lendemain participera à la bataille du Sart Tilman. 
L’ordre de faire sauter le pont est donné par le Génie et exécuté par le sous-lieutenant Beaupain le 5 aout à 1h du matin.

Le 12 août, environ 5 000 Allemands campent à Engihoul. Le 13, ils s'installent au château de Hermalle, prennent en otages le bourgmestre, le secrétaire et l’instituteur, et les tiennent enfermés cinq jours durant dans l’école hermallienne. Le génie allemand jette un pont sur la Meuse à hauteur du passage d'eau.
Le 14, ce pont permet la traversée du 10e corps de la 2e armée allemande, commandé par le General Otto von Emmich qui assiégeait Liège. L'ouvrage flottant est gardé par un bataillon d’infanterie, une compagnie de mitrailleurs et une batterie, détachés par la « 37. Infanterie-Brigade » ; il servira jusqu'au 21 aout 1914. L’occupant ne tentera jamais de reconstruire le pont détruit, car il ne dispose pas des techniciens spécialisés dans ce genre de construction en béton armé.  Les villageois devront prendre le bac. Ce 14 aout, l'infanterie allemande arrivée à Hermalle utilise le pont pour gagner la rive gauche qu'elle escalade  par tous les sentiers et chemins pour aller cerner le fort de Flémalle. 

« Les Uhlans et les hussards de la mort suivent les accotements de la chaussée et font glisser le fer de leur lance sur les vitres et obligent les femmes et les enfants à rentrer », écrit Roger Brose. Les hommes, craignant la réquisition comme guides ou comme travailleurs, se sont cachés. « Du 14 au 21 août, ce fut un défilé interminable d’infanterie, de cavalerie et d’artillerie de campagne. Messieurs Nicolas Herbillon et Nestor Notte furent pris pour guides. Monsieur Bourguignon, l’instituteur, est menacé de mort pour ne pouvoir leur fournir des éperons. Le 18 août, La Mallieue loge l’artillerie saxonne venant d’Ans. Ils volent Messieurs Bourguignon et Dumont. Ils découvrent quelques vieux sabres dans l’usine de Flône et menacent d’incendier la commune. Monsieur l’Abbé Denis, vicaire à La Mallieue, donne des ordres aux sentinelles, au nom du commandant ennemi ivre-mort, hébergé au presbytère, et sauve ainsi les habitants de La Mallieue. Von Bülow et Rupprecht de Bavière passent par La Mallieue escortés par des « Hussards », nombreux « Hourras » de la soldatesque.  Quatre postes de sentinelles sont installés ; tout passant doit se procurer un passeport à la gare, l’échanger contre un autre au « Four à Chaux » et en attendre un troisième au « Passage à niveau » pour le remettre au dernier poste stationné à la borne kilométrique numéro 21. Les habitants doivent éclairer les fenêtres et laisser les portes ouvertes.  »

À partir de la nuit du 20 au 21 août, les premiers trains « boches » commencent à circuler et les habitants vont en faire le relevé que transcrira Marie Ladry. Elle insiste sur les nombreux passages de « trains blancs », expression synonyme de train sanitaire car c’était l’appellation traditionnelle des convois ferroviaires qui transportaient les malades en pèlerinage à Lourdes dans l’espoir d’une guérison par la Vierge :

« Ce jour, un train de blessés, d’une longueur extraordinaire, est descendu. Des témoins oculaires affirment avoir vu le sang couler du plancher des wagons. (...) Beaucoup de trains sont descendus, entre autres un composé de 53 voitures, contenant des blessés ; suivait immédiatement un autre train où les blessés, fort nombreux, étaient jetés comme le seraient des animaux ; un troisième train chargé de 90 autos détruites et de nombreux aéroplanes également détruits (…) Vu à 4 h. le train blanc qui descendait : il était d’une longueur extraordinaire (…) Le train blanc est encore passé et repassé, 48 voitures le formaient (…) On sait que le train blanc est un train spécial de blessés ; 3 autres trains de blessés sont encore passés ce jour, ainsi qu’un quatrième contenant des débris d’autos (…) J’ai demandé aux deux soldats venus ce jour pourquoi on n’avait vu que deux trains depuis ce matin.  Ils ont répondu qu’on désinfectait tous les compartiments à Aix-la-Chapelle, et, que quand la besogne serait finie, des trains circuleraient de nouveau pour les blessés et les prisonniers (…) Les trains blancs et autres sont passés nombreux. On évalue à 2.500 le nombre moyen de blessés qui repassent chaque jour sur la ligne Nord-Belge. Les trains blancs sont destinés aux militaires les plus atteints ; les lits sont superposés, trois de chaque côté. On voit les médecins circulant auprès des malades.  Hier, à l’arrivée d’un train blanc à Liége, il y avait 170 morts (…) Des affiches sont mises sur les poteaux, à La Mallieue, faisant savoir que toute personne qui s’approchera encore des trains de blessés, pour les regarder curieusement, sera fusillée. » Etc.

Si le château est occupé à plusieurs reprises mais avec interruptions par des troupes allemandes, il connait les visites régulières des officiers successifs en poste à la gare de La Mallieue soit pour le plaisir d'admirer le bâtiment, soit pour l'achat de denrées alimentaires ou de paille. À plusieurs reprises, Marie Ladry note la satisfaction de l'occupant pour l'accueil courtois qu'on lui manifeste - notamment à la fin octobre 1914 :

« Deux officiers parlant fort bien le français sont allés chez Chabot, conduits par le Bourgmestre, pour acheter 300 kilogr. de pommes de terre.  L’un d’eux a dit : « Je voudrais que la guerre fût finie.  J’ai 5 enfants, l’aînée a 14 ans, le plus jeune 2 ½ ans. Les reverrai-je jamais ? ». « Il ne faut pas penser, a-t-il ajouté, que la guerre est l’œuvre de l’Allemagne, de la France ou de la Belgique ; non, c’est celle de l’Angleterre et c’est malheureux pour les trois autres pays. … Il a terminé en disant : « C’est réellement un plaisir d’avoir des rapports avec les gens d’Hermalle et de La Mallieue ; on fait leur éloge en Allemagne. (…) Le soldat qui garde le pont militaire d’Ombret a dit « qu’il se réjouissait que la guerre soit finie, parce qu’alors il ira chercher sa femme et ses enfants en Allemagne et reviendra s’installer à Ombret, où les habitants sont si aimables. Le Baron d’Hermalle, Commandant à la gare  est venu au village apporter une bouteille de vin et une pièce de 5 Marks à une pauvre femme atteinte de paralysie. Il recommande à ses soldats une grande politesse à l’égard des Belges, il leur a défendu de chasser. » 

Tous les soldats ne sont pas pour autant des anges et l'on note dans le rapport Bryce sur les atrocités allemandes, publié le 12 mai 1915 et traduit dans plus d’une trentaine de langues, qu'un officier allemand commit un viol sur une fille âgée d'environ 18 ans, et fut été pris en flagrant délit de viol de la soeur âgée d'environ 12 ans. C'était la mère qui avait surpris l'officier en train de violer sa fille. Elle porta plainte auprès des officiers supérieurs et le violeur fut condamné à être fusillé. Une peloton fut amené sur la place en face de la gare, le condamné placé contre un mur pour l'exécution mais le responsable de la section demanda à la mère si elle voulait pardonner le violeur - ce qu'elle fit et l'homme fut alors libéré. « Le policier était habillé de gris et avait un casque à pointe. Il appartenait au 32e Régiment de ligne. Je sais qu'il en est ainsi parce que j'ai vu le nombre sur le revêtement de toile qu'il portait sur son casque. »

Marie rapporte aussi à diverses reprises les sentiments de tristesse des Allemands qui préfèreraient être chez eux, et même la désertion de certains d'entre eux.  Mais elle note aussi l'attitude des jeunes Allemands de 16 à 18 ans envoyés par train sur le front pour remplacer morts et blessés et qui, en passant devant l’usine de Flône, crient : « Ah ! Belges, vous êtes Allemands ; vivent les Allemands ! » 

Parmi les contraintes que subissent les habitants, il y a 

  • l'obligation, annoncée par affiches placardées dans les hameaux, d'être rentré chez soi à 19 heures, d'éteindre toutes les lumières à 20 h, de se soumettre à l'heure allemande, de respecter le taux de change du mak ;
  • l'interdiction de circuler en vélo sous peine d’être fusillé, de prêter des vêtements aux déserteurs sous peine de mort, de procéder aux les cérémonies publiques au cimetière, et évidemment d’obéir au Gouvernement belge qui appelle les jeunes gens à rejoindre son armée ;
  • les inconvénients des exercices de soldats (habitation prise d'assaut, tranchées creusées à Chaumont, etc.), des emprunts de matériel comme les chariots et les chevaux, de la coupe d'arbres, des coups de feu de la chasse : « J’apprends que les militaires de la gare d’Hermalle avaient, pour leur dîner de Noël, 6 lièvres et 11 lapins pour la sauce desquels ils avaient acheté 3 litres de crème chez Chabot » ;
  • le tonnerre des bombardements - alors même que la bataille se déroule bien loin du village ;
  • les taxes spéciales à payer sur la farine, sur les vaches laitières, sur les chèvres, sur les poules…
  • les trestrictions alimentaires - manque de pain, manque de pommes de terre…
  • les réquisitions de métaux dans les usines.
Dès aout 1914, la Société de Vieille-Montagne divisa l’exploitation de ses mines et usines européennes en sections autonomes, sur les plans financier et industriel. La section belge, supposant que la guerre ne durerait pas plus de deux ans, choisit de transformer ses minerais en zinc commercial et de faire durer le plus possible son activité pour protéger l’emploi. Jusqu’en décembre 1915, elle produisit 39 500 tonnes de zinc brut ordinaire et près de 10 000 tonnes de plomb dont 1 348 tonnes seulement furent livrées à la « Metallgesellschaft », sur injonction allemande. 

Mais, d'un autre côté, il y aura un réel mieux selon Marie : « Abordant un sujet local, disons que, les usines ne crachant plus leurs fumées empestées,  la santé générale des hommes et des animaux s’en ressent malgré tout : un fermier, voisin de l’usine de Flône, assurait qu’il voyait périr quantité de jeunes poulains, chose qui ne s’est pas produite cette année. Des personnes souffrant de l’estomac voient leur état s’améliorer au point de vue de la digestion.  Depuis le mois de Juin jusqu’à ce jour, il n’y a eu qu’un seul décès, et encore était-ce un suicide ! Aucun malade ! »

La Vieille-Montagne créa aussi des magasins pour fournir des aliments de base à prix réduits avec l’aide du Comité national de Secours et d’Alimentation. 


Mercredi, 2 7bre

Un ballon dirigeable a été aperçu ce matin à 4 h.  Il filait vers la Prusse.

Vendredi, 4 7bre

Les Allemands de La Mallieue,  faisant l’exercice dans la Gèrée,  ont en simulacre pris la maison de Jules*. Les 2 gardes  et celui de Mr Clément* demandent trois soldats pour surveiller les bois.


Vendredi, 25 7bre

Le dirigeable, passé hier soir, a été revu ce matin à 5 h. filant vers le N-E.

 

Lundi, 28 7bre

 

Les soldats de la ligne vont être remplacés ; ils vont au combat. Hier soir, Mr Chabot a dû prêter son chariot et ses chevaux avec un homme de confiance pour conduire les bagages des militaires de La Mallieue, se rendant à Namur. Le départ était fixé à 8 h (heure belge).

Jeudi, 1er 8bre

Dubois et son fils*qui avaient conduit le chariot de Mr Chabot pour les militaires de La Mallieue est revenu hier soir. Ils sont allés plus loin que Dinant. En route, un militaire est mort. Dieu sait s’il ne s’est pas suicidé pour ne pas aller au combat ! Dans les bois de Soheit-Tinlot, un garde a vu deux soldats allemands revenus de St-Hubert. Ils ont jeté par terre leurs fusils et leurs sacs et ont dit qu’ils étaient malheureux, qu’ils avaient des enfants et que le dégoût les avait pris en voyant les morts nombreux. Mr Lepage* a, ce matin, harangué un soldat allemand de La Mallieue, il a déversé le trop plein de son cœur de Belge et a parfaitement été compris de ce militaire qui lui a avoué n’être pas heureux d’avoir dû quitter sa femme et ses six enfants. Il a 49 ans et était, en Allemagne, chef d’usine, avec, sous ses ordres 240 ouvriers.Comme beaucoup de personnes du village, j’ai préparé

Lundi, 5 8bre

A 12 h, le train que je signalais hier est repassé. Une demi-heure plus tard, un aéroplane a survolé Hermalle très bas, allant vers le Sud. A partir d’aujourd’hui, on ne peut plus . On raconte que les militaires allemands partis d’Engis, La Mallieue et Amay il y a 8 jours sont presque tous tués ou blessés ; on avait miné le chemin de fer où ils devaient passer. Le major qui a été commandant à Amay est très atteint ; il a dit qu’il regrettait de n’être pas encore plus mal, afin de ne plus retourner au combat. On raconte que 20 soldats allemands et 6 officiers de la région de Huy ont déserté. Quiconque prête est fusillé. Cet après-midi, l’Autorité allemande a fait 

Mardi, 20 8bre

 Les nouveaux soldats de la ligne sont protestants. Le dimanche, ils font l’office à la gare ou au bord de la Meuse. Leurs devanciers étaient de fervents catholiques, assistant à la Messe et aux Vêpres le Dimanche ; les jours de semaine, ils avaient demandé à Mr le Curé de La Mallieue la chapelle ouverte, afin d’aller y réciter le chapelet le soir.


Samedi, 24 8bre

Sont montés dansun train spécial les hussards de la mort. A 6 h ½ soir, incendie du magasin d’huiles à La Mallieue : le feu a duré jusqu’à 8 h. 


Vendredi, 30 8bre

Un camion automobile est resté en panne vis-à-vis de chez Delporte depuis 11 h jusqu’à 5 h. On dit que les soldats de La Mallieue ont reçu leurs médailles pour aller au combat et que leur chef, qui est un Baron, aurait avoué qu’il aimait autant être fusillé. A Grâce-Berleur 500 soldats refusaient d’aller au combat ; même résistance à Andenne, on a dû leur lier les mains derrière le dos et les pousser dans les fourgons. Le fait s’était présenté antérieurement à Amay et à Huy. Ceux qui font l’office de garde-barrières à La Mallieue sont… un comte et un avocat.


 




cantonnement à la M en 14 et 40
viol
vers 1936 : installation de trois blockhaus pour protéger le pont, à la Maillieue et à hauteur de la rue Surface
10 et 11 mai 1940 : prévision d'évacuation à 20 heures par avis de 1939 - le chaos déclenché par la déclaration de guerre - récit de l'exode de Jean-Raoul Troquay - sabotage train 1943





Notes :

[1] La lieue était une mesure gauloise correspondant à environ 3 km (JESPERSJ.-J., Dictionnaire des noms de lieux en Wallonie et à Bruxelles, Racine, Bruxelles, 2005, p. 395).  top

[2] Information reprise d'une photocopie d'un texte imprimé intitulé Histoire de la Mallieue, daté manuscritement 1935, signé J.B., et nous transmis par le Musée archéologique d'Amay.  Ce même texte compose la première partie d'une brochure non datée, sans éditeur ni leu d'édition, intitulée Une histoire, celle de la Mallieue, illustrée par Serge Havelange ;on y lit en p. 9 : « L'auteur de cet article est resté de 1904 à 1933 à la tête de l'école de la Mallieue - sous réserve Mr Bourguignon ». Une copie d'article signé Émile Vanderbelle, également transmise par le Musée archéologique d'Amay, confirme que M. Bourguignon fut tout au moins instituteur à l'école de la Mallieue.  top [capitaine français] top  [chevriers]

[3] Collectif, Évaluation de la consommation d'un troupeau de chèvres laitières sur parcours forestier. Méthode d'observation directe des coups de dents. Méthode du marqueur oxyde de chrome, Annales de zootechnie, 1985, 34 (2), p.162. retour au texte






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